Reality sucks

(Un lieu super culturel est caché dans ce post, sauras-tu le retrouver?)

Dans la catégorie « Je n’ai pas grand chose à dire mais je vais quand même tenter ma chance »

Je voulais, pour le dernier post non « mécanique » – comprenez ni fil rouge, ni « traditionnel » faire un dossier bien débile sur un sujet qui ne l’est pas moins mais les échéances de l’exposition Game Story me forcent un peu à en parler maintenant. La sortie faussement culturelle liée au Jeu Vidéo de fin décembre à l’air de devenir une sorte de tradition et cette année, c’est cette expo qui s’y collait. Petit état des lieux!

Ouaip, ça a fait le tour des médias, des magazines spécialisés et le tour des bouches de chroniqueurs-cools de talk-show généralistes, le jeu vidéo (pluriel : Jeux Vidéo – « vidéo » reste, jusqu’à preuve du contraire, un concept invariable) s’invite au Grand Palais, lieu éminemment symbolique dans la capitale puisque grand étendard de sophistication artistique – ça ne veut peut être pas dire grand chose mais la symbolique est là : un truc à priori sans sex-appeal pour le péquin moyen se retrouve dans l’un des lieux d’exposition les plus classe qui soit, c’est dit. Une excellente initiative appuyée par la fabuleuse collection de M05, véritable petit trésor mémoriel… et encore, pas évident de parler d’histoire quand on ne brosse qu’une trentaine d’années. Ca pose quelques problèmatiques : comment exposer un support aussi barré que le jeu vidéo? Je ne vais m’engager dans un grand discours sur la place du vidéoludisme dans l’art – ce n’est qu’une question de long terme et ça reste, avant tout, une industrie, donc attendons encore quelques décennies avant de considérer ça – mais si vous êtes intéressés par cette ouverture du jeu dans le monde de l’art (ou aller au même endroit par dépit pour tester la très prometteuse expo sur les… manèges?) il faut vraiment vous presser : l’exposition ferme le 9 Janvier!

Je n’avais qu’une seule crainte en allant voir ceci (première incursion tardive au Grand Palais) – et c’est enrayé dès l’affiche. On pouvait peut être redouter une certaine condescendance envers le sujet principal, comme si l’expo s’adressait au « grand public » en le prenant par la main, ton paternaliste et trop inutilement « explicatif » à l’appui. Rien que cette image montre qu’elle s’adresse à tous, en n’hésitant pas à faire péter les références plus ou moins pointues (vous remarquerez l’omniprésence des personnages Sega ; et une tentacule) mais force est de constater que le public était franchement hétérogène – entre les gamins venus avec leurs parents&co, les jeunes trentenaires venus se faire une petite dose de nostalgie et les autres, en plein milieu, toujours en train de jouer et de constater cette évolution. Il y a évidemment quelques péquins ouvert d’esprit mais ne vous attendez pas trop à ce que « la haute » aille y poser les pieds spontanément – de toute façon, l’expo semble rentabiliser, avoir son public et plaire suffisamment à ceux qui y mettent les pieds, donc tout le monde est gagnant.

C’est donc avec Amo que nous déboulâmes en face du petit Palais en sortant de la sainte ligne 1 et voilà pour vous une première leçon de vie salvatrice – soit vous réservez, soit vous prenez un autre pull car l’exposition possède une capacité assez limitée. Les gens sortent et font donc rentrer d’autres gens… mais dehors, il fait froid et à l’intérieur il y a toutes ces bornes à essayer – l’équation est simple et le résultat est fatal pour vous : on reste dehors un certain temps – un mètre de file d’attente équivaut à une demi-heure, plus ou moins. Attention à vos doigts, ils vont tomber si vous ne venez pas au bon moment – ou si vous osez les mitaines. Bref, une fois le portique de sécurité passé et quand vous aurez prouvé que vous n’êtes pas là pour reproduire la première mission de Ghost Protocol, vous voilà lâché dans l’arêne pour vous lancer dans la petite galerie H du palais et faire un joyeux aller-retour avant de récupérer vos affaires que vous aurez déposé gratuitement (hiiiiiiîîîîîiiiii)

L’occasion est là pour jouer à une multitude jeux cultes, plus ou moins connus. Alex Kid, Contra, GoldenEye, Pac Man, Layton etc etc… jusqu’à Child of Eden jouable en Kinect, conclusion et ouverture à l’ensemble… tout en contournant quelques raccourcis de supports – les organisateurs ne sont pas des super-héros et ont du, de temps en temps, faire appel à des versions démos ou zigzagger un peu entre les supports originaux –  et admirer quelques objets rattachés à certains de ces univers. Que dire d’autre?

