Daily Archives: 27 novembre 2010

Anvilicious

Encore une aventure palpitante! L’autre soir je rentre de la fac après avoir passé deux heures à faire des cadavres excquis débiles devant un prof qui n’aurait pas remarqué une guerre nucléaire dans sa classe (on aurait pu lire l’Anthologie du Coït à la place de La Condition Humaine que ce serait quand même passé) et je me pose devant Canal + qui diffusait une petite séquence qui s’appelait quelque chose du genre « 30 Secondes avant tel évènement historique » dans un style très South Park dans l’âme. Bon comme prévu ce n’était absolument pas drôle (pas aussi peu drôle que la « Vie des Jeunes » de Riad Sattouf qui était à se tirer une balle de consternation) maaaais au moins ça me rappelait l’existence de la série originale. En France, niveau dessin animé pour adultes, on a … pas grand chose, si ce n’est rien. Au moins, de l’autre coté de l’Atlantique, ils ont Bob’s Burger, copie de American Dad, copie de Family Guy, copie des Simpsons… l’animation Américaine est un peu consanguine mais les débuts de ces séries étaient toujours sains, solides, drôles quoi. Dans ce dernier exemple, on a juste l’impression de voir un show sous assistance respiratoire (le tout premier épisode de la 22è saison des Simpsons, qui parodiait Glee, était à caguer par terre à se rouler dedans) mais les débuts étaient sympa. 

 Pour en revenir à South Park, il faut commencer à se demander si la série ne prends pas le même chemin. Les dates de diffusions correspondent à deux périodes de l’année bien précises (entre Octobre et Décembre, puis entre Mars et Mai) et la quinzième saison va amorcer la dernière période du contrat… jusqu’à un renouvellement plus que probable. La quatorzième vient à peine de se terminer et il est temps de se poser quelques questions sur l’avenir de la série et de poser un petit bilan, à défaut de le déposer…


Image-1-copie-3.pngLe truc avec South Park c’est qu’on peux lui accorder le mérite de l’évolution. Ce n’est ni positif, ni négatif mais un fait, le show se transforme au fur et à mesure! Exactement comme dans les Simpsons, on peut distinguer plusieurs périodes du show, définies par plusieurs critères qualitatifs. Là c’est relativement simple, on peut raisonner en « tout-les-cinq-ans. ».

Souvenez vous de la toute première saison : il y avait un running gag super puissant – à chaque début d’épisode, Parker et Stone (les deux créateurs, donc) faisaient un petit commentaire sur l’épisode à suivre, dans un chalet enneigé au coin du feu. Rien que ces petites pépites introductives étaient hilarantes, remplies d’humour de dialogue, de gags visuels, tout ça était très proche de ce que fait Jon Lajoie aujourd’hui… et on était même pas encore dans le show a proprement parler, c’était comme une « exposition de talent ». Les épisodes démarraient, avec leur maladresse technique très attendrissante (le tout premier est le seul a avoir été entièrement animé à la main) maladresse qui est devenue un concept, voire une image de marque… et ça contribuait à l’humour très efficace du truc. Bien sûr, c’était pas encore vraiment corrosif ni aussi vulgaire qu’on pouvait l’imaginer de retour vers 97 mais les scénarios ne se prenaient pas la tête et sortaient de nulle part, toujours en poussant le délire et l’imagination des auteurs (Un éléphant fait l’amour à un cochon, Damien, Conjonctivite…) jamais un kopec de référence à l’actualité, juste l’installation des personnages, des catchphrases que nous connaissons tous etc. Evidemment, l’un des deux personnages piliers de la série (Cartman, si vous vous demandez) n’est encore qu’un sale gosse très intolérant, limite nazillon mais toujours en cultivant une certaine « innocence » naïve et enfantine. Kenny meurt à chaque épisode, Stan et Kyle sont interchangeables, il se passe n’importe quoi en ville… c’est pas encore hilarant mais ça se mate très bien.

Après les saisons 2, 3 et 4 constituent le fin du fin dans l’histoire de la série : cette maladresse graphique totale est toujours là et les intrigues sont toujours aussi… inédites dans le sens où South Park reste un monde à part, détaché de toute influence du monde extérieur (donc de celui des scénaristes) et même les languedeputages envers telle ou telle célébrité sont marrants et cohérents : ce running gag avec Barbara Streisand (où sa tête est affichée aux quatre coins de l’épisode Halloween avec le poisson tueur. POUR LE FUN.) est un délice, c’est pas quelque chose qui handicape le rythme ou surtout les intrigues… ça reste dans une dimension « gratuite », régressive, des petites piques lancées un peu comme ça en l’air.

