Daily Archives: 12 décembre 2011

Ca ne va pas fort (c’est promis)

 Le professeur Concombre a toujours quelque chose à diiiiire ~

Aujourd’hui, chers petits enfants, ouvrez grand vos oreilles car ma leçon du jour a quelque chose de profondément difficile à capter, libérez vos chakras, vos mirettes et secouez moi votre sens dogmatique – attention, préparez vous à la fulgurance de l’année… on y va…

… LE SUICIDE C’EST PAS BIEN.

HE OUI! Rappelons-le, avaler des médicaments fait mourir et Colourful est là pour remettre les points sur les I. C’est dit, prenez quelques minutes pour remettre les choses à leur place dans votre esprit, digérez ça tranquillement, prenez vous un bon café et revenez lire la suite de ce post un peu plus tard.

Whoah je fais le petit malin mais c’est pour expédier ça en début de post car oui, ce film tente de nous faire passer un message aussi inutile que superflu. Hé, c’est intimement lié au sujet présent. Film? Bon film. Honnêtement dans le haut panier de ce que j’ai eu la chance de voir cette année – après Arrietty en Janvier dernier, la boucle est bouclée, pour ainsi dire. Cependant, pour une fois, j’ai peut être la chance de vous en apprendre l’existence. Fantastiquement peu distribué (une demi douzaine de salles il y a deux semaines, attendez fin décembre pour une nouvelle vague de projections – c’est quasi mort si vous n’êtes pas parisiens) médiatisé au compte-gouttes (Kazé et pourtant sur le coup mais je ne connais pas bien les mécaniques internes du bouzin) vous n’en apprendrez l’existence que sur Nolife ou si vous ouvrez le bon Télérama. Ca n’ira pas plus loin et ça m’a suffit pour me convaincre – car l’affiche (ci dessus) est superbe. Pas un instant je ne me suis douté de l’aspect morbide de l’image (avec du recul, l’analogie est évidente) et – vous constaterez ce sublime jeu de contrastes, de couleurs, cette espèce de sérénité tranquille qui émane de tout ce blanc. Cet instant n’a duré qu’une demi seconde mais ce fut un tel micro-choc, une véritable madelaine de Proust, un joli tropisme qui m’a incité – et, j’espère, qui vous incitera, à aller voir Colourful, une film d’animation de deux heures fait par… quelqu’un… du même studio qu »Un Ete chez Coo » – voilà, mes connaissances sur le sujet ne vont pas plus loin. Pas de grands noms, distribution ridicule, une sortie discrète et une affiche démentielle – tout les éléments sont en place pour aguicher votre sens hipster. Il n’empêche, cette affiche est presque paradoxale, ce coté « la mort vous va si bien » est presque trop fataliste pour un film sensé incarner le contraire.

C’est pourtant votre fibre sentimentale qui va être titillée, présentement. Je vais me permettre de parler de l’intégralité du film et ainsi enrayer toute potentielle surprise mais d’une – elle n’en sont pas vraiment et de deux – aller voir ce film à l’aveuglette n’est pas nécessairement une bonne idée. J’aurais beaucoup de mal, au vu d’un évènement récent très personnel, à avoir une vision claire et posée sur le sujet mais je recommande sauvagement de ne PAS aller voir ce film seul. Non pas qu’il soit vraiment baddant – c’est davantage une question de mélancolie douce, légère, un mal-être persistant qui peut vous ruiner votre journée si vous en faites une expérience solitaire. Allez-y avec votre chère môman, votre grand frère cool, un ami, l’être aimé ou votre chat mais évitez le plan solo – car alerte gentille déprime sur cette bande.

Colourful part d’un sujet extrêmement intriguant sans être putassier et, in fine, d’un sujet très japonais (merci de m’arrêter si cet avis vous semble très con/faux) – le suicide. Ce n’est pas une nouveauté, pas même dans l’animation mais là il n’y a aucune concession, tout est dit cash (au grand dam des personnages qui sont surpris d’entendre ce mot d’une manière désinvolte) sans censure ou distanciation inutile ; c’est à dire avec des réactions naturelles de gens naturels. En gros, le film veut nous faire une peinture de ce qu’on peut ressentir/réagir dans ce genre de problématiques, sans périphrases mais il utilise une énorme carte joker – dans la vraie vie, les morts n’ont pas de seconde chance… à priori. Je suis peut être la nouvelle incarnation d’Anne Bolyen, on m’a toujours dit que j’étais un peu tête en l’air.

