C’est comme ça

Je vais me permettre un arc qui se terminera un jour qui devrais être pas trop lointain : celui de la fiction avec des adulescents… gratteux… confrontés à la problématique du couple. Alors moi aussi ça m’emmerde bien de quitter ces mondes merveilleux où tout le monde pue le charisme mais là c’est petite bulle plus ou moins réaliste (parce que combattre les sept exs maléfiques de quelqu’un, euh?) que je vais pouvoir amorcer avec Solanin. 

Et là, problème. L’un de mes soucis principaux sur cette page c’est de pas (peu) jouer au « jeune con ». Là le truc c’est que mes prochaines affirmations me vont un peu faire passer pour un « vieux con » ce qu’on va contracter en « viokon » c’est quoi? Un mec aux idées très arrêtées, qui catégorise, qui n’obéit qu’aux mêmes schémas bien précis qu’il s’est fixé. Là je retrouve une problématique qui s’était posée avec Onani Master Kurosawa : un truc court peut il légitimement être considéré comme vraiment bon? Non, vraiment, toujours pas. Crier au chef d’oeuvre m’est totalement impossible, tout simplement parce que je ne suis plus dans l’univers de Solanin 30 heures après l’avoir lu. Normal, c’est juste deux tomes, c’est quasiment proportionnel… ça s’ouvre, ça se déguste, ça se referme et on passe à autre chose – optionnellement, on le partage et c’est ce que je fais mais le maximum est là! Solanin c’est bon, mais vraiment très éphémère. Voilà… Quitte à tourner en boucle, c’est vraiment bon – et comme d’habitude, crier au génie serait vraiment fatal pour tout ces autres trucs qui vous mobilisent bien plus de temps et qui nouent donc les tripes… plus longtemps. Je pose ces cinquante précautions parce que j’ai toujours l’impression de ne pas assez promouvoir ce qui doit vraiment l’être! Tant pis si je commence par ce qui devrait être la conclusion mais l’idée se doit d’être posée, ça vaut le coup.

Regardez comment je vous aguiche avec les personnages principaux!

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Le truc c’est que cette simple image me pose problème : je peux citer le nom d’un perso, sur cinq. C’est pas bon. Ce complexe du one shot je suis probablement pas le seul à le partager mais même n’importe quel bouquin se dévore en plus de temps, introduit ses protagonistes, ses codes, ses cadres et tout le toutim. Solanin est un manga en deux tomes au début ouvert, au milieu et cliffhanger ouvert et à la fin ouverte. Au final oui ça bouleverse pas mal de réflexes mais ça doit être un fait purement personnel – on ouvre le premier tome, on est catapulté dans l’univers Working Class Hero de Meiko, 24 ans, franchement débarquée de l’université dans son petit carré bureaucrate, elle se fait engueuler par son boss avant de se faire draguer par ce dernier. La comparaison avec Stupeur & Tremblements s’arrête là puisqu’elle décide de démissionner pour échapper à cette monotonie offerte sur un plateau bien bouseux.
Variante 1 : en rentrant au bercail elle peut retrouver son petit ami, un peu barré, guitariste, vivant de petits boulots en petits boulots, le freeter local… et c’est tout pour l’histoire. Pas de gros bouleversements, ni de véritable base tragique, pas de cadavres qui sortent du placard… à partir de ce point on ne fait que suivre la vie de ces deux personnes et de leur petit cercle d’amis. Ce qui peut aider à l’accroche c’est que ce petit cercle, justement, est soudé autour d’un groupe au nom nébuleux qui a formé deux couples sur les cinq « membres » de ce petit club. Les deux volumes sont donc de la pure tranche de vie, des instants tout ce qu’il y a de plus normaux, toujours basé sur l’émotion et le ressenti entre les personnages autour d’une reformation et de ses conséquences. La musique, l’espoir de s’en servir pour sortir de cette vie urbaine bof (oui les deux tourtereaux débarquent de la campagne comme souvent) et les déceptions qui vont avec parce que non, fatalement, ça arrive rarement sur un plateau. Ces deux tomes sont donc une succession de petits instants, des moments qu’on a peut être tous vécu, il y a un très gros appel du pied à la fin du premier tome pour lire le second qui reprends la même situation avec une grosse variante. Quand on termine Solanin on peut se demander « Mais qu’est-ce qui a changé, finalement? » et beeeeen pas grand chose. Clair que dans Onani Master Kurosawa on avait des storylines qui évoluaient, certes – mais là c’est un peu hors de propos puisque pas du tout dans le même cadre et il faut que dire que Solanin a beaucoup plus vocation a être « pris au sérieux » – dans le sens où tout y est identifiable, les personnages sont extrêmement humains donc attachants, ils font les mêmes bêtises, réfléchissent à l’envers, tout le bazar habituel.

