Daily Archives: 8 décembre 2010

C’était bien tenté quand même

Pour la saison 2004/2005, la chaîne ABC (à ne pas confondre avec la chanson surniaise des Jacksons Five) a lancé trois nouvelles séries qui sont soit toujours en cours de diffusion, qui ont soit marqué les esprit et fédéré pas mal de gens. Ce gros triangle représente toujours l’héritage de cet énorme boom des séries US qu’on a eu la chance d’avoir dans la deuxième moitié de la décennie qui vient de se terminer. Lost a donc fait pêter la baraque avec sa complexité criminelle et sa capacité à installer une univers très fouillé, Desperate Housewives se complaît dans un schéma super-interchangeable mais reste un truc assez regardable voir rigolo dans ses rares moment de bravoure et… (si vous pensez à Prison Break, perdu, c’était la Fox)

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… Grey’s Anatomy se débrouille toujours pas si mal pour une série qui commence sa septième saison. Je n’ai pas eu la chance de suivre Urgences mais niveau série drama-médico-sentimentale on peut commencer à supposer que GA (oui, GA, comme Gaaah, genre un mec un peu ralenti qui bugge en pleine phrase) est potentiellement une
série qui peut rester d’une qualité assez correcte durant encore quelques années parce que pas grand chose ne montre que les producteurs voudraient ralentir ou même donner fin à la série. Les choses vont assez lentement… mais ça reste encore correct. Pourquoi-donc-comment-se-fait-ce? Attention, post rédigé pour évacuer des réactions à la fin de la saison 6, attention à vos faces.

Donc pour GA? C’est vrai, y’a plein d’autres trucs à mater, récents ou pas. Tout le monde est à fond sur les sitcoms façon IT Crowd ou How I Met Your Mother, il y a encore pas mal de vieilleries à rattraper et le parterre actuel n’est pas si mal, juste beaucoup moins exposé. Alors du coup comme série ça fait beaucoup moins viril et profond mais c’est pour rétablir le karma un peu, c’est comme pour rétablir la balance après tout ces Six Feet Under, ces Oz et ce genre de série géniale mais déprimante! Vous avez un lieu : Seattle. Ca n’a aucune importance mais ça permet juste de se taper cinquante plans illustratifs de nuit des autoroutes ou de la Space Needle – puis vous prenez un hôpital et hop durama durama et derrière tout ça se succèdent les patients de la semaine qui ont ces maladies un peu bizarre que ne transitent que par les chaînes de télévision. Alors évidemment il faut souligner tout ce qui peut paraître un peu repoussant/cliché dans ce type de format maaaaais qui si bien exploité transforme ce qui est, au pire, un divertissement un peu neuneu en plaisir coupable.

L’essence du show, c’est les personnages mais pas vraiment leur façon d’être – Ils n’évoluent pas, ou si peu, disons qu’ils ont plus tendance à évoluer de la vie vers le décès et même que parfois ils font des allers-retours! Tout réside évidemment dans un polygone amoureux éternel et toujours, toujours si problématique. Ne serait-ce que dans les débuts de la série : A en pince pour B, qui est un coup d’un soir avec C, C ne se rends pas compte que D a des vues sur C qui a un plan cul avec E et F à la fois bref tout ça est un peu compliqué et on a parfois l’impression que les storylines consistent à essayer toutes les combinaisons possibles et à faire sortir tout le monde avec tout le monde, dans la mesure du possible (ils font même switcher leur sexualité à des gens, c’est assez impressionnant) et tout ça à toujours manqué d’un peu de … naturel, comme si dans la vraie vie on pouvait avoir des vues sur tout le monde/ ou tout le monde qui a envie de tout le monde, c’est un peu perturbant… et généralement, ces storylines déjà très présentes soit permettent juste à la série d’exister, soit elles pompent carrément la qualité globale du truc…. je vais parler comme une fangirl avide de fanfiction mais des arcs comme Georges et Izzie, ou Georges et Meredith, ou bien même Georges et Callie, ce n’était pas toujours la peine, comme les scénaristes s’acharnaient sur ce pauvre Georges pour le faire passer comme le dernier des maladroits alors qu’en plus, ironie ultime, T.R. Knight n’est pas intéressé par les femmes! Du coup ils l’ont executé sans prévenir, c’était pas très sympa, c’était un peu mon avatar dans le Seattle Grace. Puis quand une fille vit soudainement une relation avec son ex mort et que le truc dérive fatalement en soap opéra sur la tumeau au cerveau de la-dite fille, bien joué, on arrive au tout littéral plot tumor.

