Na na na na na na na

« Mais dis donc Concombre, jeune étalon à l’indétronable et virile hétérosexualité, tu n’as pas l’impression de devenir un peu aigri et de n’avoir plus rien à aimer après ce coup de coeur de mi-parcours et ces quelques années de bons et loyaux services? »

Ho dis donc, interlocuteur invisible, tu sais me brosser dans le sens du poil mais non, j’ai envie de te dire bullshit car quand bien même niveau animes/mangas il est indéniable que je traverse une grosse phase rien-de-formidable, on peut de moins en moins s’empêcher d’analyser tout ce qui peut nous énerver dans un truc histoire d’en faire un futur paragraphe… c’est en filigranes le but d’une part de mes études et idéalement celui de mon futur boulot. 

Je suis donc prévisible dans ma démarche : je vais enfin faire l’éloge totale d’un truc! Ce ne sera pas parfait, mais ce ne sera pas le fragile équilibre de machins encombrants embellis par quelques autres bonnes aspérités, là on parle d’un ensemble en béton où tout le monde tiquera sur les trois ou quatre mêmes trucs – des défauts tellement évidents qu’on vient à se demander si les créateurs n’ont pas un peu sabordé leur série de peur de ne pas réussir à évoluer. Une démarche qui serait tellement… mise en abîme avec le contenu de ce manga, à savoir Bakuman. Préparez votre parapluie à META les enfants parce qu’on va avoir droit à la métaphore filée. Spoilers minimaux mais spoilers sur les six premiers tomes. 

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In cipit nécessaire : pourquoi rédiger une critique maintenant alors que ma propre vision du manga est très partielle?

– Il me fallait un sujet et j’ai des vapeurs si j’atteins pas le sacro-saint quota de neuf posts par mois, sérieux du business, voyez

– On part sur un pied d’égalité et on découvre la suite en même temps, main dans la main, ce qui évite toujours de prendre la mauvaise habitude de lire les scantrads 

– C’est BAKUMAN ET IL Y A PLEIN DE BONNES CHOSES A Y DIRE !

Je rappelle innocemment que Bakuman est la dernière création en date du duo Ohba-Obata, que vous connaissez probablement pour Hikaru No Go (seul le manga-ka est en commun pour celui là, par contre) et surtout pour Death Note, qu’on ne présente plus. Ces deux là sont un peu les Parker et Stone de la Japanime, l’humour très débridé en moins – équilibre des tâches et amour des mêmes ficelles : rendre épique des trucs qui ne le seraient pas du tout, des d’jeunes qui grandissent et violent les codes temporels des shonens et surtout un énorme kiff pour les oeuvres ultra verbeuses nécessitant parfois une relecture pour bien confirmer notre interprétation immédiate de l’action. 

 SAUF QUE. Je fais péter les majuscules car j’aimerais attirer votre attention et mettre l’emphase sur du rare, et du beau – nous sommes tous de grands amateurs de fictions, sinon je sais vraiment pas ce que vous foutez là. Nous sommes aussi une grande majorité à préférer le fantastique à toutes ses échelles, à nous réfugier dans des univers alternatifs où tous et toutes suintent le charisme à force de coups spéciaux. Fort bien, mais Bakuman est garanti 100% terre à terre dans ses lieux, ses personnages, il est même à deux doigts de retranscrire ce qu’est basiquement une relation amoureuse (d’où une inévitable et future remarque un peu énervée) et il n’en reste pas moins putain-de-prenant. Réaliste, cartésien, tout ce que vous voulez – on sort la carte « Mentalité David Bowie » : voici un shonen avec des héros ordinaires qui vont quand même vivre des trucs épiques et prenants.

