Cancer !

  Vous avez peut être dans un coin de tête le souvenir d’une série comique très bien fichue qui s’appelait Malcolm In The Middle, retirez donc les trois derniers mots pour le titre en version française. Ca commence à mal vieillir mais de retour dans la première moitié de la décennie c’était hilarant et franchement super bien écrit! Les mômes grandissaient et leurs personnages évoluaient assez mal : Malcolm devenait un petit geignard prétentieux, Resse trop bon trop con, Francis de plus en plus invisble et Dewey est resté awesome mais c’était les deux parents qui crevaient le plus l’écran à mon goût, entre Loïs la mère hystéro-castratrice et Hal, le père déjanté dont le très répétitif mais néanmoins excellentissime ressort comique n’as pas bougé d’un microiota en sept ans.

Je fais le calcul, c’est donc après un break de dix-huits mois que Bryan Cranston a accepté un autre rôle… et ah ah les enfants. Je pourrais dire une phrase un peu toute faite dans le genre « et c’est aux antipodes de cet ancien rôle » mais ce serait encore foutrement loin de la vérité, je serais incapable de citer deux personnages plus opposés composés par un même acteur… et en attendant il rafle l’Emmy du meilleur rôle chaque année depuis, en étant probablement le premier homme à le gagner deux fois de suite… alors disons le tout de suite : Bryan Cranston est un acteur de génie, merci beaucoup – on peut donc attaquer la review de Breaking Bad, la série qui a des initiales qui représentent le charisme et la virilité. Comme… Black Butler. Par exemple.

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 Voilà : Breaking Bad c’est un peu le très haut du panier actuel. Ca fait un certain bail que j’ai pas parlé d’une série que j’aimais (depuis Weeds, finalement) et c’est un domaine culturel sur lequel on met de moins en moins l’accent, faute de vraie production. Aujourd’hui, on penserait à True Blood, Glee, peut être The Walking Dead si ça continue à être vraiment bon mais la bonne grosse série d’action de longue durée tends vraiment à disparaître… alors faites moi confiance quand je vous dis que ça remonte le niveau d’une manière assez dingue. Des points communs avec Weeds, Breaking Bad en a quelques uns : première saison flinguée par cette fameuse grêve de 2007/2008 pour la forme et la drogue, son univers et sa vente mise en avant pour le fond. Le truc c’est que Weeds démarre comme une série très drôle avant de tourner dans un format beaucoup Sopranesque alors que Breaking Bad démarre direct avec ce postulat « nous sommes dans la merde as we know it » et les choses ne font qu’empirer… ça fait des lustres que j’en parle ici, je râlais régulièrement sur Arte qui repoussait sans cesse sa diffusion et figurez vous que j’ai craqué et téléchargé le premier épisode trois heures avant d’apprendre que la chaîne de la choucroute et des Themas s’en chargerait enfin début Octobre, comme quoi la vie c’est surtout une accumulation de mauvais timing! A quoi sert cette dernière remarque? Histoire de vous dire que c’est en pleine diffusion le samedi soir mais prendre le train en marche serait une mauvaise idée. En revanche, sur leur site, ou dans un futur proche… pourquoi pas!

Nous voilà catapultés de nos jours, en plein Nouveau Mexique (Capitale : Santa Fe) dans une ville sensée singer Alburquerque. Nous sommes en plein cadre familial mais nouvelle génération, c’est à dire sclérosé mais pas trop – le fils est légèrement handicapé moteur mais pas trop, la mère est chiante/control freak mais pas trop, le beau frère est un peu beauf mais pas trop etc etc. Au milieu de tout ça, Walter White, prof de chimie vaguement déprimé par sa routine qui ne lui apporte pas grand chose, en attente de ce petit épice-de-la-vie. Chose qui va lui arriver sur un plateau puisque Walter va apprendre discrètement qu’il est atteint d’un cancer incurable des poumons sans jamais avoir rien eu au bec de sa vie et ça, c’est pas très très lol. C’est à partir de ce point que va s’effectuer la transformation, physique bien sûr mais aussi psychologique de Walter qui va pêter un bon gros boulon molletonné et devenir soudainement très badass. C’est ça le principe de la série, Breaking Bad – on passe d’un père de famille BCBG à un mec complètement imperturbable qui va tremper dans toujours pire… et c’est assez amusant de revenir au pilote quand on progresse au fur et à mesure de la série. Je digresse – Walter va donc prendre les devants pour que sa famille puisse financièrement lui survivre et décide de synthétiser de la Meth… avec toutes les conséquences que ça implique. Comme dirait Nancy Botwin : « Le risque du métier, c’est la mort » et petit hasard du destin supplémentaire : le beauf est à la brigade des stup’s. Et ho tiens, sa femme est enceinte. Le fils aurait-il un truc à cacher également? Non mais sa famille pète un peu les plombs autour de lui, pas étonner qu’il veuille qu’on l’appelle par son surnom. 

