Daily Archives: 25 janvier 2011

Numéro complémentaire

« Petit, tu es doué, très doué, mais tant que je serais dans le métier, tu ne seras jamais que le second. »

Ce post est imprégné par l’âme de Patrick MacGoohan, sa tête et sa propension à collectionner les plans rapprochés plus ou moins avantageux sur son énoooorme front!

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 Janvier Nostalgie, et je peux dire sans prendre de risques que niveau télévision je serais strictement incapable d’aller encore plus en arrière, nous parlons ici d’une série de 1967, de LA série qui fait ce qui est bon aujourd’hui. « Un peu comme tout ce qui a été fait pendant cette dizaine » diront les fans de présents de vérité générale – mais finalement, c’est l’esprit. Deuxième fun fact : ce post amorce ce qui pourrait être le running gag de l’année, si je me force un tout petit peu et que je fais preuve de bonne volonté : les séries ANGLAISES! Rien de mieux pour commencer cet arc que le Prisonnier! La base de la base, le graal des séries qui ont pour seule vocation de nous prendre la tête jusqu’à implosion crânienne!
Et cette série avait une certaine aura, probablement déjà dans le contexte mais à chaque gros mindfuck télévisuel chacun y va de sa petite comparaison. « Hé, le Prisonnier l’a déjà fait » etc etc. Il fut donc largement temps de mater ce qui semble être cette petite pépite intemporelle et CAALORSVOILATYPAS qu’Arte, toujours dans sa démentielle programmation estivale, diffusait les épisodes deux par deux le samedi soir ce qui a donné de longues et grandes soirées rigolotes au coin du feu. Après vous vous demanderez, bandes de petits perspicaces que vous êtes : « Mais diantre pourquoi attends tu Janvier pour en faire un post » hé bien hé hé c’est parce que j’avais raté les deux derniers diffusés le samedi soir de Rock En Seine, journée donc loupée de façon imprévue et j’étais chez mon copilote pour programmer la journée du lendemain bref une anecdote qui vous tiendras en haleine jusqu’à la prochaine extase. Du coup, ça s’est vu que je kiffais la chose et ces bonnes soirées mystiques et le coffret est tombé pour Noël! … Probablement acheté à la Fnac! Pour des milliards! Alors qu’Internet est tellement plus clément! Bref!

 Pas de surprise : c’est vraiment bien… et rétro sans vraiment l’être. J’aime bien tout ce qui pue les veilles confitures (un jour je vous parlerais de mon amour un peu sorti de nulle part pour Colombo) mais ce pur produit culturel ayant survécu à la quasi-intégralité de ses acteurs se regarde toujours aussi bien et fonctionne
exactement comme les bonnes séries d’aujourd’hui. Le scénario est archi connu, revisité et parodié par tout le monde ce qui est assez paradoxal puisque seul le générique expose un véritable scénario : un type conduit sa bagnole derrière une musique virile, démissionne d’un poste haut placé mais inconnu, rentre chez lui, se fait gazer la tronche et se réveille dans un village un peu maboule. Son identité : le numéro 6! « Nous voulons des renseignements / Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre » etc etc chaque parole de cette intro à acteurs variable est aujourd’hui un peu culte et c’était déjà le cas quand nos parents en parlaient dans leurs chemises Lacostes de jeune hipsters adulant les vinyles comme nouvelle technologie. Ca c’est la base, après chaque épisode parmi les 17 est une petite histoire en elle même, un mini-film d’espionnages d’une cinquantaine de minutes. L’histoire de fond est latente sans jamais être vraiment expliquée : où est le Village, comment fonctionne-t-il, pourquoi est on « geôlier » ou « prisonnier »… et le fameux « QUI EST LE NUMERO 1 » qui fait un poil daté comme problématique – il ne faut pas s’attendre à grand chose. Dans l’absolu, la série fonctionne par groupes d’épisodes :

 – Dans la première moitié, numéro 6 ne pige rien à la situation et va surtout essayer de s’échapper en élaborant des stratégies de plus en plus dingues. Bateaux, hélicoptères, amis providentiels… Il va toujours réussir à un poil de tweed près mais va toujours se faire rattraper par ses fameux « ravisseurs » et ces fichues ovaires volantes qui sont sensées constituer l’ultime menace. Damn, une fois il est carrément rentré chez lui!

– La deuxième moitié de la série relêve davantage de son combat contre le système : il va essayer de faire imploser le truc de l’intérieur. Ce combat s’illustre par une série de figures de styles, d’épisodes aux scénarios très loufoques et improbables où les scénaristes s’amusent et posent toutes les bases de la science fiction
anglo-saxonne plus récente : échange de corps, soudain Western, conte pour enfants, conspiration…

– Les deux derniers épisodes sont un arc à part entière et constitueront probablement l’un des plus grands Mindfucks filmés où tout le monde à l’air très investi dans la non-compréhension de la non-intrigue. Ca n’a absolument rien de négatif et c’est franchement mémorable!

