Daily Archives: 11 janvier 2012

Ces petits riens

« Je vais bien, tout va bien, etc ». On pourrait croire que les deux mangas du jour ont un scénario similaire mais ce serait se prendre une telle claque suivie d’un coup de pied dans les gonades qu’on va se contenter d’un « Ils ont un genre de départ vaguement similaire » – celui de la gentille tranche de vie. Genre ô combien controversé quand, autour d’une table et de quelques chopines, le premier malheureux venu demande l’avis de ses comparses sur une série du genre avant de recevoir un « Oui, mais j’ai honte » – allez, ne culpabilisons pas, c’est une question de cas par cas. Est-ce qu’une série qui, fondamentalement, ne raconte rien ou ne comporte pas d’intrigue peut valoir le coup d’œil? Ca paraît un peu dingue… mais on pourrait, exceptionnellement, trouver une série qui va un peu contre cette « tendance ». Qui amorce un début de réponse quoi, sans aller dans la révolution formelle – terme, de toutes façon, impropre puisque la forme est volontairement faible.

Je pourrais me perdre en banalités pendant longtemps puisque l’aura de Yotsuba est incompréhensible – ses fans sont enthousiastes et les haters ne disent rien (je ne peux pas partir du principe qu’ils n’existent pas, il y a toujours, c’est comme pour la Règle 34) c’est inconcevable! Tout le monde devrait hurler son désamour pour les trucs qu’on juge naze! … mais non, tout le monde aime cette série, les autres s’en fichent ou ne savent pas ce que c’est… curieux puisque c’est typiquement le genre d’œuvre qui est vouée à s’attirer des problèmes, vous savez, comme quand John MacLane débarque en homme-sandwich en plein Bronx. Hé non… tout le monde aime Yotsuba.

Cela faisait un certain temps que pas mal de personnes, y compris les pires fêlons sans âme/violeurs de bébés chats me recommandaient Yotsuba. Je me souviens du fétiche de Corti (qui est surement un gars très bien) pour l’héroïne et de la passion émanée de gars qui, sur Internet, se comportent comme des gros durs monolithiques façon Ryan Gosling. Je crois même ne pas me tromper en disant que c’est la mascotte de 4chan, la lie de l’Internet, quelque chose comme ça – en tout cas, il y a un rapprochement à faire… et même en ayant vu quelques images/extraits de la si fameuse série issue des créateurs d’Azumangas Daioh (une série rigolote, sans enjeux, avec des personnages un peu ahuris) jamais je ne me suis douté que Yotsuba était une gamine de six ans!

Corolaire ayant son importance : édité par Kurokawa (maison d’édition ayant gagné mon respect infini, le votre devrait suivre un jour ou l’autre) depuis déjà plusieurs années, la série de mangas n’a pas vraiment trouvé son public sur le long terme… et c’est pourtant au dixième tome, publié dans la douleur, que la boîte ré-édite ses volumes à partir du premier à raison d’un tome par mois, grosso modo. Ils sont rarement mis en valeur (ça dépend des enseignes, il sera par exemple bien plus visible dans un Virgin que dans une Fnac) mais acheter un Tome de Yotsuba devient un petit don pour une série appréciée. Vaut-elle le coup, de toutes façons? C’est ce qu’on va voir, mais je spoile un peu : ça dépends énormément de vos attentes envers un manga et son contenu, sa « solidité ».

Le terme est un peu dangereux puisqu’il ne veut pas dire grand chose mais on dit souvent que Yotsuba est un manga « feel good » – de la même manière qu’un film pas compliqué et pas ambitieux fait dans l’optique de vous détendre après une journée de dur labeur, Yotsuba est un manga se lisant sans mobiliser quoi que ce soit, ni neurones ni véritables émotion, sinon un espèce de sentiment de tendresse permanente. N’appelez pas les flics, je développe – Yotsuba et son père déménagent dans une province du Japon et … le manga ne fait que raconter une petite aventure de la gamine et de sa sagacité, c’est presque Rabelaisien. Chaque chapitre s’appelle, sans déconner, « Yotsuba et le… » on pourrait inventer « Yotsuba et la cueillette des champignons » « Yotsuba et le distributeur de Kinder Bueno » etc que ce serait tout à fait crédible. La gamine a littéralement un crâne de moineau – elle est effrayée par les épouvantails, je doute que ce soit innocent (de toute manière, pas facile d’être Einstein à cet âge – mais à la lecture de ces deux premiers tomes, on peut espérer ; je dis bien ESPÉRER qu’il y ai un petit truc pas glop caché derrière, comprenez un moyen simple de développer ce personnage et son début d’histoire. Dommage de souhaiter que l’histoire de cette gamine très enthousiaste cache un truc immonde mais c’est ce que le manga, dans ses deux premiers tomes, laisse doucement sous-entendre.

