Daily Archives: 17 novembre 2010

Les règles sympas d’Haruhi Fujioka

Tenez, je vous ai mis un petit lien vers un Formspring tout neuf. J’étais très réticent mais après les premières questions je suis assez rassuré sur la portée du site alors n’hésitez pas à y poser une question sur le blog, sur son traitement ou sur ma pomme, sérieuse ou pas, comme vous le souhaitez, si vous désirez voir comment ça se passe un peu de « l’autre coté ».  

Oh la la les amis il m’arrive souvent d’être de mauvaise humeur mais là c’est carrément exécrable alors pour tous nous sauver je vous propose la vision d’un anime aux vertues DROLATIQUES. Le genre « anime pouêt pouêt » est quelque chose qui m’est franchement étranger, je pense qu’on pourrait sans trop de risques y classer Excel Saga qui brille surtout par son doublage français vraiment très réussi et, dix ans plus tard, Baka To Test… qui était sympa sans être génial. Evidemment il y en a pleins d’autres mais c’est les seuls exemples qui me viennent à l’esprit, fatalement! Si je développe ce néologisme, disons qu’on pourrait limiter ça à un anime qui privilégie l’écriture des runnings gags et des effets comiques au delà du scénario – pour revenir à Baka To Test, des runnings gags, il n’y avait QUE CA. Là on prends le même décor, les mêmes personnages : un lycée, des lycéens… mais on change la condition social de ces derniers, parce que cette année il pleuvra encore à la fête de l’huma, ce sera la faute des bourgeois DES BOURGEOIS.

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 Je ne sais plus trop comment j’ai entendu parler de Ouran High School Host Club (encore un nom inutilement rallongé, un peu comme le cancer colorectal) – peut être de façon très implicite, sans jamais trop savoir de quoi on parlait… puis suite à un extrait diffusé lors de l’unique convention collector Lovin’ Japan on me l’a personnellement recommandé et j’ai mis ça dans un coin de tête… le plus étrange après avoir vu le-dit extrait c’est que je me doutais que Ouran High School aurait pu être une production plus très récente du début des années 2000 : Quatre-tiers tardif, animation et tracé qui n’a plus grand chose à voir avec aujourd’hui… je trouve FullMetal Alchemist mieux animé, c’est dire. D’ailleurs, il faut savoir que c’est Bones qui s’en est occupé, et Bones est le meilleur studio du monde, qu’on se le schtroumpfe dans le schtroumpf.

C’est pourtant un anime de 26 Episodes dont la diffusion a commencé en 2006, un espèce d’anachronisme a lui tout seul… et attention, ce truc est livré avec un autre gros piège : si vous matez un extrait, de loin, isolé de tout contexte, la chose va vous sembler vraiment mauvaise, mais je le répète, c’est un piège.

Japon! De nos jours! Lycée Ouran! C’est un établissement réservé aux gens de haute classe, l’élite, les huppés. Il faut avoir des pépéttes pour s’y inscrire, les murs sont tapis d’or et on mange des lingots au petit-déjeuner, bref c’est un lycée privé. Haruhi Fujiyoka y débarque exceptionnellement malgré sa « caste » un peu pourrie, via des bonnes notes quoi, comme à Sciences Po. Haruhi débarque donc avec ses cheveux en bataille et son pull bien crasseux, à la recherche d’un coin tranquille pour bosser. Qu’il y a-t-il derrière les portes de la fameuse « troisième salle de musique? » Six lycéens en uniformes, formant le host club, phénomène un peu nippon qui actualise un peu le concept de gigolo. Des filles y viennent, les paient et ils leurs accordent un peu de temps en leur donnant du thé, des gâteaux et en leur sussurant des mots doux à l’oreille… ce genre de chose. Cette belle bande de bras cassés prennent donc leur boulot à coeur et pensent qu’Haruhi est là en quête d’amour viril, on assiste donc à une présentation rapide traitée comme une collection assumée de poncifs Yaoi : vous avez le monolithique à lunettes qui dit rien, le shota trognon, les jumeaux farceurs et la grande bajasse blonde… et c’est sur ces entrefaits qu’Haruhi casse un vase précieux et contracte une dette infinie au club. Comment se faire rembourser? Travailler en tant que nouvel hôte… s’ensuit une séquence où Haruhi subit un « upgrade social et vestimentaire » et là attention ressort comique : Haruhi est une fille! Comme Maria Holic… mais inversé! C’est donc un reverse trap! C’est tout aussi formidable!

