Daily Archives: 6 janvier 2012

Le derrière des choses

Trois petites choses. D’une part, je veux croire qu’Andy Warhol avait raison. D’autre part, je suis bien conscient que décrier où nourrir une personnalité du web qui se comporte ouvertement d’une façon bizarre ne contribue qu’à la persévérance de la-dite personne. Enfin, je sais que je suis fasciné par les choses qui… ne sont pas légitimes pour ça. Prenez le « allez viens. » Cette vidéo est hypnotisante. Je suis sûr qu’elle est, quelque part sur Terre, thérapeutique. Y’a pas plus débile – pas d’enjeu, pas de chute, aucun contexte, juste un mec qui nous demande de venir, le tout dans des cadres de campagne v »ariés, dans des positions et des attitudes à peine lascives. On la mate, on passe de « wtf » à « c’est rigolo » et le temps de la montrer aux copains, vous l’avez déjà vu cinquante fois. Vous savez déjà combien d’allers-retours il va faire avec son manche (oui) – si le « vieeeens » de bateau est avant ou après celui du foin, vous remarquez la diversité des prises de vue, le montage est fait avec un certain professionnalisme, on voit même le grand pinacle de la débauche quand il nous invite à « voir tout ce qu’on peut faire » et qu’il remue son machin (…oui) avant de le jeter par terre comme le dernier des malpropres.

Il n’empêche que tout ça est fait avec un certain brio, que le bazar est filmé, plutôt bien filmé et – ô, surprise, chaque occurrence nous mène à un Myspace où on peut trouver des chansons à la même dichotomie : débiles, mais travaillées. Il nous a bien eu : ce n’est qu’un espèce de petit génie/roublard ayant trouvé un moyen ultra-efficace de nous rendre curieux : faire l’alien en public. Au final, « allez viens », on est allé voir, la promo est passée, le mec est talentueux dans son approche et il n’a pas froid aux yeux, ok.

Seulement… tout le monde ne peut pas se vanter d’avoir cette notion de distance ou ce savant calcul de masse critique pour attirer les foules. Il s’avère qu’il y a vraiment des dingues pour faire le truc plus aléatoire qui soit devant une webcam et que ses motivations soient… inexistantes. Pour le fun. Vous, de votre coté, vous vous grilleriez bien une clope – d’autre mangeraient bien de bons mulets de violoneux. Vous m’en voyez désolé mais j’aimerais m’en débarrasser une bonne fois pour toute et faire un petit topo Violongay. Je l’évoque sporadiquement de temps en temps sans balancer la moindre parcelle d’explication donc hop hop hop, effet cathartique, point de culture totale pour vous et nous serons tous contents.

Tout commence avec l’ensemble de vidéos de base, tournées en des temps immémoriaux et dans des contrées reculées, quelque part dans la belle province. Pas difficile de supputer une donnée pareille : l’accent très palatal ne tromperas personne… des gens de génie façon Monsieur Poulpe ou Petrified Eyes (mon héros des vidéos perturbantes) ont commencé à répandre la bonne parole et nous tombons tous des nues devant… après tout, verbalisons-le : qu’est-ce qu’on voit? Rien qui puisse paraître dangereux, méchant ou même subversif – juste un gonze qui, devant un écran Windows 95 du plus bel effet, se présente et nous « présente son très bel ami à lui », avant de taper compulsivement sur sa tête de bellâtre en plastique. Ok, revenons en arrière pour voir ce qui ne va pas?

