Daily Archives: 31 janvier 2011

Vol au dessus d’un nid de coucous

C’est en dépassant le nombre à trois chiffres de rencards où je suis arrivé en retard que j’ai eu l’occasion de voir Arrietty, à la Défense, un mercredi après midi (je ne m’étais jamais vraiment rendu compte de l’erreur stratégique d’une telle configuration) et en sortant de la séance, j’ai voulu me la péter grave et j’ai du sortir une phrase qui ressemblait à « Han, je suis super étonné que personne aie encore fait la vanne avec l’actrice qui jouait dans Enfants du Paradis et qui sortait son fameux « Atmosphère, atmosphère » dans un autre film? » avant de me rendre compte derechef que je pensais à Arletty. Bref j’ai eu l’air tellement con sur le coup que je le fait de le retranscrire ici me permettra de ne pas confondre les deux dans ce post, à priori.

 Autant dire que tout le gratin a déjà donné son opinion sur le Miyazaki nouveau et pour une fois, on a tous tilté sur les mêmes détails, de façon complètement systématique! Une heure trente, c’est peu compressé, les petits bugs ici ou là se voient plus facilement. Du coup, si vous vous êtes déjà fendu d’un article critique sur le petit monde des Borrowers, ne continuez celui-là que si vous tenez vraiment à relire ce qui a été écrit et re-écrit. Allez plutôt me poser des questions compromettantes sur Formspring où je pourrais accabler tout le monde, j’adore ça.

19598635.jpgJ’ai donc une expérience moyenne avec les Ghiblis. Moyenne, numériquement : je ne sais pas pourquoi je n’avait rien dit sur Ponyo il y a 20 mois (l’occasion était parfaite, je me souviens vaguement avoir commencé un post rapidement abandonné) parce que cette bande était un petit bonheur psyché, avec de l’eau partout, un peu comme Aquaboulevard mais sans les wesh et le psoriasis. Je voue un culte à Chihiro, j’ai plané devant mon voisin Totoro, etc etc. Il me reste encore Porco Rosso et surtout Nausicaa à égrener mais en attendant on peut se consoler avec les Satoshi Kon ou autres Summer Wars / La Traversée du Temps (que je viens de voir, c’était très enthousiasmant, peut être dans un futur paragraphe) enfin bon inutile de paraphraser sur l’aura d’un Ghibli, il FAUT aller le voir, c’est une obligation. Comme vous le savez, Miyazaki n’est pas aux commandes et comme à son habitude, la fourmi n’est pas préteuse et c’est là son moindre défaut ce qui ne veut pas dire qu’Arietty est un Ghibli Low Cost mais… pas exempt de bizarreries. De grosses bizarreries qui puent dans la kazbah. Alerte spoiler sur l’intégralité du film.

 Le petit monde des Borrowers donc, à ne pas confondre avec le film américano-américain aux personnages surlaids de 1997, à savoir un coin de verdure au fond d’un Japon probable, un manoir ancien et une époque qui aurait presque pu être indéfinie (on a quand même l’apparition d’un portable qui sonne presque comme un « rassurez vous, c’est à peu prêt de nos jours, on est pas trop vaches avec vos repères temporels ») un gosse débarque, on apprendra plus tard qu’il a le coeur fatigué, qu’il va subir une opération et qu’il glandouille dans son lit en attendant de meilleurs jours. Est-ce le héros de l’histoire, à la Sosukesaaan? Nooooon! En arrivant, il a aperçu Arietty, une mignonne liliputienne de 14 ans, l’héroïne Ghibli dans toute sa splendeur. Enfin, l’héroïne Ghibli-pas-Chiriro – donc une fille de 14 ans un peu anormale qui dit oui à tout, vaillante, courageuse, touchée par le dénuement mais pas fataliste pour un sou – l’optimisme quoi. Elle vit dans les fondations de ce fameux manoir avec son re – robuste, courageux, un peu tendu du slip mais héroïque à sa mesure et sa re, son histriomère qui passe son temps à s’évanouir de manière un peu cliché pour faire faire « Hiarhiarg » aux enfants dans la salle. Tout va bien, les deux mondes coexistent parfaitement tout en s’ignorant vaguement et… comme vous pouvez vous y attendre, c’est la rencontre entre les deux qui va créer un peu de bazar. 