C’est avant tout une approche chronologique de l’histoire – son début, du moins – du jeu vidéo, du début des années 70 à aujourd’hui. Le bazar divise son approche en trois tableaux : les oscilloscopes, les gros pixels et la haute définition (il est évident que je dégrossis à mort mais vous comprendrez l’idée) l’idée étant de progresser – et ne s’embarrasse pas d’artifices ou d’animations superflues – ce n’est pas une convention ou un évènement live, ne vous attendez pas à voir Marcus débarquer pour signer des T-Shirt (bon, il préface un bouquin de la boutique et en écrit un autre MAIS) mais juste une progression très, très, trèèèès verbeuse pour illustrer tel ou tel exemple ou propos. Une bonne occasion pour parler du ton de l’exposition : n’oubliez pas qu’on s’adresse ici à tout le monde et qu’il y aura toujours un propos qui fera tiquer n’importer quel mec un tant soit peu « pointu » ou passionné par son sujet. Je ne sais pas, personellement, si Rayman peut être qualifié de kawai mais passons… l’exposition consiste en une succession de bornes d’essai, toujours accompagné d’un petit texte factuel. L’ensemble brasse large : de l’Odyssey des tout débuts, en passant par la Dreamcast et la 64 pour arriver sur un PC connecté à World Of Warcraft… difficile d’imaginer toute ces machinerie de fils planqués quelque part dans ces grosses boiboites. Pourtant, c’est là tout l’intérêt du truc – l’appellation de « musée » est tout à fait légitime grâce à l’impressionnante masse de matos fournie par M05. Toutes les consoles y sont, bien conservées et tout à fait fonctionnelle. On ne peut pas évidemment jouer à tout (j’aurais adoré pouvoir tester les jeux crétins de l’Odyssey et pouvoir singer ainsi l’Angry Video Game Nerd) mais la grand majorité des consoles est tangible et cette galerie est véritablement une petite capsule temporelle.

Je dois admettre que l’expo n’est pas organisée par des novices qui ne savent rien sur le sujet – la variété des jeux choisis est vraiment impressionnante, que ce soit une histoire de nationalités, de studios… ou de tranches d’âges visées! Un gamin n’aura aucun mal à jouer a Alone In The Dark, GTA III ou cette borne très mystérieuse de ce fameux FPS en ligne des années 2000 qui fait mourir les jeunes – mais qui y joue? Probablement le plus grand mystère d’une salle d’expo depuis le piano de l’expo John Lennon qui répondait tout seul! Il n’y a pas de point focal, pas de préférences envers tel ou tel major du genre, on y trouve une véritable palette de supports. On pourrait reprocher une vision un peu sur/sous exploitée de telle ou telle période mais ça remet quelques pendules à l’heure – jouer à Sonic Adventure vous rappelle subitement que ça datait bien avant la PS2 et toute son apogée, et oui. Si vous pensiez que les jeux d’aujourd’hui avaient déjà ce faciès en 2005, ce sera une bonne occasion de jouer à Resident Evil sur Gamecube et de piger que les choses évoluent depuis toujours… avant de se lâcher sur la borne DDR où sur Donkey Konga. En revanche, on pourrait reprocher un manque de « regard périphérique » on pourrait peut être avoir droit à un peu plus d’accessoire farfelus ou de bornes qui pensent un peu en dehors du simple écran. Tout les accessoires du genre sont du dernier siècle et son ainsi cantonnés à rester derrière une vitrine mais hé, si vous voulez jouer au Visual Boy de Nintendo, il vous suffit de visiter n’importe quelle convention otaku parisienne. Enfin, détail génial : le toit de l’Expo est un pong géant. Qu’on dirige avec une manette Xbox. Le temps de piger qu’on peut diriger ce rectangle blanc qu’on voit gigoter depuis le début… grande idée! L’approche « méta » prouve aussi que le jeu est traité comme n’importe quel autre support et n’hésite pas les rapprochements plus ou moins farfelus avec certains films, etc.

Bref, riche initiative, bonne manière de sortir en alliant lieu classe et passion, tout ça mâtiné d’un bon sens de l’interactivité. Les gars, la prochaine fois, n’hésitez pas à accentuer le petit travail sur le son déjà présent – l’histoire de la musique dans les jeux est encore autre chose et mériterait d’être plus exploité. En tout cas, c’est une bonne idée de sortie!

Enfin, petit paragraphe sur la boutique qui ravira les férus de beaux bouquins – vous saurez aisément faire la différence entre les goodies un peu inutiles au prix exorbitant – mais ça peut être, d’une manière simple de choper des Pix’N Love qu’il vous manquerait (on peut accéder à la boutique avant de passer le contrôle) ou de choper de beaux et bons bouquins, massifs et plutot chers, comme n’importe quel beau livre acheté à la fin d’une expo. L’ouvrage éponyme remplit bien son contrat malgré son handicap évident (jusqu’à preuve du contraire on ne peut pas jouer à Tetris sur un bouquin) et je vous recommande particulièrement le bouquin rouge où l’on trouve une plante carnivore de Mario – ça peut faire un cadeau de Noël assez original. Game Story – le livre – va dans le sens de l’expo et dépasse simplement l’approche « ludique » en alignant un énoooooorme amas de texte en l’illustrant de fort belle manière, comme un Edge géant de quatre cent pages… et en invoquant des exemples bien plus culturels que les jeux vidéo et en brassant un spectre formidablement large. Plus instructif que l’expo en elle même, c’est un must-have qui, honnêtement ne vous apprendra pas grand chose à toi, le gamer archi calé… mais pense à ton comparse né un peu plus tard, ou au casual gamer qui sommeille. En gros, si vous n’avez pas le temps ou l’envie, rien que la boutique peut être un bon argument d’autorité, pour vous ou quelqu’un d’autre.

Bon sang, je me sens tellement Pierre Bellemare, pour le coup.

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