Prochain pilou

Ok, là c’est quand même relativement clair, c’est juste que vous êtes pas sensés être fiers si vous chopez la référence!

Deuxième volet de cette petite série « Adulescents sensibles et mélomanes » déjà bien entamée avec Solanin. Je le lis dans vos yeux, vous vos y attendez : le héros de la fiction du jour est un bassiste, révolution – c’est un comic, sur-révolution et je l’ai aimé ce qui n’était pas gagné d’avance tant j’ai ce fâcheux réflexe de mélanger le mot « comics » avec « Star Wars, X Mens » etc, que des univers que je ne peux pas supporter et qui me font prendre des raccourcis culturels démentiels. De toute façon c’est juste un mot, une pauvre étiquette, disons une bonne fois pour toute que c’est une bédé minimaliste en petit format et en plusieurs tomes, et cette bédé c’est Scott Pilgrim. 

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 Mais là, je le dis direct, les choses vont être un peu biaisées : je n’ai acheté et lu que le premier tome (dont la traduction française fait grincer quelque dents, les gens qui font ça ne sont pas toujours très calés niveau références) et c’est surtout sur « récent » film qui va nous intéresser sur cette fois – après ce petit frontispice sur le comic, son esprit, son scénario…

C’est Brian Lee O’Malley et son nom surcool qui est aux commande de cette histoire de Scott, jeune canadien relativement normal de 23 piges. Normal pour nous, plus « avatarisant » tu meurs : il est bassiste dans un groupe nommé « Sex Bob-Ombs », a ses petites références de culture geek, gamer accompli etc etc ce qui ne l’empêche pas d’être un mec cool et avenant. D’ailleurs tiens, il sort avec une lycéenne-chinoise-catholique et il semble être le seul à ne pas voir le coté un peu faux de cette relation… jusqu’à ce qu’il tombe sur LA fille, Ramona Flowers et sa coupe de cheveux dangereuse. Il la voit en rêve, la croise partout, réussit à décrocher son rencard… et là apparaît tout le scénario qui est aussi le gimmick de cet univers : pour décrocher cette relation, il devra combattre ses SEPT EXS MALEFIQUES.

Bien sûr que c’est crétin mais rien que ces trois derniers mots témoignent d’un amour poussé à la culture gamer et à ses scénarios-type où il faut décrocher X trucs à travers la carte (les Paper Mario dans le fond, je vous regarde) mais ça c’est une grosse simplification du truc qui s’étale dans six tomes, de mémoire… du coup, dans le premier, c’est installation du scénario, présentation de quelques personnages et combat avec le PREMIER EX MALEFIQUE. Je peux pas l’écrire en minuscules, ce serait comme le prendre au sérieux –
j’imagine bien une réalité alternative où Scott se fait arrêter pour avoir tué sept types. Bah non, dans le comic il va les « combattre » et ça peut prendre plusieurs formes mais c’est plutôt à la manière d’un mob dans un Zelda : trois coup d’epée et pouf, disparition dans un nuage de fumée et de pièces, histoire de refaire une partie.

 Ce genre de scénario ne pouvait pas passer inaperçu dans notre petit cercle privé mais le truc est arrivé du jour au lendemain, un peu comme la puberté – tu te lêves et soudainement tout le monde à le même nom à la bouche sans que tu comprennes trop ce qu’il se passe. Ce jour là, en l’occurrence c’était l’été dernier où Scott a eu droit à son gros hype, il faut bien le dire, avec le vocabulaire approprié! La grosse spécificité de ce premier tome? Le style, qu’il soit textuel, métatextuel ou tout simplement dessiné. Ca se voit assez bien sur l’image ci dessus, c’est un trait bien spécial, intégralement monochrome et fait au gros feutre ou avec ce stylo noir très agréable mais qui bave partout. C’est très rond et souvent assez peu détaillé, ça peut souvent donner une impression de fait « à l’arrache » bref c’est tout un style que vous apprécierez peut être, je suis pas là pour donner des leçons de graphisme et de narration. Ce qui nous intéresse le plus ici c’est le propos… rythme sur-élevé, références omniprésentes, didascalies et bris constant du quatrième mur et surtout un goût de ce satané « réalisme 1.5 » qui justifie des séquences totalement sorties de nulle part là ou tout était relativement normal, rationnel, parfois juste un peu, disons… pictural. Pour vous prendre un exemple, le premier ex maléfique débarque et ça tourne en séquence de jeu de baston, combo et ambiance bollywood à l’appui. POURQUOI? PASDRAISON. On vous dira « c’est le style Edgar Wright » – bon en l’occurrence c’est surtout « le style Scott Pilgrim » mais je reviendrais plus sérieusement sur la globalité du comic une fois que je l’aurais terminé. Tout ce que je peux affirmer avec certitude c’est la présence d’un humour extrêmement ciblé – donc pour nous, et ça marche – terriblement efficace, des personnages franchement charismatiques (je suis
très fanboy de Wallace, son colocataire homo, allez savoir) et une simplicité nourrie à la culture que nous aimons tous, jeux vidéos, mangas, bataille de groupes et ambiance adulte mais potache à la The Social Network. Pour l’instant, du tout bon…