J’insiste vraiment  sur ce coté « ouverture totale » : on a pas le temps de répondre à tout, plein de pistes seront donc lancées dans le vide et d’éventuelles questions laissées en suspend mais rien de plus normal puisqu’après tout c’est comme s’inviter dans la vie de six personne le temps de quelques semaines… on les quitte sans prévenir et on aimerait vraiment savoir ce qu’il se passe mais c’est pas possible. Il faut considérer ça comme étant une grosse bulle d’air réaliste. 

Les personnages ressemblent tous à quelque chose : déjà Meiko et ses tâches de rousseur (insérer ici surnom de Sawyer dans Lost) mignonne au possible, petite, fragile, qui cogite comme n’importe quelle nana qui voudrais réussir sa vie. Son copain est un bon complément, la première fois qu’on le voit c’est avec des peintures tribales sur la tronche – rigolo, festif, capable de dire le truc le plus sérieux du monde mais toujours avec un sourire très pénétrant. Dans sa tête aussi ça ne tourne toujours pas très rond et la musique agit comme un gros catalyseur. 

En parallèle, il y a « l’autre couple » – le mec qu’on pourrait appeler « le gros au bouc », bassiste (ben ouais, évidemment) jovial mais complexé, par sûr de lui, etc – et sa copine qui représente tout le contraire, tant et si bien qu’on est sensé se demander comment ils peuvent s’apprécier l’un l’autre. Au milieu, la cinquième roue du carosse,
« Cracks » le mec très cool au blouson qui passe la moitié du manga à dormir et à faire des rêves dadaïstes mais vous connaissez forcément ce type de personne : le genre de mec jamais sérieux mais qui sera la première personne à vous sortir la phrase choc ou le petit soutien moral qui va bien.

Voilà pour le five-man band, après on rencontre quelques seconds couteaux qui n’ont pas forcément beaucoup de développement, on se tape juste une petite parcelle de leur vie. Tout ce petit monde évolue, façon Friends, dans des lieux bien définis : le rivage de la baie de Tokyo, un escalier, un studio, un restaurant, un appartement, du vomi sur le trottoir… autant de petits codes et gimmicks qui nous correspondrait tous. La narration n’obéit pas à une focale précise, elle peut se décaler de temps en temps sur X ou Y, Meiko n’est pas vraiment l’héroïne de Solanin mais davantage un personnage mis en valeur « pour cette fois ». On passe rapidement à la vie de X, ou Y, sans que ce soit choquant ou sorti de nulle part puisque l’environnement reste le même…

MAIS! MAIS MAIS MAIS! Je sais qu’il est très mauvais de commencer une phrase comme ça MAIS il faut signaler que dans cette grosse bouillie réaliste et quotidienne il y a un peu…

d’ONIRIQUE! RISME!

