Grandeur et décadence de John Tanner

Et voilà pour Respawn. Vous m’y trouverez débiter du « haaa haaa heuuu » à débit rapide, abuser du « voila », du « donc », etc. C’est également une excellente source de podcasts intéressants!

Dans le tour de table j’ai donc eu la chance de parler trois minutes de Driver San Francisco. L’occasion est là pour en parler plus en profondeur – enthousiasme compris! Si vous avez raté mes cris de jouvencelle sur Twitter, Driver est bon, vraiment bon. Un poil au delà, même, il tente quelque chose de nouveau et le fait parfaitement en retombant gracieusement sur ses pattes. Bien sûr, j’avais décidé de l’aimer avant de l’acheter. Il était quand même très probable que j’ignore royalement ce titre, jusqu’aux retours presse engageants (sauf pour Edge et son petit 6/10, hé ben? On peut plus se fier à rien!) Yathzee, sceptique parmi les sceptique, en dit soudainement beaucoup de bien et les sujets de Nolife parachèvent un teasing parfait. Du coup je serais ravi de faire le dernier maillon en ce qui vous concerne car même si il m’a fallu d’une toute petite semaine d’hypnose passive pour certains (*double clin d’oeil*) – cet achat ne sera en aucun cas regrettable. Ce jeu est FUN. FUN comme jamais.

J’ai le même passif avec la série Driver que 95% des gamers ici-bas : j’ai pas mal joué au premier sur PC – aucune idée de comment je m’étais procuré la galette – le parking tutoriel a été nazi avec moi comme avec tout le monde puis en avant les petites missions où John Tanner, flic infiltré dans la mafia, fait des courses ou rentre dans des bagnoles après les avoir compressées contre un mur. C’était fun mais avec tout ce recul ça ressemble surtout à un Gloubi-Boulga de polygones mal animés… Une décennie et demi et trois jeux plus tard, le teaser de cet opus arrive en plein E3, je suis persuadé qu’il s’agit de Driv3r (j’ai donc moi même mentalement un jeu et sept ans de retard, quand on vous dit que la comparaison de ce jeu avec Code Quantum est pertinente) et oubli général jusqu’à cet achat très enthousiaste fin Septembre. Je vais essayer d’être le plus objectif possible mais je dois avouer qu’il y a probablement un grand kiff plus ou moins rationnel derrière ça. Il est peut être un peu moins novateur que ce que je vais tenter de vous vendre, mais ma propre expérience des jeux de bagnoles est extrêmement substantielle – il faut remonter à Juin 2010 pour mon dernier post du genre avec le très sympa Blur. Celui là se vante d’être axé multi et de concurrencer Mario Kart dans un univers cartésien – Driver SF s’approche du bac à sable, avec ses chapitres, ses missions secondaires et sa ville modélisée d’un bout à l’autre. Bien sûr, San Francisco n’a pas la « vivacité » des « bacs à sable » en temps que tel puisque vous ne quitterez jamais le volant… mais quel volant?

 Rien que le scénario est couillu mais il fallait bien quelque chose de TRES gros pour justifier le gimmick du jeu. Le violeur de bébés Chris Jéricho (enfin on ne sait pas, il est en taule, supposé méchant mais il fait juste voisin grande gueule) est prêt à passer à la casserole judiciaire quand SOUDAINEMENT MAIS NON COMMENT EST-CE POSSIBLE il s’évade et fout le bazar dans la ville. Le supposé bazar. Dans la supposée ville. C’est ça le truc : trois secondes après que le bad guy soit mis en liberté, le duo principal (Tanner et son très très cliché copain flic) se fait piéger dans une ruelle et se prends un camion dans la face. Crac boum hue, Tanner dans le coma, je sais, je sais, c’est très sérieux. Ca pue le spoil mais c’est un élément d’exposition avéré qui va, de manière constante, vous faire douter de la réalité. Pas mal de trucs récents se basent sur l’acceptation d’un fait, Driver tourne tellement autour et screwe votre cerveau comme jamais… mais la réalité, elle, est tellement simple et évidente. Il n’empêche qu’allongé sur son lit d’hopital… mais aussi dans sa bagnole de flic, le Tanneur se rends compte qu’il a chopé la démentielle capacité de se projeter dans n’importe quel véhicule de la cité. Camion, taxi, ambulance, il peut prendre n’importe quel véhicule qui roule après une bête pression du bouton A qui expulse du véhicule actuel pour en choisir un autre. On peut survoler la ville de plus en plus haut… et retomber dans un voiture de sport de l’autre coté de la ville en deux secondes. C’est peut être pas du génie mais ça s’en approche! La quête vers l’arrestation finale du monsieur sera modélisée par un petit écran « affaire » qui résume les liens entre les protagonistes – ça fera un peu pshiiit dans une séquence un peu « nous serons tous changés en piles Duracell » mais chuuuuut~

