Deus ex pétaucasque

(La couverture de Soul Eater 19 surpue la surclasse)

L’autre jour à la fac on avait ce que je fais une fois tout les trois ou quatre ans : avoir une conversation cultivée et le sujet du jour étant la différence entre le fantastique et l’héroïc fantasy. Après trois bonnes minutes de réflexion il s’avérait logiquement que l’un partait d’un postulat de base réaliste pour ensuite glisser dans l’improbable et que l’autre est d’ores et déjà annoncé comme irréel. C’est un peu ce qui différencie J.K.Rowling de Tolkien, pour prendre des raccourcis simples mais néanmoins vrais – et ce balancement réalisme/fantastique m’a toujours un peu contrarié quand une fiction l’utilise n’importe comment. Désolé les gars mais il y a des règles : on se colle un genre et on s’y fixe, on ne change pas tout subitement parce que les lecteurs/auditeurs/téléspectateurs/joueurs commencent à s’ennuyer! A force d’avoir les fesses entre deux chaises, tu te casses la figure avec l’os du cul qui tombe en premier sur le carrelage dur et froid et je peux vous garantir que ça fait très très très mal. Aujourd’hui, review d’un manga dont je suis assez incapable de définir le genre tant il est sympa mais très, très, trèèèèès brouillon! 

Faire un post sur Mirai Nikki (un R, deux K) est comme faire la critique d’une grande période de temps : c’est un manga découvert en pleine Japan Expo 2009 – début des ennuis et déshydratation avancée, mais c’était fun quand même – et quelques semaines dans le futur où le dernier tome du manga sera publié en France. Toi, lecteur candide, tu te dis « Héééé mais ça veut dire que tu lis les scans? Bandit! » et tu as tort car comme toi, je n’ai pas lu ce tome final. Pourquoi faire une review à trois minutes d’avoir cette perspective complète sur la série? Étrangement, je préfère mettre ça sur papier avant d’être probablement déçu, ou juste frustré. Certaines fins ne servent pas la globalité de leur oeuvre (je viens de voir celle de The Sopranos) et je redoute un peu cette là alors parlons plutot de ces douze premiers tomes!

L’intrigue de Mirai Nikki est LE fait d’armes qui me donne envie de partager cette lecture avec vous. C’est à la fois très original et très éculé parce qu’on mixe des éléments dont je suis personnellement friand avec des points qui sembleraient complètement hors-sujet dans n’importe quel autre manga!

Nous sommes donc confrontés à l’univers de Yukiteru, 14 ans, vie tout à fait normal dans notre Terre tout à fait normale. Enfin… la sienne n’est pas top. Archétype du héros reclu et sclérosé, solitaire et pas super à l’aise avec les relations sociales (ACCOMPLISSEMENT-HO!) ce qui n’aide pas quand on a un hobby qui, vous l’admettrez, est très très chelou : il note le moindre de ses fait et gestes sur son portable. En gros, il tweete les moindres évènements de sa vie « Je me suis levé, j’ai fait trois pas » mais pour lui, une sorte de journal super précis. Ba-da-bing : soudainement, DIEU, maître du temps et de l’univers avec son look de méchant sorti tout droit de Banjo & Kazooie, se meurt et doit désigner un … successeur. Voilà, fini, nous avons basculé dans le fantastique et c’était un peu trop tôt à mon goût, puisque l’exposition fait semblant d’être rationnelle à peine cinq minutes mais je pinaille – bref, DIEU, dans sa grande mansuétude,
annonce à Yuki qu’il est l’un des douze candidats pour devenir le prochain tout-puissant.

