Daily Archives: 17 janvier 2012

Pourquoi j’ai tué ma mère

« P’tit bonhomme qui rit toujours de ses malheurs, p’tit bonhomme toujours de bonne humeur
P’tit bonhomme qui a un coeur gros comme ça, ce p’tit bonhomme, c’est Isaac! »

Isaac menait une vie paisible dans sa petite chambre étriquée, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que sa maboule de mère, assommée à force de télé évangéliste, commence à entendre des voix – Dieu lui parle, et Dieu n’est pas content, le péché a envahi les environs! Le péché, c’est les jouets d’Isaac, ses meubles et son PANTALON. Le bout de chou rond et rose se retrouve à poil, mais les choses auraient pu en rester là si sa môman n’aurait pas eu une autre crise de démence : cette fois, c’est Isaac qui incarne le pêché, plus d’alternative, il faut le supprimer. Isaac, voyant sa figure maternelle essayant de l’occire, saute dans la première trappe mystérieuse venue (dans sa chambre, ça ne s’invente pas) pour échapper à toute cette folie. Quelle belle histoire, les enfants.

Il y a ce gimmick que j’aime bien dans la fiction. Je manque jamais une occasion pour le rappeler : le topos de la « cave sans fond », quand un personnage n’en finit pas d’aller toujours plus loin dans les profondeurs de la terre, façon escalier en colimaçon mystérieux… pour arriver dans une chambre toujours plus mystérieuse, avant de trouver une trappe mystérieusement cachée pour aller encore plus loin dans cette superposition. Généralement, le « voyage » est sans retour et il y a une mauvaise surprise à l’arrivée. Pensez à la cave aux 100 étages de Paper Mario… ou le plaisir que peux procurer Minecraft, les enjeux augmentant avec la distance qu’on creuse par rapport au sol. The Binding Of Isaac, c’est trois choses – ce que je viens de décrire, le meilleur jeu flash de tout les temps, une production d’E. MacMillen.

Ouais bon, ne paniquez pas, ce n’est pas un jeu flash – peut être techniquement mais il n’y absolument rien de cheap que peut connoter ce mot, façon jeu à la con trouvé au hasard sur Koreus. Disons qu’ll pompe directement sur votre Ram, j’imagine que c’est le propre du genre. Sinon, si le nom sus-cité ne vous dit rien… c’est la figure derrière Super Meat Boy, ce jeu de plate forme nazi à la difficulté lénifiante. N’importe quoi cette phrase! Si vous êtes familier de l’univers graphique du monsieur (qui signe donc son deuxième grand succès critique, même si celui là n’a pas vocation a être aussi « accessible ») vous reconnaîtrez donc le style au gros traits noirs qui n’a rien de désagréable, bien au contraire. Notez bien que les deux – oui, les deux Maryse, je dis bien les deux – sont disponibles à prix réduits sur Steam (surveillez les soldes, Humble Bundle et autres dons du ciel) et notez bien que Super Meat Boy est aussi dispo sur le XBLA.

Pour revenir à notre sujet, Isaac est donc un jeu formidable sorti fin Septembre, voué à finir sur 3DS un jour ou l’autre – et j’ai eu la chance d’en gagner un exemplaire il y a dix jours. Ce jeu ne paye pas de mine, il ne coute rien et il est franchement bon, il mérite quelques petits coups de patte et il possède un gros potentiel addictif. Isaac doit donc aller toujours plus loin dans les profondeurs infernales pour échapper à sa Maman – qu’il devra affronter en bout de course, bien sûr – mais cet espèce de parcours initiatique ne se fait pas sans heurts puisqu’il doit traverser une multitude de salles abritant une foultitudes de trucs difformes et menaçants pour la santé et l’unique vie du joueur. Je n’ai pas de références pour vous décrire ça par la tangente donc imaginez ces vieux donjons Zelda en 2D (le tout premier est tout à fait dans l’esprit) où vous traversez ces mêmes salles rectangulaires, en suivant un plan généré au hasard, en espérant tomber sur la salle du boss et passer au « niveau » suivant. Isaac, c’est exactement ça. Il y a 6 paliers (à la première partie du moins, le jeu à cette formidable propension à améliorer tout seul son contenu au fil des parties), le suivant est toujours plus long est compliqué que le précédent, le dernier boss permet de conclure la partie, il n’y strictement aucune sauvegarde possible, une partie gagnante, c’est une partie faite en un run. Vous, vous n’avez que vous deux mimines pour adopter une combinaison un peu étrange sur le clavier (une main dirige votre petit perso, l’autre envoie les larmes mais pour compliquer un peu tout ça, vous devez utiliser un doigt par direction. Ca semble compliqué mais en cinq minutes, c’est plié et on peut switcher en « mode gaucher » ce qui est grandement apprécié, danke shön ~