Ce scénario peut paraître méga fantaisiste mais il permet plein de choses – un twist de départ pareil met la barre haute et les concepteurs ont trouvé quelques twists très intéressants – néanmoins logiques – pour tout vous dire, le jeu se termine dans une grande dinguerie surréaliste, à se demander si on ne s’est pas téléporté dans Infamous. La route vers la conscience sera longue (ne vous attendez pas non plus à un délire façon Psychonauts) et John s’avère être un personnage attachant. Malgré son look bourru de flic blasé à la cicatrice, il devient particulièrement sympathique quand il accumule les réalisations existencielles – voir ce mec tout perdu et coincé dans cet état… puis s’amuser avec est un mécanisme qu’on a tous vu (ça fait très bonne BD de Picsou Mag – dans Respawn, je parle aussi de Life On Mars, dont je recommande la version anglaise) et très bien rendu en l’occurrence. L’écriture du jeu est par-ti-cu-lièrement appliquée et les dialogues sont pas fabuleux – ce serait un peu dingue de dire ça – mais une très vaste majorité de dialogues provoquent le sourire où un petit pouffement, au minimum. Les dialogues aléatoires sont légions, les phrases sorties pendant les missions sont calibrées pour toujours être dites à un point X et Y de route ; Je trouve cette façon de procéder particulièrement pertinente et dynamique. Par ailleurs, Tanner est ceinture noire du one-liner et des phrases du genre « De la part de J.T.! Bisous » m’ont remonté le moral pour les mauvais jours. Le sens de la répartie et du bon mot habite ce jeu, on est trois dimensions plus haut qu’une sitcom qui fait semblant du type « Mon Oncle Charlie » … et une bonne écriture dans un jeu de bagnoles, c’est une qualité inattendue, du surplus zêlé et appréciable, n’est-ce pas?

Le gameplay peut être? Shifting à tout va, turbo et en voiture Simone! Elles doivent toutes avoir un cadavre obèse dans le coffre puisqu’elles exhibent une inertie particulièrement agaçante (il est très facile de partir vers d’autres cieux ou, par exemple, contre un mur le dernier checkpoint d’une course particulièrement laborieuse) et vous naviguez par dessus la carte en bon ectoplasme en plein EMI – à faire des missions « obligatoires » pour débloquer les deux missions scénarios qui boucleront chaque chapitre, huit d’entre eux. Protéger un fourgon, incarner un élève d’auto école blasé qui doit effrayer son moniteur où faire un remake de Speed sont autant de missions rigolotes mais relativement classiques et c’est LA qu’intervient la sublimation du gimmick. Au delà de son idée, le « shifting » donne source à une kilotonnes d’idées pratiques et nouvelles : tu perds la course? VA donc shifter dans une bagnole en face pour rentrer dans le groin de ton adversaire, l’I.A. s’occupe de « ta » voiture pendant ce temps! Le concept est décliné à toutes les sauces et au delà et le contenu est extrêmement fourni : au delà de ces activités qui font progresser le scénario, il y a pas moins de 80 exploits (réaliser un petit truc – aller à contresens trente secondes les yeux fermés, ce genre de choses) et 50 activités (autant de missions annexes mais pas scénarisées, dont un certain nombre rendant hommage à l’esthétique et au gameplay des vieux jeux… dont ce foutu parking. La façon de débloquer ce challenge est un véritable petit délice en soi) ce qui fait beaucoup, beauuuuuucoup de temps de jeu potentiel à cavaler partout sur l’autoroute.

Un élément bien vital puisque le jeu à une manière maligne de faire en sorte que vous ne fassiez pas tout le jeu en shift : n’importe quelle cascade rapporte des points de Willpower – volonté – échangeables contre des véhicules à débloquer et quelques améliorations rapidement indispensables. De toute manière, conduire à toute berzingue, sauter dans les rues pentues de la ville et se taper un drift de 150 mêtres en écoutant la très très cool Bande Originale du jeu sont autant de petits moments qui contribuent à un très bel ensemble. Le seul vrai point faible du jeu serait probablement ses graphismes, un poil datés mais faisant volontairement esthétique 70ies. Je ne sais pas si ça veut dire quelque chose (parce que le jeu se déroule quand même de nos jours, faut pas croire) mais l’ambiance Starsky et Hutch et assumée jusqu’au bout, notamment au travers de ces petits résumés en split-screen, toujours appréciables. Bon, c’est peut être pas exhilarant comme Blur l’était – étonamment beau et bien animé – mais il n’est pas vraiment question d’arrêter nos mirettes sur le détails des bâtiments ou la tronche des piétons qu’on ne peut paaaaas écraser, hé nooooon…

Voilà pour le mode solo, le multi nécessite un code fourni avec la boîte pour télécharger un passe – démarche un poil hallucinante mais BIEN FEINTÉE puisqu’une merdouille locale fait qu’on peut désormais, et en toute légalité, faire ça avec une boîte d’occasion, ne cherchez pas. Comment souvent avec Ubi (et les jeux Uplay, du coup) ça fonctionne via un système de tutorials, d’expérience et de rangs qui débloquent d’autres modes, bagnoles, avatars etc. Le jeu est récent et devrait rester habité pour quelques temps mais il vaut mieux profiter du fait qu’attendre pour rejoindre une partie n’est pas encore un souci!  Plusieurs modes de jeu reprenant tout les types de mission solo : bête course, sprint, checkpoint… mais aussi quelques émulations à plusieurs bien excitantes : un capture-the-trophée, suis-les-traces-de-la-voiture-étalon et même un gendarmes et voleurs plutot sympa. Le shifting est également au coeur du jeu multi et régit même un mode de jeu en particulier. On peut même, en mode « spectral », charger une bagnole et provoquer un tête à queue. Plus cool et satisfaisant, tu meurs… enfin, satisfaisant, si j’étais un poil plus doué dans le genre et que je gagnais un peu plus, je le serais certainement tout autant… satisfait, hé.

Bref. Bon jeu. Vrai petit bon jeu. Assez novateur, allant jusqu’au bout de ses idées, d’une BONNE idée. Peut être un poil trop facile dans l’ensemble mais accessible, intelligent, bien écrit… c’est une surprise qui vient un peu de nulle part mais quel fun les enfants. Recommandations du chef!

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