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 Mais mais mais on s’en fout un peu gratuitement puisque ce qui nous intéresse présentement c’est le FILM. Bizarrement distribué par Universal avec sa quinzaine de salles en première semaine (dont le tiers parisiennes, les autres ont dû aimer) et critiqué par des vils félons bourgeois qui OSENT avoir une OPINION – eux même critiqués par d’autres félons bourgeois mais à ce stade on va plus s’en sortir dans l’effet Garlick alors allons droit au but, ils se sont fait dessus en jugeant le film trop « spécialisé » c’est probablement vrai et c’est bien dommage parce qu’il est excellent ET il passe sans trop de souci la carte du mélange des genres assumé – cause à effet simple, c’est une adaptation fidèle. Passons ça au peigne fin, bande de petits cinéphiles.

 LE truc qui m’a embêté en allant voir Scott Pilgrim au cinéma – et là attention je dis rarement volontairement un truc aussi stupide – c’est qu’il spoile l’intrigue des Comics. DUH! Non mais évidemment mais du coup en passe en revue les sept exs, les combats, peut être la fin (à moi qu’il y aie une divergence de planning entre le film et les tomes US ce qui n’est pas impossible) autant de petits détails qui ne seront pas des surprises à la lecture des tomes. Ne montez pas au créneau trop vite, je me doute bien qu’il y aura une kilotonnes de développements dans le comis qui ne peuvent pas être insérés dans deux heures de film mais là je lance surtout une supplique contre le timing Européen : l’aurait été plus sympa d’avoir pu se procurer l’intégralité des bouquins puis de pouvoir voir le film, là je pense que ma pensée est un peu plus claire. A part ça, autant signaler le petit point que tout le monde semble occulter : la MUSIQUE. N’oublions pas qu’on dans un cadre très alternatif-Seattle-jeunesse désoeuvrée-mais-au-Canada et que le coté rock primal est très accentué sur le film. Ce même film qui lance son super générique psyché (rematez bien et trouvez les correspondances entre l’animation et les noms, c’est un régal) sur une composition de BECK. Pas Jeff Beck, pas Mongolian Chop Squad, le Beck, MON Beck à moi qui me parle d’aventures et peut être QUARANTE SECONDES après le panneau universal tu es directement lancé dans un morceau à la petite tournerie BIEN HEAVY, bien débutante talentueuse comme il faut… et c’est un sentiment qu’on retrouve tout le long du truc. Que ce soit par pur gag (la fameuse chanson de deux secondes, plus fort que « Le Canard Débutant » ou « La Demi Vache ») et par accompagnement, on sent bien l’esprit de la « nouvelle scène hypothétique » du moment… mimée par des pros, mais aussi par de vrais groupes locaux, ce qui donne une part spontanée au truc loin d’être dégueue et toujours plus réaliste dans un film qui ne sait pas trop sur quel pied balancer à ce niveau là. J’y reviens –

La très grosse dichotomie qui implose les yeux et les oreilles, SURTOUT quand le dernier film que tu es allé voir c’était Harry Potter c’est bien sûr le jeu d’acteurs assez impeccable. Michael Cera, encore, toujours, à l’air d’être particulièrement à l’aise dans ce rôle d’hipster niais mais c’est plus une question de second rôles,
notamment celui de Kieran Culkin qui fait de façon impeccable le mec blasé qui ponds des SMS en dormant, les exs maléfiques sont toujours impériaux de premier degré absurde, ce qui manque peut être c’est des développements ici et là mais hé, là aussi on a que deux heures pour boucler une intrigue principale. De toute manière, ce film fonctionne énormément sur un mode du « Tenez, on vous lance là, vous l’acceptez et puis c’est tout puisque de toute façon personne n’as l’air de trouver ça étrange! » et il est purement adressé à un public spécialisé qui de toute façon n’a pu donner que quelques milliers d’entrées au film.