 Il lui fait dont d’un outil crucial : le chronographe, journal qui peut prédire l’avenir… qui devient de facto son portable puisque ces fameux faits et gestes commencent mystérieusement à s’annoter tout seul. Yuki comprends rapidement qu’il reçoit des éléments de son futur proche et commence à faire joujou avec avant de piger les enjeux et les conséquences d’un tel outil (un peu comme n’importe quelle fiction qui utilise le paradoxe temporel, de Carl Barks à La Traversée du Temps en passant par les Simpsons) mais voilà que la compétition commence! 12 Mystérieux individus doivent donc s’entre-tuer – ou de façon plus soft, détruire les chronographes de chacun pour faire disparaître le propriétaire dans un vortex cartoon – et l’intégralité du Manga va donc suivre un processus de survie et d’ordre d’élimination, pas toujours centré sur Yuki a.k.a. Le numéro 1. Pour lui, les ennuis commencent trop rapidement puisque la numéro 2 est une fille de sa classe qui s’avère être très, trèèèèèès amoureuse de lui.

 Le mangasse suit donc un schéma relativement défini : chaque tome est consacré à la découverte d’un
nouveau numéro et le casting reste rarement (si ce n’est jamais) intact à la fin de chaque tome. Sans dire qu’un tome = un participant en moins, personne ne va se rebeller contre ce fameux jeu et les choses vont se dérouler comme on l’entends et les choses vont s’affiner. L’un des gimmicks sympas de l’oeuvre se trouve dans les fameux chronographes : chaque propriétaire à une « vision de l’avenir » un peu différente. Si le numéro 1 ne voit que ses propres faits et gestes, la numéro 2 est aussi complètement focalisée sur le numéro 1 puisqu’elle notait déjà tout ça avant le commencement du jeu! La numéro 2, cette fameuse Yuno Gasai, est l’archétype d’un schéma de psyché féminine qu’on espère trouve que dans les mangas et qu’on nomme yandere. Disons que c’est une fille tellement amoureuse de vous qu’elle prendra une hache et coupera des têtes pour arriver à ses fins, ce n’est pas une métaphore ni une litote, Yuki et Yuuno vont devoir former le couple le plus improbable de la Japanime, couple qui prendras des galons au fur et à mesure de l’intrigue. Seulement voilà : il ne doit en rester qu’un et en tout état de cause, l’un devra nécessairement planter l’autre…

La progression du manga s’axe donc sur la confluence entre les participants. Certains s’allient,
d’autres se rencontrent au hasard, tout le monde se met sur la gueule, c’est formidable! Tout le monde n’est pas aussi développé et les stars du manga émergent rapidement (dont la formidable Minene, terroriste, maboule, bientôt borgne – c’est un tout petit spoiler de rien du tout) mais la nature de l’intrigue fait que n’importe qui peut prendre la sortie à n’importe quel moment sans que l’on soit réellement surpris, au début du moins. Les « numéros » ne sont pas les seuls personnages : le scooby gang naturel sera formé par Aru, le « détective-charisme » et sa bande de potes.
D’où est-ce qu’il sort? A quoi il sert? Et les autres? On dirait que tout ça est super mal amené mais c’est dû à son apparition dans le tome le plus faible du manga (le quatrième, donc) et de vraies réponses sont données très tard dans le manga. Pour les gros trous de scénario, l’auteur a préféré pondre deux mangas « explicatifs », Paradox et Mosaïc, une démarche un peu étrange… « tiens, pour me faire pardonner d’être un peu flou, voilà un tome en plus à acheter, de rien, bisous »

Toi qui commence ce manga, abandonnes directement tout tes idéaux de sens commun car tu risques
d’être sauvagement violenté. Si Dieu débarque dans ta chambre et te force à participer à un Battle Royale, c’est que ton quotidien va devenir une succession de fuites, d’explosions dans le lycée, que tu vas accueillir un gnome tueur et que tu va combattre une secte new-âge où le viol est un rite initiatique… terminer un tome de Mirai Nikki c’est parfois accepter des plot twist un peu dingues que tu as oublié quand tu ouvres le suivant deux mois plus tard! C’est comme le déroulement de FullMetal Alchemist qui, pendant très longtemps, se résume à « tout le monde se met dessus et rien ne progresse » là, c’est parfois un peu pareil. La narration est très étirée, on ne sait pas combien de temps prends tout le bazar, les ellipses sont très floues, une imprécision démentielle règne sur ce manga.