Ca c’est le postulat de base, mais le jeu regorge d’autant de subtilités et de ramifications qu’il était possible d’imaginer pour ce type de jeu. Il y a vous, vos trois cœurs de base, des pierres, des bombes pour exploser tout ça, des ennemis au fonctionnement varié, des items qui tombent et renflouent votre inventaire de temps en temps. Il y a aussi des clés… donc des portes à ouvrir, mais aussi un système d’argent (vous récoltez des centimes, tout doit être miséreux dans le jeu) qui peut vous permettre d’accéder à des boutiques, mais aussi de jouer au jeu du bonneteau, de tenter sa chance devant la machine à sous qui gît au hasard des salles… mais on peut aussi utiliser les machines de torture qui convertissent votre sang (votre santé, donc) en argent… mais on peut aussi faire péter tout ça et espérer du bon contenu. Plus loin dans le hasard, il y a ce mendiant qui peut – moyennant finances et beaucoup de moule – vous laisser un bon objet. Hé oui, vous vous doutez bien qu’il est impossible, sinon exagérément difficile – d’aller jusqu’au bout avec votre configuration de base. Vous disposez d’une santé, d’une puissance de tir, d’une cadence de tir et d’une vitesse de déplacement… et tout ça peut s’améliorer. Comment? Des objets, tirés au sort, peuvent vous octroyer une capacité spéciale en plus (triple tir, tir chargé, cartes complètes, un dollar complet, y’en a une quantité hallucinante) et tout ça peut se compléter avec des pilules aux effets pas toujours positifs… puis cette autre catégorie d’objets, temporaires, qui se rechargent avec le temps. Enfin, on peut s’aider de ces cartes de tarot dont l’effet ne s’utilise que dans une unique salle – typiquement le genre de jeu où vous apprendrez à faire les choses dans l’ordre, à faire des allers-retours, à tout calculer pour maximiser vos chances de bonus, donc de survie.

Plusieurs choses dans cette masse d’objets – une grande partie se débloquent au fur et à mesure via une liste cachée de mini succès. Ensuite, et c’est là tout l’intérêt du truc, les effets sont toujours inconnus. Pour connaître l’effet d’un objet… il faut le prendre, le subir puis essayer de retenir : l’enjeu peut être fort puisqu’après avoir vaincu un boss sans perdre de coeur, vous pouvez conclure un pacte avec le diable – qui ne se paye pas en pièces, mais en coeurs… définitifs, impossibles à recouvrir. JE SAIS, C’EST SUPER COMPLIQUE, CA RIVALISE AVEC LE SCENARIO DE BAYONETTA. Une bonne partie, c’est d’abord un peu de doigté, quelques réflexes et un soupçon de talent (ou un PC qui ralentit beaucoup, ce qui aide grave) mais aussi un peu de chances dans les objets qui tombent (une bonne combinaison, quoi) mais surtout une bonne compréhension des mécaniques de jeu, pour « profiter » un peu des règles maîtrisées. Globalement, le jeu n’est pas vraiment dur du tout mais il faut un peu de patience et de chance pour pallier les quelques parties qui se finiront tard, dans l’échec et la frustration. Et oui…

Bon là évidemment mon screen manque d’intérêt sans monstres mais je vous jure qu’on prends pas le risque d’aller faire un raccourci clavier compliqué en plein champ de bataille

Le gameplay de ce jeu est terrible. Ca semble simple, voire basique au départ mais ce mode « hardcore » imposé – zéro coeurs, t’es mort et tu recommences – vous donne un instinct de conservation à tout rompre, vous allez vous sentir très antilope-dans-la-savane. Je ne vous dit pas tout, il y a masse de choses à découvrir par soi même… l’autre grand point de sex-appeal d’Isaac (… du jeu) – c’est cet ensemble, l’assemblage de cette ambiance et cette abondance de symbolisme. Je commence par le premier, ce jeu est glauque comme jamais.