 Y’a une grosse problématique de rythme dans Scott Pilgrim. Toujours très soutenu, jamais aucun plan ne servant à rien, il fonctionne peut être en deux temps – la phase « installation scénaristique » et la phase « combat successive des exs » la deuxième est peut être un peu moins drôle en balancement avec un coté « jeu vidéo » plus poussé dans son approche. Enormes tartes avec fond coloré défilant et beignes à la Street Fighter, tout ça est parfaitement retranscrit (une 1-Up chopée va même se permettre de trifouiller le scénario et c’est toujours assez jouissif) et le film n’a aucun mal à être fidèle « visuellement ». Le comic se permet des litotes graphiques retranscrites et complètement assumées dans cette adaptation (voler vers une porte sensée représenter l’amûûûr n’est pas une action du quotidien, vous en conviendrez) si les personnages doivent se prendre une baffe qui les envoie à trente mètres façon Excel Saga, pas de soucis, ils s’en sortiront bien… et toujours avec humour. On compare souvent les deux, on sais pas trop pourquoi mais avec raison (là aussi on sait pas trop pourquoi) mais là où Kick Ass n’était pas toujours drôle, pas toujours posé, avec ses passages de violence un peu surréaliste et sa méchante capacité à confondre « badass » et « perturbant » Scott Pilgrim reste dans le même esprit potache d’un bout à l’autre. Les personnages sont humain mais ils sont aussi un peu en plastique et ça leur permet tout les fofolleries et autres combats chorégraphiés même si sa façon de
vaincre les adversaires sera toujours, heureusement, un peu différente… car si le scénario peut faire craindre une certaine répétitivité, c’est pas un concept qui s’applique trop. On se demande plutôt quel va être le « cas » suivant, sans aller espérer tomber sur une autre fille à 50 exs maléfiques (non parce que sinon bonjour la femme à péage) 

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 Je suis toujours très fan de ces petites idées formelles qui peuvent apparaître là et là mais comme du coup le comic fait tout ce boulot d’inventivité, c’est avec un plaisir si peu caché qu’on retrouve une semi-narration… en petit textes flottants partout. On « voit » un film-bd, c’est une sensation étrange mais ça permet un rythme énergique comme pas deux, je vous défie de vous ennuyer devant. Une scène sortie de nulle part? M’en souvient pas. La moindre phrase ou blague qui ne s’inscrit pas ou peu dans le scénario, au final? Doit pas y en avoir des masses… vraiment, un grand délire où il est extrêmement jouissif de s’y installer. Sa fin fait vraiment catapultée (enfin c’est plutôt le spectateur qui se fait dégager de l’univers un peu rapidement) mais ça reste toujours dans cet état d’esprit ultra-lapidaire, tout le monde parle vite et bien, tout le monde enchaîne les one-liners hilarants et… toujours assez bien traduits, deux trois jeux de mots pas évident à franciser. Après et sans transition aucune, j’aime râler sur cette incertitude de réalisme qu’on voit toujours mais celle là est plutôt… méta littéraire, et ça reste quand même une vaste problématique de gestion amoureuse. N’allez pas tuer tout le bagage de votre nouvelle conquête, hein… parfois ils restent amis, ce serait peut être pas très utile.

 Plus si évident à voir que ça donc… mais à voir, franchement. Pour faire simple, nous somme faits pour aimer ce film, où des séquences de rêve sont accompagnées de la musique des menus principaux des Zelda… c’est BATH! Pour ces petites pépites absurdes, pour cet esprit global, pour les perspectives que ça ouvre, n’hésitez pas, c’est de la grande awesomerie faite sur mesure.

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5 Responses to Prochain pilou

  1. Amo says:

    Autant le comics m’avait vite saoulé parce que j’avais l’impression qu’il se forçait à être référentiel et tout, autant le film est passé comme une lettre à la boîte parce que c’est bien
    mieux équilibré, parce que la réalisation est COLORÉE, parce qu’on a les références en SON et parce qu’on a de la MUSIQUE de toute façon. Bref, une bonne surprise ce film dans un sens. N’OUBLIEZ
    JAMAIS LE POUVOIR DES VEGETALIENS !

    Et putain la référence à ce connard de Maurad ! Rien que pour ça la prochaine fois qu’on se voie, mon écharpe je te la fais pas humer, je te la fais bouffer, tu m’as reveillé un trauma qui date
    de 2003.

  2.   Bonjour, je suis un visiteur régulier de ton blog, et j’adore totalement la license (oui oui, c’est une license) dont il est question dans ton article. Je ne comprends pas ceux qui
    réfléchissent à fond sur le film, c’est juste une petit film bien marrant. Je ne m’identifie dans rien, je cherche un sens à presque rien, je m’amuse. C’est tout. Sus aux débats inutiles !

    Sinon, longue vie à ton blog.

  3. Garland says:

    Personnellement je l’ai vu en VOSTFR, et, sans connaitre la VF (le film est sorti en salles françaises après sortie du DVD américain qui contient… une VF, pour les canadiens) je suis certain
    que la majorité des gags et références sont occultées par la traduction… A vérifier, mais je suis certain qu’un film comme celui là, sera toujours meilleur en version originale!

  4. Kaeso says:

    Mon dieu!! Une Crona awesome inversée, mais c’est exceptionnellement conceptuel ça!

  5. Pingback: Facteur X | L'Usine à Problèmes

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