Youpi tralala ploum ploum yadda yadda pouet

Y’a pas de piège. La gamine à la coupe de cheveux improbable découvre les petites choses de la vie, est entourée de ce casting très féminin (on dirait que la maison d’à coté génère des filles tant elles sont impossible à compter) et nous on lit ça sans espérer quoi que ce soit. Il n’y a aucune action, pas d’enjeux, pas de risques, tout va bien, il fait beau dehors, un chocolat chaud vous attends à l’arrivée. Pourquoi cette petite hype derrière un truc qu’on pourrait penser insignifiant? D’abord, il y a le facteur « Aaaaaw. » C’est typiquement l’expression qu’on se met à pousser toutes les deux pages – Yostuba donne presque envie d’avoir une fille pour vivre les mêmes petites situations ubuesques. D’autre part, il y a un petit talent d’écriture, cet humour subtil dans les dialogues, ce petit quelque chose dans l’humour de situation – bref, c’est assez drôle. Le manga cultive un gimmick, le fameux « Enjoy everything » qui ne peux s’appliquer que quand on a le même âge – Yotsuba est d’un optimisme assez épatant. (Tant que j’y suis, ne confondez pas positif et positivisme, c’est Auguste Comte ça, rien à voir)

Mieux, je suis assez fan du graphisme, si on peut appeler ça comme ça. On a presque l’impression que cette légèreté totale de scénario est là pour contrebalancer le dessin, franchement détaillé, en témoigne les (belles) couvertures qui résument à elles seules l’esprit du manga. Les cases sont rarement vides, plutôt chargées sans envoyer du rokoko… et je suis fan de cet état d’esprit, vous savez, celui de faire des personnages qui ont tous l’air un peu ahuris. Ne vous méprenez pas, Yotsuba n’est pas un manga con, juste très éloigné de toute convention littéraire, il vit gentiment dans son petit monde de sucre et d’arc-en-ciels, quelque part entre Amélie Poulain et le Cosby Show. Je ne juge ça qu’à la lecture des deux premiers tomes, il me paraît relativement peu probable que les 11 tomes existantes surfent tous sur cette esprit… on verra bien. Retenez ça : ce manga est lumineux. Pas brillant, lumineux. Un petit souci de température en pleine nuit? Vous mettez des tomes de Yotsuba sous les pieds dans le pieu et hop, tout va bien. Ce manga est extrêmement prometteur puisqu’on sent nettement un souci de continuité, une volonté de glisser une véritable touche de fond derrière ces petites pastilles… et il faut avouer que c’est un manga assez nippon. Yotsuba est un objet culte et pas dépourvu de qualités, ça vaut un coup d’œil amusé.

Dans une perspective totalement différente, j’aimerais vous toucher… deux mots sur La petite amie de Minami, one-shot tout récemment publié par quelqu’un, quelque part, que sais-je, c’est marqué quelque part sur la couverture jaune. Encouragé par un post de Little Yokai après une découverte totalement hasardeuse,ce one-shot d’un autre âge comporte une petite originalité de scénario qui se chope facilement dès la couverture : il dépeins la tranquille vie d’un couple lycéen… mais la fille ne fait plus que 15 centimètres.