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Ce qui frappe les personnages en ligne de mire. La petite Murmur, sidekick divin? Maîtresse de cérémonie ou fouteuse sadique de bazar? Quelles sont
les intentions des autres joueurs qui, pour la plupart, se transforment instantanément en meurtriers psychotiques? Yuno Gasai est-il le personnage le plus inutilement psychopathe de tout les
temps? (La mort de ses parents laisse planer comme un doute) et surtout, surtout, la notion de couple est loin d’être un modèle dans Mirai Nikki. Je n’ai rien à redire sur son traitement
des sentiments mais cette façon de … euh… concrétiser est toujours extrêmement bizarre. Yuki est lui même un peu schizophrène sur le sujet et dans une autre sphère, la question « veut-tu
m’épouser » sors à des endroits improbable dans un manga qui n’y prête genre pas du tout, entre autre. Bref je ne sais pas trop ce qu’essaie de nous dire l’auteur à part « je me fout un peu des
conventions, putes » et bon c’est probablement pas un souci si on est pas nazi sur le genre d’un manga.

Au lieu de râler sur des bêtises, passons plutot aux trucs cool de Mirai Nikki! Avant tout, c’est une question de dessin. Je suis très fan de ce style et c’était déjà valable aux touts débuts… le style ayant vraiment évolué au fil de l’intrigue (relire le tome 1 est un peu douloureux, tout comme se plonger dans Paradox qui est
bizarrement un cran en dessous) tout est précis, pointu, les personnages manquent assez cruellement de profondeur et de background (et quand ils sont développés, ça fait vraiment forcé et
bourrin) et comme je disais certains ont des comportements bipolaires je ne peux vraiment rien dire sous peine de spoil injuste mais je n’ai jamais été aussi révolté par des comportements aussi… inattendus. Au moins ils sont bien dessinés et très expressifs, le style y est très dynamique (récemment, je n’ai jamais vu un coup de moignon dans l’oeil aussi bien dessiné et expressif) sans mèches de cheveux transparents qui laissent passer les sourcils. Le style y est parfois (attention pompeux) carrément cinématographique, certaines pages retranscrivent bien un certain suspense lié à la maboulerie totale de la numéro 2. (Ce manga à une propension à mettre en scène des personnages qui ont un sourire béant des des situations les plus loufoques) – et la traduction française est excellentes, laissant passer parfois quelques private jokes (dont un fabuleux « Casse toi pôv con ») ce qui n’entache en rien un manga deja franchement bon, centré sur le
mindgame et les petits jeux sadiques entre les différents numéros. Tout y est assez flamboyant, un peu inutilement épique, comme un nouveau Die Hard étalé sur dix tomes! 

Puis zut, vraiment il y a comme un souci de flottement latent, les personnages principaux sont toujours en vadrouille ou en cavale contre tel ou tel numéro donc on ne sait pas trop comment ils survivent, comment le reste du monde semble accepter des évènements aussi étranges et criants, combien de temps dure tel ou tel morceau de diégèse, pourquoi la mère de Yuki accepte t elle d’héberger un gosse tueur chez elle, comment un gosse peut il être tueur à la base gnn gnn toujours une histoire de postulat fantastique que je n’arrive PAS à accepter gnn gnn.

Je lui reproche surtout une certaine injustice! Certain personnages sont sous traités, d’une force assez DIVINE. Le pauvre Aru Akisé tombe comme un cheveu dans la soupe, agit comme le dernier des clichés improbables et quand enfin il a droit à un peu de développement, le reste agit dans un tome à part franchement gratuit et poussif (vous l’aurez compris : je recommande la lecture de Mosaïc mais pas celle de Paradox) – mais tout reste à faire dans ce fameux tome final et mystérieux. Dire que l’intrigue est prévisible est à la fois vrai et faux : dans un contexte pareil, on se demande vraiment si « la mort d’un personnage » veut vraiment dire quelque chose et l’ordre d’élimination ne sera pas jonché de surprises comme la
pelouse en dehors de chez moi est jonchée de cacas canins. On est pas à l’abri d’une grosse screwerie finale : après tout, le héros est de nature solitaire et il est fortement suggéré que le fameux « Deus » soit un ami imaginaire. Si tout ça n’est qu’un rêve cela expliquerait pourquoi on se retrouve avec une femme à la tête hypertrophiée sans aucune raison apparente (limite elle dirait « j’ai eu un accident de cheval » je serais content) – mais BREF c’est un shonen qui redéfinit un peu la notion de combat. Détruire le « journal » des autres, y arriver par des moyens un peu tordus… autant de personnages, d’armes différentes, de « mentalités » – dommage que certains manquent nettement de motivations fondées… ou de vrais chronographes, c’était un peu la loterie cette distribution de prédiction!. C’est toujours une question d’acceptation du fantastique et là on a la porte ouverte pour tout (la première destruction d’un candidat est assez
démentielle)