Un joyeux violon

Il y a quelque chose de très flippant dans cette attitude mécanique, compulsive. N’importe quel personne « du métier » vous dira que la dinguerie est avant tout un ensemble d’obsessions, de petits machins dont il est impossible de se débarrasser… mais ce cher Violongay, lui, cultive des fétiches à la précision désarmante. Vous constaterez, à travers les interwebs, qu’il existe toute une batterie d’autres vidéos. D’une part, chaque tête de violoneux dispose de son propre focus (Daniel évolue dans un cercle social bien fourni puisqu’il peut copiner avec Ronald ou Michel, par exemple) mais il existe une demi douzaine de vidéos pour chaque violoneux, chaque bande étant l’exacte réplique de la précédente. Notre ami fait mumuse avec sa perruque, explique son amour des « jeans noir », des « rigodons » – et des « chemises blanc crème ». Ca peut paraître très ciblé – et c’est parce que c’est le cas – mais notre ami cultive un schéma à la redondance implacable, ça ne manque jamais. Prenez cette vidéo du Violonneux Ronald (avec un beau mulet châtain pâle) vous y noterez quelques éléments de malaise en plus. D’une part, cet amour des mulets est tellement années 80 – d’autre part, joindre le geste à la parole et le manger en live devant la webcam dépasse toute singularité… et comment ne pas parler de ce moment très creepy où il lui donne une chemise (blanc cassé, évidemment) un jean (noir, cela va de soit) et qu’il lui jette un instrument à la… figure comme si il allait lui pousser des bras et un sens inné du solfège. Bon, je suis désolé, mais à priori, les têtes de violoneux ne sont pas habitées. Non, le vrai truc flippant dans la vidéo – et c’est pas ça qui manque – c’est l’aspect totalement cyclique du truc. Chanter les louanges du rigodon. Taper dessus. Le menacer de lui manger le mulet. S’exécuter. Repasser à l’étape 1. Je suis intimement persuadé qu’il lui manquait de l’espace disque à chaque fois et qu’il aurait totalement été capable de faire ça pendant des heures.

Jusque là, nous avons un type qui exprime clairement son grand kif des têtes de violoneux, d’une tenue vestimentaire bien précise et qui aime visiblement les rigodons cajuns – ce n’est pas une grosse prise de risque d’avancer que tout ça possède une grosse valeur fêtichisante, que le mec va de plus en plus avouer qu’il aimerais qu’on lui joue un morceau de violon dans le coin des fesses, en gros. Inutile d’émettre un jugement de valeur mais je crois que dans les grandes lignes, c’est la source de tout ça, je ne chanterais pas une ode au son d’un violon très très gay qui swingue dans les cabanes pour autre chose mais hé, vous swinguez pour qui vous voulez, c’est votre droit. Après, sur une chaîne Daily émettant un back up de toutes ses vidéos, il y en a une qui créé un malaise encore plus… dimensionnel quand on constate que ce cher Violongay filme un mec mort, dans son cercueil en plan fixe pendant deux minutes. La routine.

Toujours plus loin, vous aurez sans doute remarqué un autre running gag des vidéos du Violongay – l’évocation des veillées du 21 Décembre – la fin du monde, celle prévue en fin d’année, tout simplement. Ca ne pourrait être qu’un détail mais si, par mégarde, vous seriez tombés sur son site perso (je met pas le lien, le site est plus vérolé qu’une blogueuse bédé) vous aurez aisément constaté la maboulerie ambiante dans la construction, l’esthétique du bazar – et dans le propos, plus que tout. Ode aux aliens, ode à la venue des surhommes – F. Nietzsche serait content – autant de trucs sortis de nulle part, couplé à ces mentions nonchalantes me font penser qu’il y croit sérieusement, le bouge. Autre élément perturbateur (et tout aussi perturbant) c’est cette tendresse qui émane de ce monsieur Ongay (prénom : Viol) quand il caresse ses têtes de violoneux avec le dos de ses mains. Il y a une certaine sincérité quand il passe ces mèches de cheveux synthétique dans ses paluches, on croit qu’il est réellement amoureux de ces petites têtes, en tout cas, il y accorde le même traitement. Sur internet, les descriptions des vidéos postées par lui même ne sont pas très ambigües, il recherche quelqu’un à violonner, quelque soit les préférences du cheum qui dégnera y répondre.

Un violoneux manifestement pas très gai pour vous mesdames, chanceuses

Si on compile tous ça et qu’on essaie de résoudre ce mic-mac poilu ; Je ne peux malheureusement pas vous demander de retourner le blog pour lire la solution mais voilà ma théorie qui est probablement aussi la votre. Admettons que notre admirateur de Violon avait effectivement un cheum dévoué qui lui jouait des rigodons… on va dire érotiques, supposé que X joue le rôle du violon et Y soit l’archet. Hum? Admettons ensuite que le premier développe une forte passion pour le deuxième, admettons également que Y fut habillé, au temps X, d’une chemise blanc cassé 60% polyester (oui je vais encore plus loin dans la précision mais les descriptions des-dites vidéos sont formelles)  et qu’il claque entre les mains entre d’X, en plein rigodon cajun ou que sais-je. Imaginons simplement que tout ça ne soit qu’une projection du mec décédé de la vidéo cadavérique sur des violoneux en plastique? Flippant, hein? Pourtant, ça semble relativement cartésien, 2012 et la venue des aliens semblant la seule porte ouverte à une « ressuscitation » promise par je ne sais quelle technologie imaginaire. Bref, c’est glauque, c’est vraiment glauque mais ça me semble être la seule explication possible au vu de cet amas de détails absurdes qui reviennent partout dans ces oeuvres. L’histoire du Violongay est probablement une histoire un peu moche et triste…