La première saison ne fait que 7 épisodes (quarante-cinq minutes, format classique) et se focalise sur cette entrée dans le « business » – Walter débauche Jesse Pinkman, un de ses anciens élèves glandus pour l’assister dans ce processus de fabrication… puis ils vont commencer à rencontrer de gros bonnets, se faire taper dessus, Walter doit gérer son cancer, le traitement et cacher ses petites escapades noctures, il y a de quoi faire niveaux enjeux dramatiques et ouais, tout est assez bien exploité à ce niveau là. Il y a deux fronts : l’enfer de la vente et le mensonge familial généralisé qui va faire de plus en plus de dommages collatéraux, la révélation restant la menaçe suprême pour Walter qui va devoir faire des choix qu’on ne rencontre pas dans les animes!

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 SAAAAUL GOODMAN! L’AVOCAT LE PLUS ZOMGLOL DE LA FICTION

Mais le truc un peu dingue avec Breaking Bad c’est son saut de qualité. La première saison est un peu bizarre avec ses épisodes d’une heure : le scénario se pose très lentement, les épisodes défilent à leur rythme sans marque prédéfinie (un épisode peut couvrir plusieurs jours ou deux heures) et le tout obéit à un procédé scénaristique qu’on pourrait appeler le « cause-conséquence » – chaque piste lancée est toujours exploitée, si ce n’est immédiatement, le moindre truc vous reviendras dans la face à un moment ou un autre. La série accumule les mini-lourdeurs et les petits moments bizarres qui font un peu « Hey hey les gars regardez j’exploite les vannes du nouveau millénaire! » et tape presque dans le faussement outrancier mais les choses s’améliorent rapidement. Je ne parle que d’un constat effectué que dans quelques petits passages de cette première série et le tout accumulé est assez négligeable. Après sept épisodes, pas de cliffhangers mais un espèce de constat étrange, de point d’interrogation lancé pour tout le monde. La deuxième saison démarre exactement là où on s’était arrêtés, les choses reprennent leur « cours » mais tiens, la série se tape une augmentation de 50% de QUALITE. Tout est plus badass, mieux écrit, mieux rythmé et vous vous souvenez de cette sensation dans le bas ventre quand un épisode se termine, que le nom du producteur apparaît et que vous êtes là à faire « wow wow wow »? Et ben Breaking Bad va être un bon moyen de retrouver cette sensation, personnellement perdue depuis Oz. Si cette deuxième saison démarre toujours sur une séquence un peu barrée qui va constituer le running gag d’une catastrophe à venir, les fins d’épisodes sont toujours diablement bien trouvées, toujours avec un petit soupçon d’humour, de drame, de TENSION absolue etc. 

 La Tension, tenez. C’est pas quelque chose qui manque dans cette série puisqu’elle sait cultiver, laisser reposer et faire germer les petits et grands moment de stress. Sans poursuivre la parabole potagère même si on sait que notre duo de choc est – à priori – immunisé par le scénario, ça les empêche pas de se fourrer dans
quelques beaux cacas et la série adopte dès lors un comportement assez rare – elle vire momentanément toutes les storylines pour ne se concentrer QUE sur le personnage qui est en train de prendre cher. Et là tout devient terrifiant, le moindre geste, le moindre petit bruit de sonnette… prévoyez un peu d’espace dans votre tiroir à séquences cultes. Le procédé, on le connaît bien – installer une tension mais la faire exploser très tard, après moult tentatives ratées pour la faire disparaître. C’est un jeu valable dans certaines séquences mais aussi dans l’intégralité de la série : Walter ne camoufle pas très bien son petit jeu. Il le fait en pensant presque à tout, faudrais pas que ça soit impuni par le scénario quand même, hein, bon. Donc prévoyez les réflexes habituels de la bonne série récente : un peu de sang, des surprises, beaucoup de drogue, un peu de diarrhée glorieusement liquide (si vous le sentez venir, fermez les yeux, c’est tout) et pas mal de choses surréalistes, surtout aux abords de la frontières mexicaine où les méchants de rigolent plus du tout. Boum!