Trêve de plaisanteries, Colourful est un film rempli de topos vu et revus mais que j’affectionne tout particulièrement. Sa toute première scène, mi-glauque mi merveilleuse (dans l’acception moyenâgeuse du terme) – nous présente un Au-Delà où les gens font la queue, prennent un ticket et s’en vont vers l’infini. Nous sommes catapultés dans la peau d’une âme fraîchement montée au ciel qui a la chance d’avoir droit à un second round forcé. Il va redescendre sur Terre, incarner Makoto, jeune adolescent venant tout juste de tenter la sortie de vie imposée pour passer en « période d’essai » voir si il mérite une deuxième chance. Autant vous le dire : ces cinq premières minutes sont d’une étrangeté délicieuse. Ca n’aura jamais le même impact sur un écran de télévision – ce travail de l’image, du son, ce flou ambiant, ces deux bêtes plans en vue à la première personne valent le détour. Heureusement, ça ne dure qu’un temps (n’est pas Gaspard Noé qui veut et c’est, de base, une très mauvaise idée) mais cette toute petite pépite introductive m’a marqué par cette vision intelligente (mais peu originale, juste bien rendue) de ce concept inconnu aux yeux des vivants.

Ca ne dure pas donc puisqu’on se réveille rapidement dans la peau de Makoto, cette âme perdue va donc devoir comprendre ce qu’il a fait de si grave pour être propulsé dans cet ado un peu chétif de troisième chez qui, apparemment, les choses ne tournent pas rond. D’une part, il faut singer la personnalité – inconnue – du bonhomme, ce qui donne deux trois instants marrants – puis constater que si le jeune homme a voulu en finir, c’est qu’il y avait une raison tangible derrière tout ça. Ouch, double ouch, une journée visiblement trop chargée en émotions et en Love-Motels a eu raison de lui. Il s’agit donc pour John Doe de vivre dans Makoto pour … apprendre à vivre. (Lancer ici une enclume avec marqué « subtilité » au fer rouge dessus)

Bon, autant vous dire que ce film est sensé offrir un plot-twist sur la toute fin, et je ne sais pas si il est sensé se percevoir tel quel tant il se voit depuis les hautes sphères du paradis RATP. Sérieusement, vous avez déjà deviné le mystère derrière tout ça, j’en suis certain, mais faisons comme si. Qu’est-ce qui donne à Colourful toute sa saveur? Au final, c’est, comme beaucoup d’autres, un film extrêmement posé où il ne se passe pas grand chose, où une accélération de rythme ne se fait que via un personnage qui entame une petite foulée, etc. Une énième ambiance réaliste matinée d’une micro-touche de fantastique (qu’est-ce qu’on en sait, hein, après tout?) et pourtant, Colourful est planant. Je ne comprends honnêtement pas ce titre, le film n’est pas techniquement sensé imploser les rétines, je n’y ai pas trouvé d’emphase réelle dans les différents « tableaux », ce mot sert bien évidemment de maxime optimiste et illustre un gimmick du film – vous savez, celui avec le cheval, probablement – mais c’est une bande qui s’éloigne du fauvisme, ne vous attendez pas à ça.

Non, Colourful ne brille pas mais il impose une vision calme, posée et réaliste des choses. Une famille de quatre personnes, un couple aux apparences heureuses, un grand frère ronchon qui tente des études difficiles… le rapport n’est pas évident pour Makoto, lycéen presque asocial – le premier mot prononcé coram populo après son « retour » sonne comme un bouleversement cosmique – qui doit ré-apprendre à tisser la toile sociale, être de nouveau confronté à ses petits tracas du quotidien, à ne pas comprendre les gens autour de lui. Pas besoin d’avoir été mis au ban de sa classe de sixième ou d’être totalement névrotique pour comprendre cela – Makoto est un personnage incompris, décalé, mal dans sa peau… et les circonstances n’aident pas. Point intéressant qui, pour le coup, s’éloigne du topos : il manque terriblement d’ambition. Sa famille s’empresse de lui trouver une formation personnalisée et prisée… mais il préfère aller dans le même bahut simple que son pote. Ca, pour le coup, c’est inhabituel.