Image-1-copie-5.pngVoire de l’onirique COSMIQUE. Vous savez que je suis comme un moteur diesel qui fonctionne au symbolisme et là j’ai pu rouler jusqu’au Nevada sans refaire le plein. J’adore ça, foutrecul.  Un simple porte-clé va être le running gag le plus symbolique et double entente depuis… je sais pas, longtemps, et un passage « rêvé » très court, très simple mais ULTRA EFFICACE risque sévèrement de titiller vos glandes lacrymales. Honnêtement j’en suis arrivé à faire un parallèle avec ma propre vie (je vais tout vous dire, j’ai lu ça avec l’objectif sous-avoué de comprendre un peu la psyché d’une personne) et cette petite histoire de balançoire m’a laissé complètement K.O. – c’est un aspect de la fiction et une « transition » que je peux pas trop évoquer sous peine de spoil SEVERE mais cette forme de « communication » me fascine depuis toujours et j’ai eu droit à mon « méta-fanservice » – il me faut ces petits lapins!

Sinon reste à définir un genre. Sachant qu’un « drama » a été adapté au japon sous forme d’un film je pense que la réponse est toute trouvée, même si évidemment les deux tomes ne sont pas totalement dénués d’humour – si une très grosse majorité des dialogues sont carrément existentiels (mais là au moins on ne parle pas de détruireuncinémaparlefeu, wink wink) basés sur des monologues et des échanges ressemblant à « la vie, c’est comme une boîte de chocolat » certains recèlent de bonnes petites vannes bien placées mais le quota mimimum hein. Tout l’humour du truc réside dans le dessin, les situations, les échanges… et les attitudes. Allez savoir pourquoi, cette bande de jeunes adultes sont extrêmement tactiles et aiment beaucoup se tripoter (et ça fait peur aux enfants)

Donc attention idée principale à venir : si l’acheminement dans la narration est toujours démonstratif avec le dessin, on essaie quand même de nous implanter une petite idée, simple mais tellement agréable. Aussi nostalgique et triste que le monde puisse être, il y existe une petite part de folie latente. C’est LE méga point positif, son coté parfois « Amélie Poulain » qui transcende certaines séquences avec des petites situations absurdes, voire des CASES CARREMENT ABSURDES (genre ho un drag queen sorti de nulle part wtf) on sent qu’on est pas réellement dans le monde de tout les jours tel qu’on pourrait l’imaginer, juste dans le leur, absurde, mal foutu, parfois injuste mais toujours avec du bonheur potentiel et des bizarreries à découvrir. C’est pour ça qu’il ne faut pas lire vite et s’attarder sur les cases, toutes les cases, pour y repérer les petites conneries cachées – c’est d’autant plus justifié que le dessin est magnifique et surtout ultra-détaillé, il va vraiment falloir chercher pour y trouver du blanc. C’est très cinématographique et le contexte de la musique et de ses concerts y est pour beaucoup : si vous vous attendez à voir des gros plans sur des gens en sueur en train de hurler, bingo – ils y seront. La diégèse ralentit, la narration ralentit, stop… et on capte le moment… qui est déjà parti, de toute façon. Cosmique, je vous dit.

Noël approche. C’est un vrai conseil que je vous donne là : Solanin est un véritable petit instant d’émotion très éphémère, à lire puis à offrir aux gens que vous aimez. Amateurs de sensations simples et d’émotions bien retranscrites, ce manga que vous pourrez choper pour vingt brouzoufs est pour vous – de la musique, beaucoup de sentiments, des gens qui souffrent mais qui n’osent pas le dire, symbolisme en pagaille et des personnages très attachants – banco et merci beaucoup de m’avoir fait découvrir ça.

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C’est peut être ça le truc. On apprécie d’autant plus Solanin si on est rattaché à la réalité, et réciproquement. Du coup…


Nota Bene : Ce samedi soir, Nocturne Epitanime au Kremlin Bicêtre. Il y a une affiche, elle est belle, et le logo de Forum Thalie y trône fièrement, normal l’Asso y sera! Moi, c’est beaucoup moins probable. Disons, 10% de chances, il va falloir prier sur un démentiel coup de tête, de poker ou les deux. L’envie et la motivation n’y sont pas, terriblement pas, perdues quelque part au New Brunswick. Vous pourrez y faire plein de choses, les activités habituelles (je vous ai concocté un quiz Mario, allez donc y répondre que je serve à quelque chose) ou bien inaugurer le tout nouveau maid café pour après y faire des choses sales. Glop!

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