 Breaking Bad brille exactement là où on l’attends, dans ses personnages, exactement. C’est un monde très gris et gris au nouveau Mexique et cette adrénaline va pas mal corrompre notre petit prof pépère. Comprenez bien : le taux de badasserie du personnage principal est inversement proportionnel au nombre de poils qu’il a sur le caillou! Sa toute première scène est en slip moulant à faire des petits hurlement à la Malcolm, justement… mais l’hommage s’arrête bien vite et le mec va rapidement sombrer dans la douce folie passive et d’être accro à ce « danger ». Un signe de rémission va pour lui être un début de déprime, comme si envisager d’enterrer son cancer était la pire des nouvelles! Ce mec a créé la méth la plus pure qui soit et la vendre puis en profiter va lui faire passer des sales moments, qui vont le forger et le changement lentement en Robocop nuancé, bref! Son sidekick Jessie est aussi un cas intéressant. Déjà cette façon de parler mi-sophistiquée mi-clichée « TOTALLY KAFKAESQUE, YO » et faut pas se fier à ses premières apparitions. C’est un bon gars, charismatique, l’archétype du bras droit ni neuneu ni futé mais toujours très dévoué bref à ce stade de la série on doit vraiment lui vouloir du bien. C’est un personnage très attachant, agréable à suivre car né méritant pas vraiment ce qui lui arrive… et sa naïveté cachée est très mignonne même si ça va poser des problèèèèèmes. La famille de Walter fait toujours ses petits arcs à part : sa femme Skyler sera probablement votre personnage détesté car la grossesse lui fait parfois avoir un comportement irrationnel… mais légitime quand votre mari traficote dans votre dos. Elle passe l’intégralité de la série sur le bord des larmes à faire la gueule à tout le monde et c’est assez pesant… puis le beau frère, Hank, est un gros piège! D’abord présenté comme un Vick McKay en version Homer Simpson, le mec est tellement plus nuancé au final. L’emphase est mise sur son attitude, son paraître, mais impossible de pas voir le gars au coeur d’or qui se soucie réellement de sa famille, tout en enquêtant sur son beau frère sans le savoir, héhéhé. Walter Junior ne sert pas à grand chose… ouais honnêtement, il pourrait être absent de la série sans en affecter la qualité. En fait il sert surtout de « rationnelomêtre » : c’est le petit gars en béquille qui fait plus normal des rôles dans l’histoire, un peu accablé par ce qui l’entoure. L’histoire lui accorde deux trois conneries très gentilles mais il rentre bien dans cette catégorie de support bien fait. 

 En dehors de ça c’est la grande galerie du business de la poudreuse Schtroumpf : les dealers de seconde zones, les gros bras maboules, les junkies clodos, les couples-junkies-clodos (avec des gosses. Episode spécial à prévoir) un avocat véreux rigolo et les gens qui ont l’air tout à fait normaux mais qui sont en fait des psycho-killers cachés. Deuxième emphase : tout est bien écrit, bien fait, maîtrisé comme il se doit, personne n’a de comportement bipolaire. Sauf s’ils sont bipolaires, ça va de soit.  … BUKKAKE

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 Je n’ai pas éclairci un point très important : Breaking Bad n’est pas une série comique, ne vous laissez pas tromper par la comparaison avec Weeds. Le postulat de base est l’inverse : du drama avec des petites pépites comiques dedans, des petites phrases qui sonnent bien et des trucs pas répondus. L’essentiel de la fiction c’est sa capacité à captiver, à enchaîner les cliff-hangers et à souffler le téléspectateur… là j’hésite un peu à me farcir la troisième car

– Il va falloir se taper un an d’attente avant la quatrième

– La troisième saison est toujours moins bien après une deuxième qui confirme le succès et la qualité de la première (Dexter, Weeds)

Donc j’ai essayé de ne pas d’en dire le minimum mais retenez de cette série qu’elle implique beaucoup son télespectateur, sa mise en scène est à la fois efficace, minimaliste et stressante (je râle souvent sur la Streadycam? Bingo, là y’a que ça et c’est très bien) puis cette ambiance Merikaine qui sent bon le tacos et les bisous, un petit régal après une partie de Red Dead Redemption, je conseille vivement si vous avez besoin d’action noire, vraiment noire, sombre. Un dernier petit argument final? C’est AMC qui diffuse, la même derrière Hung, Mad Men et… The Walking Dead. Je la fais? Je la fais pas? Allez, c’est de la très bonne. Faites tourner.

Grosse névrose mais série assez obligatoire!

 PS : Le projet AMV Hell commence. Un mec, avec sa vidéo, m’a suggéré une semaine « Journal Intime »… en
invoquant l’essence même du blog et du développement de la personnalité de son auteur. C’est une idée qui se vaut mais qui reste trèèèès dangereuse et ce serait un peu hypocrite de ma part, donc c’est très mal parti. Si vous avez des questions spécifiques, je peux toujours y répondre…

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2 Responses to Cancer !

  1. Vins says:

    Haha, pour avoir vu la saison 3 je peux te dire qu’il y a plein de bonnes choses dedans. 😀 Avec un bon petit cliffhanger à la fin !

    Effectivement, maintenant ça fait mal au cul de devoir attendre juin 2011 >.>

    En parlant de Weeds et de ce que j’ai vu de la saison 6, je trouve que la série commence vraiment à s’essouffler. 🙁

  2. Pingback: Les temps sont (toujours) durs | L'Usine à Problèmes

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