C’est donc un manga découvert en pleine Japan Expo 2010 – au moins, si vous deviez trouver une première bonne raison de vous rendre à cette convention, ce serait la certitude d’y trouver des bonnes lectures à commencer puisque les éditeurs sont là pour placarder partout leurs hits et la « profession » est présente pour vous recommander telle ou telle saine lecture. Les deux premiers tomes sont donc liés à cette convention et le reste est publié au compte goutte, dans un rythme ternaire un peu imprévisible mais hé, la publication Japonaise a à peine deux ans et nous n’avons actuellement que cinq tomes de mou. L’équivalent publié peut donc être trouvé en scantrad mais je déconseille fortement de lire Bakuman d’une traite puisque son temps de narration est extrêmement compact. Six tomes : trois ans d’action! Si le rythme continue tel quel, les deux héros finiront la série au tome 20 sur leur lit de mort et une montagne de pognon bien acquis – de ce fait se gaver d’un manga aussi serré me semble tout sauf sensé, c’est vous qui voyez mmh.

Quoi qu’il en soit, un synopsis pour vous à la maison : vous l’aurez peut être plus ou moins deviné avec les quelques remarques précédentes mais Bakuman (encore un titre qui m’échappe totalement, si vous avez une explication merci de faire partager) est un manga… sur la création du manga. Votre tête n’as pas explosé, c’est bien, nous sommes tous familier avec ça puisque l’imbrication et le méta semblent être devenus un standard et c’est donc comme ça que l’histoire commence. X est collégien, Y est collégien, X dessine et Y écrit, les deux se mettent soudaine-mutuellement le grappin dessus et ils décident de FAIRE LE MEILLEUR MANGA ET DE DEVENIR LES MAÎTRES MANGAS. Woups, relent shonen – ils décident de se lancer dans la dure carrière de manga-ka, propulsés par un avantage matériel certain : le studio de dessin laissé vacant par l’oncle de X, mort d’épuisement, de karoshi… par le même métier – d’où une certaine base dramatique et très pargamatique qui pose l’ambiance (de là à dire le futur des personnages, bon. Sais-on jamais quoi, la mort n’est pas un enjeu permanent à la Death Note, mais d’une autre manière ça reste un concept imprévisible pour vous, moi et eux)

C’est un piège! Ce synopsis a beau paraître un beau neuneu, c’est bien pour prouver que la notion d’être est importante! Le premier chapitre sera le seul truc qui pourra sembler un peu chiant et convenu, puisqu’il concentre la majorité des scènes uniforme/collège/places/tableau noir du truc, là où X (survète bleu) et Y (casque du charisme) se remarquent enfin. Le reste est une espèce d’escalade, échelon par échelon vers le succès, le fameux shonen jump (le graal local) et les publications en manga… puis l’adaptation en anime! Rencontre avec un directeur éditorial, tâtonnements, concours amateurs, premières publications timides, apparitions de rivaux schtarbés sont autant de rails manquants dans cette montagne russe qui est un foutu pied à parcourir. D’une part, l’intrigue a beau faire très Pokémon (objectif très difficile mais assez défini, seulement chopable sur le long terme, beaucoup de réussites et quelques ratages pour quand même t’apprendre que la vie n’est pas rose en permanence) elle n’en reste pas moins fantastiquement rythmée… et paradoxalement très dense!

Prenons un exemple que nous connaissons bien : tout les deux mois (enfin, plus pour longtemps, malheureusement, j’achète le nouveau Soul Eater qui a beau toujours apporter quelques nouveaux éléments, se lit extrêmement vite, ceci pouvant être terminé en une vingtaine de minutes – ce qui est toujours très frustrant pour un truc aussi rare. Toujours dans un tome de Soul Eater, un opus a souvent l’extrême fâcheuse tendance de ne constituer que… vingt minutes d’action, comme si on suivait l’action en live et steadycam.