 Le tout début du film est consacré à cette découverte du monde des Borrowers, à cette « échelle ». Ne serait-ce que techniquement, c’est du caviar à l’ancienne, des travellings, du mouvement, tout est fluide, super fouillé… ce postulat de base est super réjouissant et permet une foultitude d’idées souvent exploitées : caresser un insecte comme animal de compagnie, manquer de se faire bouffer par d’autres, se servir d’une aiguille comme épée… (penser que cet objet aurait eu une importance m’a révélé une certain propension à vouloir jouer au petit malin) et puis autant mettre l’accent sur une séquence assez magique, celle du « Chapardage » où on montre que les ptizêtres sont là depuis longtemps et ont façonné, à leur manière, un chemin très original façon parcours du combattant dans Ninja Warrior pour se déplacer à l’intérieur de la demeure. Ca donne une séquence où Arietty et son re traversent un espace vide, de clous en clous, avec 50 mêtres de vide à leur échelle en dessous, sans rechigner… ou une grande montée épique via un système de poulie, une descente de meuble avec du fil de pêche, etc etc. Encore plus magique quand l’idée – simple mais tellement agréable – d’une maison de poupée vient sur le tapis… mais ce procédé ne sera jamais vraiment utilisé. Enfin, utilisé au quart, on ne l’oublie pas mais ce sera pas comme dans cette vieille adaptation animée de Casse Noisettes qui me rends tout nostalgique. Chapardage raté puisqu’Arrietty se fait gauler par notre jeune homme malade… schéma classique : les « non humains » craignent les humains parce que ses derniers sont connus pour leurs instinct de destruction, ces derniers veulent établir le contact en dépit d’un élément ravageur qui va bientôt se mettre en branle… ET CA NE VA PAS RATER!

