Daily Archives: 7 novembre 2010

Le bon la brute et le petit porcelet

Avant de valider un post, il y a chez moi comme un petit « instant culpabilité ». Je clique sur « Envoyer » … puis je re-clique sur « Envoyer » après avoir corrigé les fautes les plus criardes et je me dis une tonne de trucs dont la constante est le début : « Ils vont se dire que… » au pire, on peut terminer la phrase par borné, au mieux par têtu, pas intéressant pour encore pire, vous comprendrez la logique. Mais si en terminant ce post quelque chose du genre « C’était un peu sans intérêt » vous traverse l’esprit, là je vous l’accorde, c’est légitime! Voici la version anglaise, ce post n’est qu’une traduction un peu littérale de ce topic.

 Vous connaissez mon étrange fétiche pour les émissions à base de gens qui s’expulsent d’une île les uns après les autres. Là, je regarde la rediffusion de Koh Lanta à la télé et je ne peux que constater le « KL Cycle », à l’image des jeux Sonic sortis depuis 2004. Denis Brogniart nous promet une saison pleine de rebondissements, de nouveautés, d’épreuves inédites que les américains sont allés copier, etc. Chaque année, inexorablement on se farcit la même formule sans aucune variation avec des candidats qui remplissent toujours les mêmes rôles avec leur bandanas tout péraves et leurs épreuve à base de trois bouts de bambous. C’est déprimant, vous pouvez vous amuser à noter la redondance des teasers qui n’ont jamais rien à vendre et qui montrent toujours le même montage commençants toujours par « La semaine prochaine, ça chauffe à X! » comme si on voulait voir des gens se mettre sur la gueule. Mais non, désespérément, il n’y a jamais grand chose à voir.

 Je pourrais vous recommander le bon gros Survivor Américain pour la énième fois mais cette fois on va passer en revue quelque chose d’un peu spécial, un espèce de machin vraiment très obscur et borné, à la limite de l’universitaire : la science du montage. Voyez ça comme ça : dans le contexte, vous êtes dans une saison du show Américain en temps que candidat. Les chances, c’est vous qui les gérez, vous mettez tout les éléments de votre coté et c’est à vous d’avoir une bonne durée de vie dans le jeu et d’agir en conséquence, bref ça ne dépends que de vous. La saison est finie, vous avez votre place bien définie et la production a obtenu tout un tas de rushes qu’elle va monter… mais pour le téléspectateur, c’est comme si chacun avait ses chances égales d’être le premier sortant ou le sole survivor, comme si rien ne s’était passé et que l’aventure ne progressait qu’une fois par semaine, le temps d’une quarantaine de minutes. La seule indication qu’on veuille bien nous montrer c’est le montage … et celui ci est toujours fait avec une idée derrière la tête. Chaque semaine, une brigade de furieux analysent tout l’épisode qui vient d’être diffusé, en tirent des conclusions et en font des votes pour constituer ce qu’on appelle l’Edgic. Contraction entre « Edit » et « Logic », donc Montage et vous savez quoi. L’Edgic c’est la science d’analyser l’occurrence d’un candidat d’un épisode et d’en tirer sa durée de vie dans le jeu, ainsi que le futur gagnant probable… et je lis comme un scepticisme dans vos yeux mais effectivement, ça a toujours été assez concluant pour déterminer le futur d’une saison. Il suffit de raisonner à l’envers, de pousser la logique jusqu’à l’extrême pour comprendre pourquoi on nous montre tel plan, telle situation, tel candidat… tout simplement parce que le gagnant ou le futur sortant à toujours un profil bien défini, on doit « s’en faire une idée » qui ne varie pas ou peu d’une saison sur l’autre. Voici comment ça marche, en gros…

Après chaque épisode, un vote va s’organiser pour apposer un code sur le montage de chaque candidat restant dans le jeu. Ce code résumera à lui tout seul la pertinence, le « ton » et la récurrence d’un candidat. Il se compose en deux parties, des lettres, des chiffres, le compte est bon. Sa présence d’une part… plusieurs catégories.

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Plouf!

 INVISIBLE. (INV) Le joueur … a été complètement ignoré. Bien évidemment il n’a pas été « zappé » au montage mais on ne l’a vu que sur certains plans de groupes, de loin. La caméra ne lui a pas accordé de gros plan spécifique, on ne l’a pas entendu parler une fois dans l’épisode. Fatalement, il n’a pas eu droit à un « confessional » (vous savez, ce petit moment où un candidat pose devant la caméra et dit n’importe quoi pendant que son nom s’affiche magiquement entre ses jambes) n’a rien dit ou n’a répondu à rien pendant un Conseil, bref la catégorie parle d’elle même : transparence totale, comme si le candidat n’était pas là. Il n’est même pas évoqué par quelqu’un d’autre, il est comme hors du jeu mais toujours dedans… et il n’a servi à aucune développement de personnage pour les candidats. Le moindre zoom au mot lâché échappe automatiquement au statut d’Invisible.