Ce que je retiens de Mirai Nikki avant tout c’est son édition irréprochable, son scénario très aguicheur et son style que j’aime beaucoup… le manga a récemment été adapté en un OAV mais le tout avait l’air assez laid, je suis pas encore allé vérifier… en tout cas, il est très très mal noté par la vaste communauté de My Anime List.
C’est pas engageant. En tout cas, n’allez pas croire, malgré mes divagations sur le genre ça reste un manga que je recommande réellement et que j’ai pris beaucoup de plaisir à parcourir MAIS plaisir un peu atténué au fil du temps.

… avant le futur tome final sur lequel j’ai un mauvais pressentiment, allez savoir.

mirai-nikki.jpg

 « Yuki mon amour? Tu peux nous expliquer pourquoi ce titre, finalement? »

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4 Responses to Deus ex pétaucasque

  1. Melow says:

    J’ai été acheter les 3 tomes qui me manquaient tout à l’heure, et pour le coup je partage ton avis sur le Paradoxe qui n’est vraiment pas intéressant, enfin il y a juste la fin qui peut donner
    une vague piste de ce que pourrait donner la fin du manga.

    Sinon c’est un coup de coude et non de moignon (mauvais bras) si c’est bien ce à quoi je pense, d’ailleurs j’ai un peu bloqué là dessus.

  2. Sirius says:

    Mirai Nikki, c’est typiquement le titre que je regrette de ne pas avoir lu en scans plutôt que d’aller l’acheter. L’auteur en fait beaucoup trop, plonge dans le WTF pour prendre le lecteur au
    dépourvu mais à la longue on reste de marbre. Si au début la yandere me faisait bien fantasmer je me suis vite lassé. Et j’ai rien pigé à la façon dont ils utilisent le journal dans le dernier
    volume sorti tellement c’est devenu échevelé, j’ai même pas essayé j’avoue. Mais j’ai aussi bien aimé Mosaic parce que c’est plus « slice of life » et donc digne d’intérêt. Sinon il reste deux
    volumes à publier pour Sakka me semble-t-il. (Je dis ça car tu sembles croire qu’il en reste un seul.)

  3. le gritche says:

    J’ai commencé avec entrai ce manga, attiré par le système des chronographes e tle dessin. Bref ça promettait de fonctionner assez bien et surtout d’être distrayant. Visiblement j’étais un peu
    aveugle, parce que les persos ne font que révéler leur profonde débilité. OK on est dans un manga, les contrastes sont omniprésents et osef un peu de la vraisemblance, sauf que quand un manga
    veut se baser sur l’ambiance, le suspense et le stress des prédictions (avec quleques réussites plaisantes dans les 1ers tomes), il faut que les persos suivent. Or le héros est un des plus naïf
    et abruti que j’ai rencontré: certains moments en deviennent surrélaistes, genre il faut être défoncé pour être plus à côté de ses pompes. Sa copine est une psychopathe en carton comme on en a
    trop vu, incapable de faire peur ou fasciner. Des archétypes nullement dégrossis, et qui jurent parfois totalement avec la situation qu’ils vivent. Je n’en suis qu’au tome 7 mais je peux déjà
    affirmer que ça trempe dans le nanar. Je suis un haibuté du manga en général et de son esthétique parodique, contrasté et grandiloquante, sauf que le mangaka me parait gacher souvent ses effets.
    Bah, ça se laisse lire ;)

     

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