Justement. Dommage qu’en deux heures, la gestion des personnages soit un poil déséquilibrée : par exemple, on ne connait pas du tout le prénom des parents de Makoto. On comprends rapidement les ambitions stylistiques du film mais c’est dommage – ils ne sont pas là simplement pour montrer qu’ils comprennent, ni même qu’ils subissent – Colourful adopte cette démarche très Cynique qu’on croirait sortie de Skins : les adultes ne servent pas à grand chose, au final. Il y a bien ce prof principal, qui, visiblement, aime ce qu’il fait et aide son prochain… mais les parents n’ont l’air d’être là que pour ouvrir les yeux en grand et poser une tension intangible dans le foyer. Etrange… mais pas si faux, finalement. C’est une question de balancement… sa classe n’a aussi rien de fantastique, entre la fille un peu laide qui a du béguin pour lui, la fille pour qui IL a du béguin – mais qui s’avère ne pas vraiment briller par quoi que ce soit (alors là aussi bonjour le cynisme dans la vision de l’adolescence mais hey, rien ne dit que c’est faux) – et ce grand dadais, salvateur, qui réalise l’un des plus grand hold-up de rythme de tout les temps. Bon, là aussi c’est une question d’appréciation, mais inutile de préciser que nous avons là un otake – dans l’acception basique du terme – puisqu’un fanatique du truc bien précis va être le premier espoir social de notre jeune Makoto. … par quoi est-il fasciné? Hey, quel est le cliché japonais du genre, quand ce ne sont pas les tentacules? Hééé ouiiiii. J’ai trouvé toute cette séquence de copinage un peu « longuette », trop posée, du genre à limiter le Lebensraum qui aurait pu nous montrer un peu plus de Makoto.

Pis en personnage intéressant, il y a bien sûr Puru-Puru, petit shota en costard/souliers, le genre d’être complètement impossible à cerner puisque derrière son apparence de gamin sagace, on sait qu’il y a derrière une âme plus au courant des choses de la vie et vénérable que le plus génial des humains – j’aime quand il y a cette distanciation étrange parce qu’elle invoque un concept trop incompréhensible – Makoto aussi se pose la question et lui demande un truc du genre « Mais t’es quoi au fait, un ange? » et, même si la réponse n’a rien de surprenant, je l’ai trouvé un poil flippante. Un « guide du paradis » amusant (là aussi, topos évident) puisqu’on est JAMAIS certain de ses intentions. Rassurez vous, on ne nous sort pas la carte du rêve, de la réalité parallèle ou de « l’Alzheimer soudain » (quoi que…) mais ce petit bonhomme est fascinant dans son coté gamin-tout-puissant. Ca aurait pu donner une sorte de duo comique avec le si désinvolte ado mais on ne le voit que peu, comme une sorte d’arbitre, presque de narrateur, sans aller dans le Coryphée, quoi. J’ai vraiment pas hâte de casser ma pipe mais si je suis accueilli par un type aussi ambigu, je vais me réfugier sur les genoux du Grand Patron de terreur.

Pas de musique réellement marquante mais plutôt une sorte de trouble, un équilibrage sonore étrange qui « impose » peut être un peu l’émotion à deux ou trois occurrences. Du genre OHMONDIEU C’EST BEAU FAITES PÉTER LES VIOLONS A DONF CA VA DONNER CINQ SECONDES PERTURBANTES. Toi, tu es là, devant le film, tu ne sais pas trop si tu dois sortir la larmichette ou être perturbé. Ou faire les deux… car Colourful ne joue jamais avec les sentiments, que nenni. Il a l’avantage de ne PAS être maladroit, ça aurait pu être son défaut. Nope, il se laisse voir, se digère et reste en tête comme n’importe quel bon film. Colourful n’est pas comme une bonne pub qu’on oublie dès qu’elle n’est plus diffusée, il a le mérite de poser des choses, d’appeler un chat un chat, d’aborder un sujet grave sans stigmatiser ou faire du pathos et honnêtement, au delà de toutes ces considérations un peu superficielles, il fait passer un bon moment. Je le répète toutefois – ne le matez pas seul, mais allez-y si vous en avez l’occasion. Des micro-défauts que je me forcerais presque à trouver puisqu’à l’image de son personnage principal, Colourful est un film grave qui ne veut pas être ambitieux, juste démontrer un propos simple. Il le fait sans problème et capte vraiment l’attention dans un temps qui défile très vite et qui déroule de très belles scènes. Original dans un sens, pas dans la forme, à voir.

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