Vous constaterez un style très Monvoisinlesyamadiens

Pourquoi, comment, le manga n’aborde pas une seule fois l’explication derrière tout ça et prends donc une démarche un peu kafkaïenne pour amorcer une succession d’épisodes de la vie de tout les jours. Vie lycéenne donc, même si La petite Amie… reste avant tout l’aventure… d’une aventure qui a tourné un peu bizarrement. A partir de là le livre utilise tout les mécanismes qu’on pourrait prêter au genre des « rétrécissements spontanés » et embraye même les deux-trois petites idées sexo qu’on pourrait avoir sur le sujet (j’ai, à la base, feuilleté le manga dans l’espoir de voir une case un peu improbable et… effectivement, elle y était) cette différence de taille occasionne évidemment un tas d’handicap dans la vie de tout les jours et il y a quelque chose de fascinant à voir ces deux djeuns s’organiser pour gérer tout ça. La famille de la fille ne sait rien, elle est presque officiellement disparue, ça se pose des questions chez les flics et au lycée…

Le manga est plutôt sympathique dans sa façon de montrer une mécanique de couple. Ce postulat de base rend chaque geste de Minami mortel et la petite Shiyomi (hin hin hin) commence à en avoir marre de vivre dans la maison de poupées sans intérêt ni loisirs – chaque déplacement est problématique, le risque de la « perdre » littéralement est constant, le chat rode etc – insérer ici tout ce qui est imaginable dans cette situation. Si vous avez lu cette BD des Moineaux dans Astrapi où ils évoluent dans une colonie, vous avez déjà tout lu!

Plusieurs choses qui peuvent rendre la lecture un peu… étrange – d’une part, le dessin, avouons-le, est laid. Je n’ai jamais vu ça – en ayant l’habitude de trucs récents et relativement peu subtils, c’est une nouveauté – ça n’a strictement rien de récent et ça comporte ce style que j’aimerais qualifier de « cancéreux » puisque tout le monde semble couvert de tumeurs« . C’est tout une institution, les visages ovales, les « bouts ronds » aux endroits improbables, etc. D’autre part, c’est très peu détaillé, les environnements ne sont pas franchement détaillés, il y a rarement des fonds, il y a peut être dans les 10% de noir sur la totalité d’une page. Bref, ce n’est pas un livre qu’on ouvrira pour son graphisme.

D’autre part, La Petite Amie… est très fort dans l’art subtil du « Malaise Surprise » dans le sens où il va, à deux ou trois reprises, vous mettre des passages extrêmement sortis de nulle part à des moments où on ne s’y attends pas. Quelques petites lignes de dialogue très osées qui rompent immédiatement avec tout ce qu’on peut imaginer sur la libido des japonais, des petits trucs qu’on n’attendrait pas de lycéens, un traitement de la femme et du couple un peu étrange (même sur le couple-personnage est tout ce qu’il y a de plus crédible, le passage «  » »adultérin » » » est juste strange – « après l’acte, les photos quoi) et surtout, pourquoi une telle … fin? En comparant ça avec Yotsuba, on constate cette même propension à flotter sur un petit nuage quand on lit le manga, cette légèreté gentille et innocente qui envahit l’atmosphère avec toute cette guimauve qu’on aime bien mâchouiller eeeeet… les dix dernières pages vous enlèvent ça pour vous laisser vous crasher comme une bouse, dix kilomètres plus bas. Imaginez un film d’amour où tout va pour le meilleur des mondes durant une heure trente et où une météorite géante se crasherait sur Terre à la toute fin. Je pense sérieusement que l’auteur a fait « mais TA MERE » en renversant sa table en relisant le reste de son travail… mais c’est un choix, ça se respecte. Après, on a l’impression que l’intégralité du truc était une sorte d’exutoire, d’oeuvre-prétexte pour je ne sais quelle utilité cathartique… et on découvre que c’est presque le cas quand l’auteur étale tout son mal-être dans sa postface. Le lecteur sera lui aussi dans cet état d’esprit donc… je suppose que c’est une bonne chose? En un mot : what.

Pour résumer, je vous recommande de lire tout ça, mais entre deux rayons de la Fnac en attendant un rendez-vous.

Je sais, mon message de soutien envers Kurokawa tombe un peu à l’eau. Hé oui. C’est la vie.

PS : Si vous faites les soldes aujourd’hui, allez au Uniclo de la Défense et dites mon pseudo en vous grattant le nez, il se passera quelque chose de rigolo.

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