Prendre un tome de Bakuman (et le premier par extension…) c’est se préparer à lire des tartines et des tartines, un vrai petit dèj ultra nourrissant qui mobilisera bien une heure de votre temps. Il se passe un nombre incalculable de choses dans ces deux cent pages – et on parle toujours d’un contexte réaliste, qui supplante tout le reste à ce niveau là. C’est réellement impressionnant et pour tout vous dire, en renfermant un tome on serait presque incapable de se souvenir comment il avait commencé. C’est extrêmement happant de voir ces deux djeunes se démener avec les aléas… de la publication! Vous me demandez donc : comment insérer des éléments épiques dans ce contexte? Disons que la vie rédactionnelle à l’air d’être un vaste champ de course, où tout le monde à son poulain, où chaque série menace d’être annulée ou promue, où les sondages d’opinion font tout et tout le monde attends ses propres chiffres, mort de peur, autour d’une tasse rituelle… autant de petits moments qui hurlent de réalisme puisque c’est évidemment ce qu’on dù vivre les deux auteurs, ce qui nous fait demander si Bakuman n’est pas qu’une énorme tranche de souvenirs un peu romancée. Impossible de ne pas faire le parallèle entre les héros et leurs créateurs, si ils sont passés par les mêmes angoisses, les mêmes faiblesses… oui, les personnages ne sont pas infaillibles et leur volonté hallucinante les mènera parfois près du casse-pipe (allier début de carrière et collège/lycée/fac classée n’as pas l’air des plus évidents) quand ce n’est pas vers la simple sortie. Des auteurs, nous allons en rencontrer quelques-uns, histoire d’établir une grosse palette de personnages à la Pixar et vlim vlam vlou paye ton mélange entre pragmatisme et folie douce : que ce soit le mec obèse et moche un peu cliché, fixé à sa dessinatrice ou la rockstar sortie de nulle part et rapidement submergée par les contraintes des contrats… tout ce petit monde reste constant, cohérent, et le bazar s’enferme rapidement dans un microcosme épatant. Quand les deux auteurs sont invités à une soirée VIP et sont dépéchés en limousine, on a juste envie de mettre son costard et de boire du champagne rosé pour fêter le digne succès de ces personnages… imaginaires. C’est extrême mais l’idée est là.

C’est ça le truc : le double entendre, la mise en abyme, tout ça est une porte ouverte sur un univers archi jouissif. La rédaction a l’air d’être un énorme POULAILLER assez cruel ou – mentalité japonaise oblige (et ne vous offusquez pas pour le plaisir de vous offusquer, c’est quand même la vision que ça donne) le protocole exige des situations réalistes mais si ubuesques : une équipe de travail qui bosse 24/7 dans un appartement, qui y dors… des revirement au sein du sommaire, et VLAN! Levée de boucliers de la part des auteurs et ce qu’on peut y croire, dans une intrigue qui peut vaguement faire un sujet au treize heures! Puisqu’on est dans la mise en abyme, il est intéressant de dire que – fatalement – l’histoire expose une brouette de petits mangas potentiels exposés ça et là et il serait quand même super étonnant que personne ne nous ponde un petit fac similé du genre « Les premiers chapitres de tout les Mangas créés dans Bakuman »

Autant s’en débarrasser : les personnages sont le « moins bon » de ce bel ensemble. C’est le facteur le plus criant qu’on ne puisse pas décemment faire un succès de, par exemple, mes allers retours entre ma fac et chez moi – ce qui n’est franchement pas épique pour les andouilles du fond qui ont cru à une métaphore nombriliste. Si certains sont extrêmement bien fichus (pour éviter les spoils, on va dire « le coach » du duo, premier à voir leur boulot et à suivre leur progrès) d’autres font copié-collés du même catalogue – le « rival », auteur ayant un an de moins, partage ce simili autisme avec L, en version bien plus dynamisée et bondissante. C’est un peu bizarre, mais voilà qu’apparaît Z, la petite amie du héros X. Voyez le truc : Z veut devenir doubleuse d’anime, Z et X s’aiment mais les deux ne veulent pas se voir avant la concrétisation de leur rêve… et là ils pourront directement sauter dans la case mariage. Voilà voilà voilà. On me disait, probablement avec un minimum de sagesse, que c’est juste une vision très japonaise des choses. Je suis moi même très lent pour franchir des étapes à ce niveau là mais me tapoter l’arrête du nez est devenu un nouvel hobby dès qu’apparaît cette petite pimbêche aux sms kikoolols. Hé ouais, ça n’aide pas : la fille en question ressemble à une petite poupée de porcelaine… et c’est pas comme si l’auteur était soudainement tombé sur la tête puisque cette relation est complètement contrastée avec le couple Y+copine de Y, qui incarnent… un couple qui rentre davantage dans mon spectre du « normal » – ils traînent ensemble sans être collés en permanence, ils s’apprécient, c’est stable et sans prise de tête, pas de détails superflux. Au final, il se peut que vous trouviez ça juste mignon, tant mieux.