Le truc ultime c’est que le show est régressif sans être vulgaire : même si les insultes et les gros mots tombent, le doublage français est parfait et chaque inflexion, chaque phrase sonne comme une super pépite comique. Vous savez, les « woputainhé » et dans Varicelle, quand le Doc dit « Wow, vous êtes vraiment cons! » avant de se barrer une demi seconde plus tard. La voix de Stan et de Cartman sont des petits délices car les doubleurs arrivent parfaitement à faire les sales gosses qui disent des trucs d’adultes « Mais pourquoi j’ai pas mes rèèèèèègleuuuuuuh § » c’est super drôle. Y’a même des libertés prises en VF « à l’hopitalssykiatrique! » qui provoquent l’hilarité, comme ça, sans rien demander en retour, c’est top. Les personnages ne sont pas spécialement développées, ça reste quatre gamins à la tête interchangeable et la population assez délirante d’une ville en décor de fond… et on s’embarrasse pas des règles de « normalité » de la fiction, il peut arriver n’importe quoi, sans souci de retombées logiques derrière. Les zombies débarquent? Osef! Les pirates fantômes? AGROUGROUM § Hop, parodie sur-hilarante de Scooby Doo, 20 minutes de lolerie totale. Le show hésite même pas à blaguer sur la zoo/pédo/nécrophilie, l’inceste, autant de thèmes rupins qui passeraient moins bien de nos jours… et ça passe! Et c’est drôle! Et c’est tellement rare!

Au delà de ces épisodes à la randomerie un peu évidente il y a ces petits trucs à part qui sont uniquement là pour introduire des persos. Parfois, ils sont drôles mais un peu en dessous (Timmy, Tweek, Craig) voire carrément ratés de chez ratés (je pense pas que la parodie des Grandes Espérances aie fait rire quelqu’un)

« Bah euh une fois dans la rue, j’ai vu deux mecs se rouler une pelle! J’ai eu du mal à en croire mes yeux et quand j’écoute votre radio, j’ai du mal à en croire mes oreilles! »

Ce genre de réplique est à la fois atroce et géniale, mais elle ferait bizarre dans un épisode récent, pas assez rationalisé, trop spontané. Aujourd’hui, on sent des précautions mises là et là… mais on est pas encore à ce stade. Là, Cartman dit « Ta gueule, salope » à sa mère, et c’est toujours drôle… pas de contraintes, pas de
limites, ils se lâchent. La NAMBLA qui manque de violer Cartman (et Butters qui y passe, probablement), le groupe FingerBang, les Chinpokomons… on sent sur la fin de cette période que les phénomènes de société commencent à inspirer le saint duo mais c’est pas encore gênant et ça donne des épisodes toujours aussi régressifs, rythmés et bien écrits. Je vais te faire pan pan tout au bout de mon doigt ~

A partir de ce point…

« South Park gagne un niveau! On dirait que South Park va évoluer. » En passant sur cette cinquième saison, Parker et Stone se sont bien gardés d’appuyer sur B car le show a effectivement évolué, et « Scott Tenormann doit mourir » en est un parfait exemple. Cette nouvelle « ère » montre de base un graphisme … enfin une animation plus travaillée, plus fluide, moins Monty Python Flying Circus quoi. Ca défonce moins les rétines et la « naïveté » s’en va un peu, surtout au niveau de Cartman qui passe du gosse irrévérencieux au monstre pré pubère qu’il est aujourd’hui. Ironiquement, ce dérapage total de personnage fait changer le propos de la série tout entière, ou la progressivement on commence à prendre les choses un peu plus au sérieux… pas dans le traitement mais dans le fond. Vous vous souvenez de ce nouvelle album des Fatal Picards qui a fait gueuler les gens? C’est un peu le même souci. C’était toujours très drôle mais l’actualité et les « repères du monde réel » se multipliaient comme des petits pains messianiques. Ca commence par « Oussama Ben Laden Pue Du Cul » qui était entouré par pleins d’autres petites randomeries rigolotes, puis soudain les gars se sont dits qu’il allaient nous faire une figure de style… et prendre la mort de Kenny au sérieux. Ben ouais, à chaque épisode depuis le début de la série il faisaient semblant de nous mettre une gentille petite morale à la fin en la parodiant façon Animaniacs – alors autant en mettre une vraie, émouvante… même si Cartman fait chanter « Heat Of The Moment » à tout le congrès dans le seul but de cloner un fast food. Toujours ce balancement…

Et là commence l’arc « Butters remplace Kenny » et jusqu’à la saison 9, on rentre dans une espèce de mixité avec les figures de style, les randomeries habituelles et… la critique de divers phénomène de société! Les gothiques, le sida (bon ce n’est pas un phénomène de société j’avoue) la métrosexualité… ou alors la moitié des épisodes sont centrés autour de Cartman et de ses frasques. Le reste, c’est Paris Hilton, Mel Gibson… sans attaques directes, toujours avec des scénarios périphériques toujours déjantés et bien écrits… mais on glisse. Ca évolue, mais ça glisse. L’action se déplace un peu : le point est davantage focalisé sur « l’évènement crétin du jour » que sur le quatuor en lui même… et les messages à capter deviennent de plus en plus subtil. Avant, c’était graphique, jeté à la figure sans avertissement préalable, j’ai une petite préférence pour ce mode de fonctionnement… parce qu’on est pas loin de la quatrième colonne. Aujourd’hui, elle est partout, souvenez vous du tout récent Fishsticks qui occultait un peu le conflit interne des deux gars avec la blague sur Kayne West!