… qui devrait logiquement s’arrêter là, à défaut d’apporter des éléments consistants. On peut attendre le 21 Décembre voir si il se passe un truc mais, depuis l’apport des premières vidéos, la toile découvre petit à petit le « phénomène » – toile québécoise comme française, même si ces derniers sont davantage au courant du truc, les premiers étant probablement en train de raser les murs de peur de le croiser depuis – et on entends pas parler du bonhomme pendant un certain temps, si ce n’est en commentaires de telles ou telles vidéos ré-actualisées. Les Violoneux n’ont à priori plus rien à craindre, QUAND SOUDAIN!

Une nouvelle vidéo apparaît. Cette fois, elle est pro, filmée, pas de fond d’écran rétro, c’est « l’émission de Madame Coucoune« . Emission indispensable puisque que Monsieur-Madame C., grimé au pistolet à maquillage inventé par Homer Simpson – nous invite à cuire une tête de violoneux (avec un beau mulet) et de la battre avec un violon. Ca implose de symbolisme et l’étalage des « codes » de la saga sont utilisés avec un humour si douzième degré qu’il est clair que Coucoune nous fait du fanservice en se payant à moitié la tête de l’invité – tout paumé, ne sachant pas trop quoi faire, se justifiant du bazar précédent en invoquant l’humour et l’auto dérision. Oui, j’aurais moi aussi utilisé cette carte mais m’est avis que la meilleure façon de faire oublier un truc… c’est de ne pas le ramener sur le tapis en premier lieu. Au final, on croit encore plus aux paraphilies du type et on se retrouve avec une énième vidéo complètement dada, bande son appropriée en bonus où, si vous allez jusqu’au bout, contient du faux vomi et un bêtisier laissé au montage pour le fun, exctement comme dans Plumbers don’t Wears Tie. Hmm hmm. A ce stade, ma fascination est toujours aussi présente mais je ne sais pas vraiment si il y a de la fierté derrière ça, ou si il y en avait au début tout court.

Finish him, fatality – il s’avère que ça ne pourrait être que le début d’une grande saga puisque c’est maintenant que les Québécois commencent à s’emparer de la chose. J’en veux pour preuve cette ultime vidéo où trois gars tentent le très journalistique pari de passer une soirée avec l’homme au strabisme toujours plus accentué par ces lunettes de cosmonaute – et les dix minutes qui en résultent sont d’une intensité extrêêêême. Absolument inoffensif, il leur demande juste de respecter le « dress-code », tente quand même en demandant poliment si il peut doucement caresser la bedaine d’un de ses invités, se touche plus ou moins discrètement en tapant la discute sur un canapé… et la caméra nous montre ces quelques instants rares et précieux : le fond d’écran mythique où on voit des têtes du violoneux (le vrai, celui qui est illustré partout dans les images du site coupable) se trimballer partout, ou ce moment un peu étrange où l’un des « journalistes » (on ne sait pas ce qu’ils sont, dans l’absolu) confesse face caméra son malaise total face à l’ambiance imposée de la soirée. Tout le monde s’en est sorti vivant mais personne n’est vraiment valorisé dans l’histoire…

Qu’avons nous appris aujourd’hui? Hé bien… pas grand chose. J’ai nourri et encouragé le phénomène à ma façon, je perturbe les cours en intriguant les copains avec ça, nous avons un mec paumé dans la nature et un peu incompris dans son doux délire… et chaque personne portant une chemise blanc cassé et une coupe longueuil a gagné le droit de regarder derrière lui avant de traverser une ruelle. Allez, une petite image en bonus.

Maintenant, vous savez. Jambaya tout le monde!

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