C’est étrange d’ailleurs, en ouvrant le manga je me suis demandé si Bakuman était dessiné avant Death Note car le dessin me semblait un peu … rétrograde! C’est au final plutot évident puisque ce dernier ne mettait en scène que des jeunes adultes et … des monstres. N’ayant pas lu Hikaro No Go, je me suis posé la question qui s’enraye rapidement d’elle même puisque les personnages grandissent vite et c’est un sentiment qui s’en va de lui même… et ce sont deux mangas qui véhiculent des trucs si différents : Bakuman est une fiction quand même très optimiste où on souhaite le plus grand bonheur à ses persos, on est avides de réussite pour eux – et il s’adresse à un public quand même un poil plus jeune. Grand yeux, poses épiques et pouces vers le haut ne sont quand même pas oubliés. Une vision un peu étrange de la relation amoureuse et un début dessiné un peu désarçonnant sont les deux stricts défauts qu’on peut trouver à cet excellent manga. L’anime est tout frais mais il à l’air un peu laideron, joker donc.


C’est BON. C’est GRAVE bon. Je suis super conquis et ça ne fait que six tomes, l’avenir du truc est tellement incertain et rempli de possibilités… cette histoire propose un univers ordinaire si attachant et passionant, je recommande humblement de nourrir les auteurs en acheter les tomes, de les offrir à tout le monde et de répandre l’amour rédactionnel.

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9 Responses to Na na na na na na na

  1. Jede says:

    Il ne me semble pas qu’Ohba ait travaillé sur Hikaru no go. Sinon, j’approuve à peu près tout dans l’article. Ce qui est bien avec Bakuman, c’est que ça monte en puissance au fil des tomes. Les
    quelques derniers, avec ce casting énorme et bien géré, sont assez excellents et comme tu dis, on a du mal à se rappeler leur situation de départ.

  2. spider jerusalem says:

    Un baku, c’est une sorte de monstre de la mythologie japonaise qui bouffe les cauchemards et des rêves des gens.
    Un attrapeur de rêve en quelque sorte.

    Man est rajouté pour que ca sonne mieux sans doute.
    Ou pour souligner que ce sont des hommes qui veulent attraper un rêve ?
    C’est jamais que ma supposition.

    Ca sort un peu de nulle part mais niveau anime, puisque c’est le désert, j’en propose une petite que je trouve pas mal
    http://www.youtube.com/watch?v=gIO4Uw36-JE
    Y a que 3 épisodes de 7 minutes mais les scans vont beaucoup plus loin.

  3. Amo says:

    Bakuman ça veut tout simplement dire joueur/parieur. C’est en référence à une des comparaisons de l’oncle de Mashiro, qui comparaît souvent son métier à celui d’un parieur et le manga à un grand
    jeu de hasard.

     

    Sinon perso j’ai tout lu d’une traite et aucun problème. Pire: Bakuman est sans doute le plus agréable manga à lire de manière hebdomadaire, chaque chapitre étant vraiment SUPRA DENSE donc laisse
    pas frustré à la fin.

  4. shurei` says:

    D’après les internets, Takeshi Obata aurait dit que le baku du titre signifie 3 choses: – Bakuhatsu(bombe) – Bakuchi(joueur/parieur) et Baku(le monstre dévoreur de rêves décrit dans un post au
    dessus) Dont jeu de mot, plus man- de manga (et non pas man en anglais), donc en gros « le manga qui va roxxer », « faire un manga c’est être un putain de parieur moulu », « le manga de nos rêves où
    qu’on va se marier toussa toussa » ou quelque chose du genre 😀 Bref un titre compliqué.

  5. Yuki says:

    Comme dit dans le premier commentaire, Ôba n’a pas travaillé sur Hikaru no Go. Le duo Ôba-Obata est né avec Death Note. C’est une scénariste nommée Yumi Hotta qui a bossé sur HnG. -__-

  6. Yuki says:

    Ouaip, mais tu n’avais pas corrigé l’erreur. :p

  7. Yuki says:

    La flemme ! J’approuve. 😀

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