N’empêche les personnages pris individuellement sont assez intéressants et bien équilibrés – même si il y a beaucoup plus de filles mais je ne parle pas de cet équilibre – et au delà de cette propension qu’ont les acteurs à tous être beaux et avoir des dents blanches tout le monde est assez bien écrit. Dans Desperate, certains personnages ont des comportements complètement irrationnels voire bipolaires selon les saisons et les scénaristes de tel ou tel épisode, ce sont plus des ressorts comiques ou dramatiques que des personnages. Dans GA les personnages ont une cohérence interne, une logique à eux, ils s’en tiennent ou alors mieux évoluent mais attention les yeux, ils ont une personnalité. Pas toujours super profonde mais ils respectent les codes du genre et en deviennent attachant… et c’est là que le show marche! Avec des personnages mal écrits, on serait tombé dans le Coeur et Scalpels façon Nip/Tuck (moi non plus je sais pas comment j’ai tenu jusque là, bref) et même si il y a des filles complétement idéalisées (Izzie) ou des types un peu trop beaux gosses ou un peu trop douchebags, tout ça s’équilibre au fil du temps. La médecine reste un vague prétexte même si on a évidemment droit aux nombreuses scènes d’interventions et à une variété de « cas » toujours plus dingues – ça donnerait presque envie de remplir des dossiers médicaux mais bon je me doute à quel point tout ça doit être éloigné de la réalité, hmm surtout en France avec ses hopitaux sectorisés.

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Audrey Raines? WTF les chinois l’ont libérée

De toute façon, cette dernière saison nous a montré que le casting peut se renouveler, doucement, surement… même si deux trois indécrottables semblent indispensable les têtes d’affiche d’hier prennent de plus en plus la sortie, parfois avec les honneurs, parfois non. Cette récente histoire de fusion avec un hôpital voisin nous a montré qu’ils pouvaient incorporer plus ou moins naturellement une demi douzaine de nouvelles têtes… avant de faire semblant de les faire s’intégrer au reste du casting. Je vais pas spoiler mais la première moitié de saison peut nous laisser penser qu’on va avoir des petites histoires persos et inédites, puis on les oublie un peu… et tout le monde revient pour le grand finale, bang bang, certains passent en casting régulier et d’autres sont dans des body bags. Woups! C’est ça aussi qui me surprends, quand la série change un peu de genre et devient un minimum sérieuse, elle le fait souvent bien. Le dernier exemple en date est trèèèès surprenant dans son traitement et même si chaque série du genre y est allé de sa petite figure de style « dangereuse » là c’était bien amené, logique, tendu, bref extrêmement bien fait. Chapeau bas, surtout quand le show est parfois de « ratage de premier degré », ce que Scrubs ne pourrait, par exemple et par définition, pas faire.