Enfin, la saison 10 a agi de transition vers une direction totalement différente. Le duo Cartoon Wars partait d’une intention couillue mais les effets kiskools ont été énormes pour le reste de la série :

– Déjà ça a lancé cette mode quasi inévitable des épisodes en arcs, ce qui est assez flemmard en plus de pomper l’air

– Cette histoire de censure et de Mahomet est LE truc qui leur a pêté dans les mains. A partir de cette histoire de caricatures, Comedy Central a flippé et le duo s’est fait avoir à son propre jeu : il censurent l’apparition de Mahomet avant de délivrer un gentil message de tolérance et de liberté d’expression. Évidemment qu’ils n’ont pas apprécié, malheureusement pour nous ils se vengent un peu passivement en consacrant le reste de la série à la critique de phénomènes récents… ou de figures de style, toujours. Vous vous souvenez peut être de « La Couple Stanley » où Stan prends en charge une équipe de poussins en hockey, comme dans les petits films attendrissants et familiaux du genre… sauf que non évidemment, il se font massacrer par des mastodontes trentenaires et le petit cancéreux meurt en soufflant « plus d’espoir » après avoir maté le match. Ambiance, ambiance… dans ce cas précis, la satyre ne dure que… 30 secondes pour un épisode de 22 minutes et là je pose une question : où est l’interêt de gâcher autant de temps? Foncièrement, ça devient de moins en moins drôle… tout est toujours rattrapé par Cartman/Butters/Randy Marsh qui devient le personnage principal de pas mal d’épisodes. Pire : le truc s’installe dans un schéma comique qui se repère de plus en plus
facilement – le tropes Only Sane Man. Vous installez une absurdité totale et globale que TOUT le monde semble accepter et soulignez, et vous suivez le point de vue du seul mec blasé qui comprends pas ce qu’il se passe, exactement comme vous. On passe d’un humour régressif et rythme à quelque chose de plus absurde, qui fait comme semblant de taper sur les doigts mais sans vraiment le faire parce que toujours traité assez affectueusement… bon au moins on évite l’étalage des références pop-culture, hé, c’est déjà épatant. 

Et et et là jusqu’à aujourd’hui il y a comme un truc qui me pompe l’air, je suis peut être pas le seul : les sagas. Depuis trois ans, CHAQUE DEMI SAISON comporte son truc en deux ou trois parties… c’est à dire beaucoup d’épisodes avec des intrigues inédites! Des concepts inédites! Des vannes, des UNIVERS inédits! Le souci est là : si la saga en elle même n’est pas bonne ni drôle, que va-t-il se passer? … le niveau baisse et le fan est triiiiiste comme le Panda du harcèlement sexuel.

(Après vérification, toute la saison 13 est « individuelle » ! Et ben tant pis j’ai l’air con.)

… mais quand même! 200 et 201 n’étaient vraiment pas nécessaire, surtout pour relancer cette histoire de Mahomet… pour se reprendre le boomerang cette fois clouté dans les dents (ils étaient à deux doigts de se prendre une fatwa dans la face) puisqu’ils ont du censurer une minute entière de … morale. Bien joué les gars, vous avez merdé sur toute la ligne. Le reste? Se foutre de tel star, de tel concept récent… mais de façon moins rythmée, un peu plus molle, attendue… et les seuls passages marrants sont les délires de Randy, un peu comme l’importance qu’à pris Hal au fil de Malcolm. C’est dingue, j’ai l’impression que le passage en 16/9 a été une baisse de qualité conséquente pour un paquet de séries comiques.

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 C’est tellement frustrant… parce que même dans cette attitude le show est super inégal. Il peut enchaîner un truc vraiment raté à d’autres épisodes hilarants (non mais Crême Fraîche hein) mais toujours cette lenteur, cette ambiance beaucoup plus posée… les gosses grandissent sans grandir physiquement… à moins que ce ne soit Parker et Stone qui grandissent. Le doublage français, lui, n’est plus aussi inspiré depuis quatre/cinq ans et ça n’aide pas non plus. Faut peut être nous mettre les auteurs de Skins sur le coup… oh non remarque, surtout pas. En gros, on passe d’une série comique à la critique du vraie monde et ça passe pas aussi bien.

Quid de l’avenir de South Park? C’est triste mais il faudrais que ça s’arrête rapidement, ça ne peut pas être optimiste. Bien sûr il y aura encore quelques épisodes bien drôles mais l’esprit de base n’est plus là depuis longtemps et ils n’arrivent pas à vraiment évoluer vers quelque chose de plus satisfaisant alors autant s’arrêter maintenant avant d’en arriver au stade de la pompe à fric… ou alors tout ça n’est qu’un complot généralisé pour nous rediriger vers ce récent boom des séries d’horreur?

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