 Prenez donc les mots clés gigolos/reverse trap/comique de personnage, foutez moi tout ça dans un blender, saupoudrez de « fort potentiel comique », servez moi ça bien chaud. Dire que le scénario est une excuse serait plus un comparatif à un film porno qu’autre chose alors soyons clairs : c’est surtout un fil d’ariane, un gimmick qui fait vivre cet univers… au final, les épisodes sont une petite succession de dévelloppements de chacun de ces persos entrecoupés d’épisodes plus thématiques. Le premier épisode introduit le bouzin, le deuxième est chiant à mourir de vieillesse puis le bazar commence enfin – le host club à la plage, le host club fait du ski, on fait un petit focus sur Haruhi, puis les jumeaux, puis le shota, retour aux diverses bizarreries lolrandom du lycée et ça se passe comme ça chez MacDonald jusqu’au double épisode final qui est un peu étrange, bizarrement premier degré avec pleins de clichés très attendus, on ne termine pas ça sur une super impression et ça confirme cette tendance malsaine que Bones peut avoir quand ils adaptent des mangas alors pas terminés!

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Bon là j’imagine que vous vous dites « Mais alors pourquoi il nous parle de ça ce petit crétin? Qu’il retourne jouer aux Kaplas au lieu de faire chier son monde » mais vous n’y êtes pas du tout, jeunes impudents. Ouran High School est une série vraiment, vraiment, VRAIMENT drôle. Je suis pas du genre à lâcher de gros fous-rire devant un anime mais certains épisodes de CET anime m’ont sévèrement déridé… pourquoi? Ben comme l’une des premières séquence nous l’avoue, tout se joue sur les personnages de base archétypées (et le scénario de fond nous montre comment ils en évoluent même si ça fait un peu « pffff » mais j’y reviens) – ne serait ce que l’ambiance. Posée dès le départ : TOUT VEUT TE FAIRE PETER LES RETINES. Ca brille, du rose partout, de la musique classique, des pétales, des yeux mouillés, des ralentis, partout tout le temps – l’opening commence par « Kiss kiss fall in love » ce qui n’EST PAS PEU DIRE C’EST LES FOIRE AUX MAJUSCULES etc etc bref on nage dans ce qui dans un autre contexte serait une immonde dégueulasserie shojo remplie d’arc en ciel et de bonheur niais. Déprime Ho! Ouran joue beaucoup avec ces codes là, justement – et les transforme en gimmicks. Des gimmicks, partout, tout le temps : la fille otaku qui passe la majorité de ses apparition en mode « Pleine puissance », ce surabus de cadres roses pour y faire passer des messages inutiles… même graphiquement il y a des runnings gags drôles.

 Après tout repose sur les personnages : Honey, le petit shota, mange des gateaux et tripote son lapin en peluche – en gros, il est mignon. A peu près toutes les formes d’humour seront exploitées à partir de là, on retrouve même parfois un certain esprit Bob l’Eponge des débuts qui est loin d’être dégueu. Les jumeaux (Kaoru, Hikaru) sont tout aussi priceless. Complètement indissociables, il font les mêmes mouvements, parlent en harmonie, ont une attitude machiavélique et cultivent l’art du « paraître amour incestueux et interdit » qui font mouiller les fangirls du lycée… et il te font la blague une fois, deux fois, quinze fois, c’est toujours drôle la trentième fois. Le rythme y est parfois extrêmement élevé et dans les grands moments de gloire de la série les vannes peuvent s’enchaîner à la seconde et faire de combos improbables (SOYONS AMIS! ON SHOOTE DANS DES CANNETTES !) pour un téléspectateur toujours plus mort de rire. Souvent les choses tournent dans une sorte de gros bazar où le moindre truc rigolo en arrière plan peut être mémorable (voir les jumeaux se regarder de façon ultra symétrique avec un sourire béant au deuxième plan? Ca n’a pas de prix) et le processus est parfois à deux doigts du cartoon avec ses visages déformés, ses expressions caricaturales, son coté exagérément speed. Tout ca dans des intrigues qui exploitent toujours plus de poncifs otaques… vous savez, dans les séries de science fiction c’est souvent « le monstre de l’épisode » et ben là c’est toujours un élément ponctuel qu’on rajoute dans cette grande salade barjo : un personnage, un lieu, etc. Un club féministe les défie, un petit garçon tsundere débarque, etc etc. Là aussi c’est accessible aux non-otaques puisque chaque poncif est toujours souligné puis moqué dans l’univers lui même. Du coup…

 Reste Haruhi, qui est un personnage très androgyne donc de haute qualité, je pense que je deviens prévisible. Comme dans beaucoup de situations Haruhi incarne la « seule douée de raison dans ce monde de dingues »… des bouffons à ma gauche, des clowns à droite, here i aaaam stuck in the middle with you. Un épisode un peu remplissage lui re-fait jouer l’histoire d’Alice au pays des merveilles, d’ailleurs… une fille aux cheveux courts dans son uniforme de garçon. Son rôle dans l’anime pourrait être « ne pas faire repérer mon véritable sexe » mais on nous fait croire que ça peut avoir des implications… qui ne deviennent que comiques, invariablement.