UNDER THE RADAR (UTR)

C’est la catégorie au dessus. Un candidat UTR est légèrement sous-utilisé dans le montage et dans l’histoire. Il A un rôle mais on le voit assez peu… à moins qu’il ne soit délibérément caché par le montage pour plus tard. Il faut toujours raisonner en « développement de personnage », c’est pourquoi un rôle surprise peut toujours être à prévoir. En tout cas, être sous le radar c’est avoir une visibilité très faible voire inexistante mais avoir une implication, ne serait-ce que théorique, dans le jeu, les discussions de camp… sans nécessairement avoir une utilité définie. C’est un premier cas, à l’inverse un personnage peut être UTR car très exposé mais n’ayant aucune pertinence dans le propos de l’épisode. C’est rare, ça arrive, comme quand quelqu’un domine les challenge ou reçoit un câlin sorti de nulle part de Jeff Probst, le présentateur-charisme. Dans un troisième cas, un candidat peu avoir un rôle mais il est juste sous l’ombre de gens attirant un peu plus l’attention… bref c’est n’est pas qu’une question de visibilité mais dans la majorité des cas c’était cette dernière qui était un peu
basse.

COMPLEX PERSONALITY (CP)

Ne pas confondre l’acronyme avec autre chose. C’est évidemment le meilleur montage qu’on puisse souhaiter avoir puisque cela signifie avoir un vrai développement qui ne vous montre pas sous un jour complètement unilatéral, en clair vous êtes souvent en proie à un conflit intérieur, vous êtes développé. En terme de stratégie, de personnalité, de gameplay, c’est l’inverse total de la neutralité bête et méchante. Plusieurs cas de figure :

Le candidat à eu un temps de parole très généreux, des confessional complexes et riches en informations. L’essentiel c’est de montrer son attachement au jeu, à ses mécaniques et aux émotions personnelles ou celles d’autrui. Il faut être montré comme posé et pas comme quelqu’un qui pête les plombs gratuitement. Sinon, vous avez eu du « temps de caméra de qualité », vous avez montré votre importance dans le jeu, vous y tenez un vrai rôle, les autres parlent beaucoup de vous dans leurs propres interventions. Dans des cas exceptionnels, avoir une personnalité complexe c’est passer de UTR à OTT (voir juste après) dans un même épisode, bref ne pas être complètement linéaire sans paraître bipolaire, vous saisissez?

MIDDLE OF THE ROAD (MOR)

Uuuuun peu moins glorieux. C’est un traitement réservé aux seconds rôles, à ceux qui supportent les autres mais qui sont quand même devant la caméra. C’est déjà être plus visible et actif qu’un montage sous le radar mais ça signifie manquer sévèrement de développement. Vous êtes là à dire « Survivor c’est super waouh je suis content d’être là » mais pas grand chose d’autre… vous êtes un peu le narrateur de l’histoire sans trop y prendre part, sans dire qu’un candidat MOR est là pour décorer. Vous êtes… neutre, un peu là par hasard, vous pouvez avoir un discours stratégique mais sans véritable contenance derrière. Vous avez droit à une intervention? Elle est un peu gratuite et n’apporte rien au jeu. Vous avez une présence devant la caméra mais cette présence manque de « qualité » et de contenu. Encore moins génial, vous êtes un « supporting rôle », un acteur de seconde zone, bref vous « poussez » la storyline ou un personnage vers un rôle plus entier. Heureux?

OVER THE TOP (OOT)

Pas trop besoin de vous faire un dessin, c’est le fait d’être extrêmement simplifié par le montage, d’être montré sous un jour complètement unique à la limite de la caricature. C’est une distraction pour le téléspectateur qui ne passe ainsi plus de temps à voir les agissements du véritable futur gagnant et c’est un excellent appel d’air pour les DRAMAS en tout genre au sein de l’émission. On les adore, on les déteste ou on adore les détester, il n’y a pas de grosses nuances.

Le personnage Over The Top est la quintessence du personnage, justement! C’est « le super gentil » ou le « grand méchant » de l’histoire. Le forum Sucks utilise la définition du « personnage de cartoon », et bah voilà, exactement. Tout est dans la répétitivité et l’unicité du sentiment exprimé par ce candidat. La star de la saison ou d’un épisode, en quelques sortes. Cela implique une visibilité majeure voire fatiguante pour le téléspectateur et c’est un montage qui s’oppose directement à la personnalité complexe. Très important, le personnage OOT est toujours positif ou négatif, pas de demi mesures.