Cette ambiance réellement tendue reste rarissime et dans 90% des cas on entre dans un schéma tout simple : la voix off piapiate sur tel ou tel présent de vérité générale et les « cas du jour » auront un rapport avec tout ce qui aura été énoncé ET avec la progression des storylines. Le truc c’est que ça n’a par contre jamais été subtil, on se croirait dans un show pour gosse avecs pour pastille de conclusion « et la leçon du jour… » parce que la progression du récit ou juste ce « qu’on veut faire passer », que ce soit positif ou négatif, est toujours vraiment trop… voyant. Il existe presque des règles implicites qui ne ratent jamais : si ça devient personnel, le patient clamse. C’est aussi simple que ça – limite faites-en votre jeu à-boire-du-lait-fraise chez vous, c’est vraiment épatant. C’est même parfois méta : un acteur viré pour homophobie latente sort par la petite porte, la petite protégée du casting pourrait assassiner tout le monde qu’elle serait encore dans la série (quoi que, récemment…) maaaaais là aussi c’est une question de moments et de scénaristes, il y a donc des hauts et des bas. Pour une série produite conjointement par Disney je trouve qu’elle aborde des thèmes gentiment crus (bon faut pas croire qu’elle soit destinée aux gosses non plus) mais certains passages peuvent vraiment laisser une impression variable. Le condamné à mort? Ca fait ressortir le pire dans chaque personnage et l’issue en elle même est pas géniale, même si elle était un peu inévitable. Une biche blessée? Un mec cliniquement décapité dont le gosse qui joue vraiment très mal la tête éplorée vole la vedette? Je serais le Nostalgia Critic je hulerais un bon gros « Come OOOOON. »

Ca veut pas dire que GA s’installe dans des réflexes néfastes, là aussi c’est une grosse question de renouvellement de casting et de personnages. On a pu voir récemment que la série prenait un net bond qualitatif… quand l’héroïne passe six épisodes au pieu parce que l’actrice sort d’une grossesse! D’ailleurs merci à Ellen Pompeo d’avoir indirectement amélioré sa série en étant absente, c’est sympa. Dans un autre ordre d’idée le show ne se « veut » pas vraiment épique mais se réserve toujours le droit de ne faire avancer les choses… que par paquet de trois, comme les bus qui arrivent en retard – c’est un peu lié à cette manie un peu fâcheuse d’abuser des épisodes en arcs où c’est toujours la fin du monde… bon sauf que Meredith se noie, vadrouille dans les limbes et ressuscite, là c’était pas épique du tout et juste un peu ridicule. C’est un mécanisme de moins en moins utilisé mais ça donne un problème de rythme global et ça vire à l’inégalité… et Dieu sait si le sporadique est mal vu dans tout les domaines. Stagner est une chose, tourner en rond en est encore une autre et GA fait parfois les deux… mais on se laisse quand même emporter parce que tout y est très très efficace. Un peu comme la bande-son, tiens, mais là il faut aimer le low-fi et toute la scène geignarde. En général, dans Grey’s Anatomy, les moments les plus intenses ne sont pas illustrés par des musiques rigolotes mais au moins ça nous aura donné Snow Patrol qui sans ça serait resté au fin fond de son Ecosse brumeuse.

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C’est bizarre cette histoire, il n’y a pas grand chose à dire formellement mais je trouve la série assez bonne. C’est cet espèce de décalage qui peut être perturbant, au final « l’esprit » de la série est assez vieillot et il n’y a pas énormément de « marques temporelles » à faire pour se sentir dans un truc tout neuf mais quand bien même la trame de fond évolue très lentement, fait semblant d’évoluer ou n’avance pas du tout, ça reste un bon divertissement qui peut parfois être émouvant, prenant, voire les deux. Je pourrais lancer une métaphore gratuite du genre « C’est le K-On! de la série ricaine » mais bon ce serait un peu stupide, gratuit et surtout une belle preuve montrée que je connais pas mon sujet.

Plus sérieusement, j’aime bien Grey’s Anatomy. C’était l’idée principale de l’un de mes tout premiers posts et la diffusion venait de commencer, je continue à bien aimer et j’ai pas mal grandi depuis. La série pourrait tout à fait s’installer dans un rythme de longue durée mais je préfère honnêtement que les choses s’arrêtent d’ici ou ou deux ans, avant que les choses deviennent vraiment redondantes. Avant la fin de Desperate Housewives quoi, pitié. Pis tiens, avant que j’oublie : chaque épisode est nommé selon une chanson, c’est un gimmick mignon.

Maintenant, la question à mes deux trois lecteurs internes : les salles de repos servent vraiment à se reposer ou…?

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