Ca contraste parfaitement avec le style très cartoon de l’ensemble mais au delà de ce scénario qui doit traumatiser la plus heureuse des enfances (basiquement, ce jeu est l’histoire du gosse le moins aisé qui soit) vous traversez des salles remplies de monstres très moches, remplis (les salles, les monstres, les deux) d’urine, de sang et de caca qui maculeront bientôt le sol. Isaac se bat avec ses larmes. Il rencontre les sept péchés capitaux, les quatre cavaliers de l’apocalypse et même Satan en personne, dans cette extension gratuite qui offre un dernier pallier pour les têtes les plus brûlées d’entre vous! Difficile de parler de cette musique plein de petits coups de glockenspiel, ces ritournelles qui contribuent parfaitement à cette ambiance sombre, sale, qui met pas à l’aise. On y trouve de temps en temps cet humour très spécial qui met toujours plus de tartines miséreuses sur la vie de ce pauvre Isaac – les écrans de chargement sont des petits flashs de sa vie, je ne peux pas les décrire parce que la découverte vaut le coup d’oeil, c’est juste à se faire dessus – et l’identité des objets n’est jamais… super innocente. Une ceinture? Vous allez plus vite, parce que vous vous êtes fait fouetter, hé oui. Les talons haut de maman? Vous êtes monté sur pilotis, vous tirez plus loin. Chaque objet contient une petite connotation, une petite interprétation tragique toujours plus claire – n’oubliez pas que toutes ces pilules que vous ingérez sont celles de votre mère à la base… vous voyez ce que je veux dire? Le jeu ose ce petit malaise latent… et le dernier tiers des objets sont des références geek, ça va taper dans les mèmes (parfois « pointus ») internet ou d’autres jeux fait par les mêmes types, Super Meat Boy en tête de liste bien sûr.

Le truc c’est que chaque partie est différente, mais chaque objet spécial vous affecte « physiquement » – plus vous progressez, plus vous vous transformez, toujours plus loin dans le bizarre, difforme voire DEMONIAQUE! A défaut d’invoquer le Démon via certains artefacts, vous pouvez l’imiter en prenant les bons trucs. On croit même que certains monstres – geignards, faibles, qui évitent toujours le contact – sont vos tentatives avortées ou les autres enfants qui sont passés par là. Top délire, quoi.

C’est épatant, plein de cynisme, ça implose d’humour noir… et comme j’expliquais un peu plus tôt, tout ça est rempli de symbolisme et références bibliques. Je ne vous refait pas le topo sur le Sacrifice d’Isaac, Google fait ça très bien, mais ce trauma Oedipien est également un voyage bizarrement… spirituel (ou anti-sprituel, bref, pas la peine de se prendre le chou) qui pourra peut être vous inviter à réviser quelques « passages » ou personnages marquants de ce bouquin intéressant, vous savez, celui qui est dans la table basse de l’hôtel, dans ce tiroir que vous n’avez ouvert que pour prendre cette petite boîte bleue en carton, bande de coquinous.

Je le verbalise enfin : si The Binding Of Isaac est un jeu au demeurant simple, au contenu démentiellement évolutif, rempli de subtilités… mais c’est bien évidemment son énoooooorme replay value qui prime ici. Pas vraiment difficile, chaque partie sera un autre enfer généré aléatoirement (cartes/contenu/boss, TOUT est généré au hasard, même les bugs) et c’est à vous de faire preuve de doigté et d’utiliser au mieux les cartes que vous avez en main. Il y aura beaucoup de casse et de petits Isaacs morts pour arriver à de bons résultats mais ce machin est addictif comme jamais. Nettement moins cher que le crack, Isaac est nettement plus fun, plein de bonnes choses, arbore un symbolisme fort, il est BON, SURPRISE. Faites vous plaisir, faites moi plaisir, je ne pensais pas du tout aimer ce jeu mais ses qualités sont trop évidentes… et on retrouve ce sentiment rare, celui du joueur trop gourmand qui a voulu aller trop loin et qui s’en mange les doigts. Damn, pour une fois, ça a bon goût.

Posted in Vidéo-lubrique | Tagged | Leave a comment