 Tout ça est agrémentés d’un certain nom de gimmicks : verbaux (le fameux « Bonjour chez vous! ») à chaque fin d’épisode on voit ce plan terrifiant où la tête de MacGoohan se précipite sur des barreaux, brr…. et dans un ordre d’idée plus capital, des petits objets comme ce fameux vélo au nom improbable, logo n’apparaissant nulle part dans la série – la fameuse bagnole de numéro 6 ou bien le Numéro 2 lui même, ce fameux « méchant éphémère » dont les plans n’ont de cesse à foirer lamentablement prends une incarnation différente à presque tout les épisodes. Dans le contexte, c’était des guest-star, comme aujourd’hui… et ce soin à ne prendre que des tronches impossibles était déjà présent.

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 Qu’est ce qui fait que cette série a très bien vieilli? Ne serait-ce que formellement, la qualité d’image est excellente, tout le monde a un jeu d’acteur premier degré comme on les aime, la Bande Son est trèèèès représentative de l’époque et l’extrême rareté de son… utilisation lui donne beaucoup plus d’effet. Non, chaque épisode est toujours très immersif à sa manière, même si les choses sont toujours assez lentes, cérébrales, beaucoup de dialogues… allez, si, UN gunfight à la toute fin avec des jolis pétards d’époque. Et
vlan le gros mot clé : époque. On a largement l’impression que tout était caricaturé volontairement pour qu’on puisse se faire la réflexion avec le recul d’aujourd’hui ou de demain : voir cette esthétique très kitsh de ce lieu de tournage au pays de Galles, ces gens aux habits colorés, cette ambiance James Bond des débuts où tout se fait dans des caves métallisées ou une tripotées de minions font mumuse avec des boutons et autres appareillages très coûteux, une belle capsule temporelle quoi. Dans cette nonchalance du jeu, ce doublage très posé et cette ambiance lente, parfois un peu maladroite, on reconnaît l’époque mais ça tiens à peu de choses parce que tout fonctionne selon les réflexes d’aujourd’hui. J’ai envie de vous dire – en fait, c’est
l’inverse.
Cet art du pas-de-réponse, ce traitement dans la narration, ces fils conducteurs… toutes les bases sont là.

Justement, en termes de degré, il faut vraiment s’attendre à ne pas comprendre grand chose. C’est l’un des buts avoués de la série et on la mate pour ne pas y comprendre grand chose. Tout ça est bien sûr une métaphore sur l’individualité, l’identité, le système et ce genre de banalités que je garderais pour une copie d’examen mais pour une fois je vais pas trop chercher à analyser ce qui doit l’être. C’est juste très prenant, ça peut se mater par tableaux individuels… et pour certains tableaux. C’est là qu’apparaît une certaine admiration que j’ai envers ce type de format : les cadres, les personnages et les diverses unités d’un épisode varient toujours, sans contraintes… et ça reste prenant. Même dans une salle noire de 30 mêtres carrés où se déroule tout un épisode qu’on croirait tourné avec deux ou trois mille balles. Il y a comme un art de l’absurde… maîtrisé à l’extrême ou chaque réplique est pensée pour être plus dingue que la précédente. C’est « ancien » et c’est donc plus… fait pour être intelligent (bon ok c’est un peu gratuit et réducteur mais vous m’aurez compris)
et à aucun moment on n’a l’impression d’être pris pour un téléspectateur con, bien au contraire. Ce sentiment est d’une rareté démentielle de nos jours et ça fait un bien fou… puis Le Prisonnier à une tendance démentielle à nous montrer que les trucs chiants d’aujourd’hui ne l’ont pas toujours été. Ici, il n’y a strictement aucun développement de personnages, tout est déjà posé… et ça prends tout son sens. C’est adapté, le genre veut ça, on sait déjà pratiquement tout, donc rien. Tout ce qu’on veut voir c’est de nouvelles têtes, de comportements un peu clichés et des tas de froncement de sourcils qui veulent dire « Hé, admire mon mindgame! » Le Prisonnier, c’est ça. Une treizaine d’heure à ne pas comprendre grand chose mais à kiffer
cette incompréhension parce que tout est fait avec brio, classe absolue et grande variété d’écriture et des situations (y’a même un épisode où Numéro 6 est… quelqu’un d’autre. MacGoohan devait être à la messe) 


Pourquoi-PADRAISON.jpgPas grand chose à dire finalement! C’est surtout quelque chose qui est fait pour être découvert spontanément parce que chaque épisode est unique et explore pas mal de choses, individuellement, là j’évite juste une longue description qui n’avancerait à rien. Ca se picore, ça se mate pour l’avoir maté et pour comprendre le haut du panier actuel. Si vous déplorez l’absence d’une nouvelle saison de Lost, ça peut être un bon palliatif… et là pour le coup vous serez quasiment obligés de vous procurer tout ça légalement et rien à
voir avec le remake de
2009, intéressant lui aussi à sa façon dans sa manière de traiter les choses. Même postulat de base mais... traitement deux mille neuf. C’est pas vieux, profitez en plutot pour faire les choses dans l’ordre parce que cette série à aussi sa fanbase, ces intérprétations fumeuses et on est encore là à en parler. Si c’est pas de l’objet culte en anciens francs ça ma bonne dame!

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