19598656.jpgVoilà le problème. Je vais avoir le réflexe un peu malheureux de comparer les Ghibli entre eux et là on
distingue deux très grandes phases dans Arietty. La première est purement consacrée aux chapardeurs donc, à cet univers, à cette échelle, à cette grande phase de débrouille et de dénuement. Après le premier contact avec Sho, il y a toute cette indécision « omg on est repérés, on va faire nos bagages » qui dure un temps… et une gestion très, très étrange du scénario et de certain personnages apparaît. On atteint le pic du midi du WTF dans une conversation entre nos deux avatars respectifs – un dialogue qui fait office de gageure écolo, un quota un peu caricatural sur le bazar habituel des algues fumées, de la nature détruite par les méchants humains et de la forêt Amazonienne qui part dans les tickets roses des SDF du métro. Jusque là c’était un peu maladroit mais un GROS froncement de sourcils intervient quand Sho sort, tout de go « De toute façon, on va tous vous exterminer 😀  » dans les grandes lignes… ce qui est un peu marrant pris au deuxième degré puisque c’est effectivement le cas, des gens deviennent soudainement nazis dans le film.
Historiquement, il n’y a pas toujours de réel « méchant » … disons qu’il a toujours des motivations plus ou moins cachées. Je ne garde pas une image maléfique du dandy de Ponyo, Yubaba est une grognasse mais PAS une méchante, etc etc. Certains Miyazakis zappent carrément cette notion et n’offrent qu’une grande louche d’univers dans lequel on peut se reposer pour quelques instants. Là… c’est tellement mal amené. C’est
même pas amené, c’est… catapulté, à l’ancienne. Sho vit avec sa tante et une sorte de servante qui, au début, paraît emphatique et tout ça mais dès que le pot aux roses est découverte, elle se prends soudainement d’une grande folie génocidaire, s’enlaidit, plisse le front et veut … se débarrasser des
« nuisibles ». Pas les tuer, non, juste les capturer. Pour en faire quoi? On en sait rien, juste les enfermer dans des bouteilles. C’est même pas étrange, c’est carrément hallucinant! Si on passe des petites bizarreries dans le déroulement (cette histoire de porte fermée à sauté aux yeux de tout le monde) ce film est vraiment bipolaire avec ses persos. Voire cruel : voir un gosse déficient du coeur se taper un sprint te demande si ce que tu mates prendras pas une tournure dramatique inattendue (je me suis amusé à tirer la manche de ma voisine pour attirer l’attention avant de mimer la crise cardiaque, je suis tout content de ma vanne) et tout ça… n’avait pas beaucoup de finalité. Le film est extrêmement prenant mais il aurait probablement gagné à être plus long, y’a comme un très gros goût d’inachevé qui pique la langue et irrite les yeux. Pas le temps
de développer tout le monde, pas le temps de lancer des pistes pourtant évidentes… le background des chapardeurs reste très volontairement flou. On ne sait pas si les ascendants existent, si il y en a d’autres excepté ce clone d’Huckleberry Finn etc etc. Ca, c’est normal, on ne peut pas décemment avoir un point de vue omniscient dans ce type de contexte. Dans un autre ordre d’idée, j’aimerais avoir pu assister à une grande histoire d’amour entre Arietty et Sho mais on va pas jusqu’à aller trouver une potion magique
qui va adapter l’un à la taille de l’autre, on est pas dans Casper. Cependant… je trouve cette fin méga fataliste
pour un Ghibli. Trop posée, trop normale, trop naturelle. Les chapardeurs déménagent après une scène finale qui m’a beaucoup fait penser à Pocahontas et c’est tout, il … déménagent, sans regarder derrière eux, roulement des crédits.

Ca m’a rendu tellement nostalgique. Un peu comme si tout ce qui venait de se passer ne servait à rien : les
personnages ne se reverront plus jamais, leur rencontre n’a abouti à rien sur rien, on ne sait pas grand chose sur Sho et si ça trouve son opération va foirer et il fait une crise cardiaque cinq minutes après la fin du film. (« Arrietty 2 : HHHHNNNNGGG ») Bref tout ça manque un peu… d’optimisme, de bonheur niais. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose, je serais incapable de m’approche d’une quelquonque vérité  à ce sujet mais ça tranche radicalement avec la « fin aigre-douce » habituelle des Ghibli où le retour à la réalité se fait de façon pragmatique… mais optimiste. Là, c’est comme un grand écran noir, un rideau qui t’empêcherais de voir la suite, je me suis senti un peu coupé dans mon élan. C’est frustrant… mais ça ne doit pas vous empêcher de voir (auquel cas vous savez déjà tout, dommage) ou revoir le truc, ne serait-ce que le partager. Je pourrais me fendre d’un commentaire sur la bande originale et la fameuse Cécile Corbel qui déchaîne les passions d’au moins trois ou quatre personnes sur Twitter. Et ben… c’est sympa, agréable, guitare douze cordes et
gammes bretonnes, c’est super et pas grand chose d’autre à dire à ce sujet, l’intégration est parfaite mais pas de quoi s’extasier hein. Le vrai souci d’Arrietty reste de grosses maladresses dans sa gestion du rythme, des personnages et dans son… message parfois très flou mais ça n’empêche pas la chose d’être un moment très zen, d’exploiter un postulat de base très enthousiasmant et de faire son boulot comme n’importe quel autre film du studio : transporter dans un univers semi-rationnel, vert et rassurant.

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 Ce post est approuvé par la gentille tante qui sert juste à balancer avec l’autre schizophrène

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