La deuxième partie d’un code consiste à mesure le « ton » d’un candidat. A savoir comment on doit se sentir pour lui, il va de PP (très positif) à Positif, en passant par Neutre (N) , Mixé (M) Négatif et très négatif (N et NN) – être mixé veut dire passer de l’un à l’autre dans un seul épisode, historie de faire subir un petit ascenseur émotionnel au téléspectateur. Quand, dans un jeu de confort, Jonny Fairplay commence à dire « Beuh ma grand mère est morte ouin » poue émouvoir les autres candidats juste avant d’avoir un confessionnal où il s’exclame « Bwahaha, cette bande de cons ont tout gobé, elle doit surement être en train de regarder Jerry Springer à l’heure actuelle » – c’est un M typique. D’ailleurs, il avait fini troisième et c’est la seule qui n’avait pas gobé le mensonge qui avait gagné la saison. Une scène importante et termes d’Edgic…

 Dernière partie du code, un chiffre entre 1 et 5 indiquant la visibilité du joueur pour un épisode, 1 signifiant « très peu » et 5 voulant dire « sur exposé ». On ne peut pas être plus qu’INV1, logiquement.

 Maintenant, si vous avez bien suivi cette histoire de code, petite devinette simple. Quel est le candidat OTTNN5 dont j’ai râbaché l’existence la saison dernière? Et voilà, vous avez compris.

Maintenant à quoi nous servent tout ces codes? Hé bien, pas mal d’observations observées au fil du temps pour spéculer sur l’identité du dernier survivant :

– Le vainqueur ne peux pas être INV. Jamais. C’est hautement improbable et encore plus lors du premier épisode de la saison, on doit en garder une image mentale minime.

– De la même manière, un gagnant n’est jamais trop OOT ou UTR. Il peut avoir ses hauts et ses bas mais tout ça doit rester nuancé.

– Le montage du gagnant doit aussi ne pas être excessivement positif ou négatif, il peut passer par les deux mais un seul ton donné est synonyme de défaite à un moment ou à un autre.

– Le gagnant est toujours entouré de gens qui sont sensés nous distraire de lui, on doit regarder autre part sans en être trop conscient. Ca peut justifier un statut MOR latent (et si vous avez vu Samoa vous devez immédiatement tilter à cette remarque)

– La victoire finale doit souvent paraître comme étant une surprise, subtile ou pas. A vous de voir!

– Si deux personnes sont présentées automatiquement comme une « paire finale », laissez tombez, ça n’arrivera jamais, à moins que la situation soit inévitable par définition ou par gameplay (si un couple se forme dans le jeu, attention)

– Le vainqueur est très copain avec le CP. Mais vraiment. Un peu comme David Et Jonathan.

Tenez! Prenons 16 Participants du Velvet. Mettons les quelque part, on les laisse s’éliminer les un après les autres, ont oublie totalement les immunités cachées ou pas et on ne pense qu’en termes de montages. Après 39 jours de jeu, une quinzaine d’épisodes et un ordre de sortie tiré au hasard, on obtient cette saison là :

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 Voilà les quelques observations qu’on pourrait en déduire : Tsuchi est sorti le premier après être passé pour un dingue, désolé! A l’inverse, la Vengeuse est sortie tôt mais son éviction paraît un peu injuste, elle fait un peu « sacrifice » et on doit se sentir mal envers cette sortie injuste. Meles a subi le traitement d’un personnage régulièrement abrasif mais qui s’est largement fait porter par la vague… de mon coté j’accumule la « complexité négative », il devait y avoir une grosse contrainte dans le jeu, sourtout si c’est pour sortir avec une image positive. Traquenard a un parcours très discret pour un casting à 16 et Nataka fait un très bon gagnant : régulièrement vu (un pauvre 2 et c’est tout) et roi du CP, même si il a du apparaître comme un « Villain » un peu nuancé. A mi chemin, on pouvait déjà miser sur lui et Zoneur aurait fait un très bon gagnant, également. Notez que Melow est la seule à sortir sur une petite visibilité. Voilà ce qui arrive quand on règle pas son micro, hé!

Voilà, j’espère que vous aurez réussi à cerner l’essentiel de cette science des prédictions selon le montage d’un candidat. Ca peut aller beaucoup plus loin, d’autres poussent l’analyse en faisant le pourcentage de « temps de caméra », en faisant d’autres unités à comparer (Evocation par une tierce personne, « image stratégique », etc) mais ça fait déjà suffisamment dingue pour nous en arrêter là. Maintenant, vous pouvez vous amuser à coller un code Edgic sur tout votre entourage, ou après une conversation sur Irc. Qui était INV? Qui était OTTP5? Qui était CPN4? Je veux des noms!

Ah et bonne nouvelle, rien de tout ça ne marcherait vraiment dans Koh Lanta. La mécanique tend davantage vers l’importance du « ton » que sur son type de montage, tout est donc à refaire…

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