Sarcastique, pas très énergique, elle sert surtout de drama potentiel. Pensez donc, une seule fille dans la cage aux lions… et parfois l’anime tente d’être sérieux, tente de lancer des petites pistes sur des jalousies éventuelles, des petites envies… et n’y réponds jamais, sauf n’importe comment à la toute fin en utilisant un élément dont on essaye de nous prouver l’impossibilité tout au long de l’anime. Pourquoi? Comment? Personne ne le sauras JAMAIS! La seule utilité de cette héroïne reste donc son androgynité et les situations comiques que ça peut engendrer. C’est tellement étrange, on dévelloppe le personnage d’une très bonne façon (sa « pauvreté » dans un monde de riches, mère décédée, son père a soudainement changé de placard par dépit, etc etc) et sa storyline se termine d’une façon atrocement gnan gnan. Re-prout!

Ca ne se voit peut être pas au début mais il y a deux autres personnages : les deux grands bruns – l’un qui porte toujours le shota – l’autre qui trifouille son pc et qui remet ses lunettes en place – et ils sont incroyablement sous traités au fil de l’action. Peut être un ou deux épisodes consacrés… qui ne les font pas évoluer du tout. « Je suis stoïque! Je RESTE stoïque! » Ils n’ont droit qu’à des scènes un peu sorties de nulle part et mal justifiées dans l’ensemble. L’autre, éreinté par la concurrence familiale et par le père grosse légume – ne démarre nulle part et n’arrive nulle part non plus. Cliché tu reste, cliché tu resteras. C’est un personnage principal (il est dans l’eyecatch bon sang) et il sert à que dalle! Ca m’embête beaucoup, comme si le scénario de base disait « Pff ce mec n’a pas d’utilité, on va s’en servir pour meubler parce qu’on avait un quota de personnages » et c’est bien con. Je fais peut être une erreur d’interprétation mais c’est pour essayer d’etayer l’idée : quand Ouran High School, il le fais maladroitement. Comme quand vous allez rentrer dans quelqu’un… puis que vous faites un pas dans la même direction… et la même chose dans l’autre direction : c’est maladroit. Je sais plus qui sur le point de violer Haruhi sans qu’elle fasse rien? C’EST MEGA MALADROIT.

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 … et on revient sur du très drôle. C’est un peu schyzophrène cette histoire… parce que si vous matez que le deuxième épisode, par exemple, vous allez tomber sur une adaptation animée d’un blog mode girly et ça fait mal aux dents. D’autres sont mignons, attendrissants ou juste bien faits. Les autres sont rigolos mais je deviens redondant – c’est complètement fourre tout, ça part dans tout les sens, lon n’y applique pas de conventions particulières. C’est « l’esprit » qui veut ça, je pense. Après l’esprit peut glisser ailleurs mais pas de souci, on a des plans pour s’en sortir –

Le truc c’est que cette indécision intervient aussi dans des moments sensés être poignants, émouvants. Je pense pas mal à l’histoire des jumeaux, à leur enfance… ils veulent s’individualiser. Ah, une piste? Ah non, ça arrive pas! Décidemment! Pourquoi ces épisodes alors? Pourquoi ces fillers un peu étranges? J’en arrive à cette conclusion qui ne me plaît pas trop mais qui devrait s’appliquer sur tout : ce n’est vraiment pas à mater en se prenant la tête. Tu regardes, tu rigoles, tu passes à autre chose, point. Les personnages ont une certaine profondeur mais sans aller jusqu’à un certain point, c’est presque pudique. Il reste que des shblooop, des paaaaam, des woooow et des wiiiiiizz. C’est pas très compliqué, c’est à mater en mode un peu déphasé mais ça vaut le coup. En tout cas, c’est un anime très aimé, sa position dans le classement MyAnimeList est éloquante : trentième le mieux noté, dixième préféré, c’est exceptionnel… et si c’est bon pour eux, c’est bon pour vous. C’est vraiment terrible parce que je n’arrive pas à en dire grand chose et il mérite beaucoup plus, c’est comme une preuve de la linéarité volontaire de cet anime.

Ce post conclut une petite trilogie cachée, d’ailleurs. Regardez ce personnage. Puis celui là. Puis ce troisième. A vous de trouver le très gros point commun… et non, ce n’est pas leur androgynité, et ça c’est tout à leur honneur.

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