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Petit post pour un film pas très maigre de deux heures pile. Ouais je me suis dit qu’il n’y avais pas assez de critiques flash de film ici… d’une part ça fait un peu revenir le blog sur ses origines honteuses, ça diversifie un peu les choses et ça me sort un peu de ce complexe complètement gratuit et idiot du « Ce post est pas assez gros, fin du monde, rajoutons du vide » 

 Mais ouais, autant exploiter tout ce qui est exploitable et The Social Network est assez exploitable. Pas un film millénaire mais un petit objet assez fascinant! C’est surtout les critiques qui valent le coup d’oeil : inhabituellement dithyrambiques. Télérama à lâché son bonhomme « Youpi » ce qui est trop rarissime pour être signalé et les sites de foux furieux élitistes à la Rotten Tomatoes et Metacritic le placent direct dans des hauteurs inexplorées…  l’argument principal du bouzin : « Il capte bien l’époque où il a été tourné. Quelle débauche! C’est pas une phrase qu’on sortirait habituellement pour un délai de six ans. Bon, honnêtement je ne comprends pas trop pourquoi… J’ai bien aimé, j’ai passé un bon moment sans vraiment m’emmerder où que ce soit mais de là à dire que c’est le meilleur film ever, wow, calmons nous. Le truc numéro 1 à savoir c’est que David Lynch est aux commandes – Si, vous savez, le gars derrière Twin Peaks, cette série assez démentielle où on apprends que Laura Palmer a en fait été assassinée par PaMmfmfmfffmf- ou Inland Empire, Elephant Man et bien sûr Mulholland Drive, que des films bien flippés… et là c’est intéressant de savoir qui il le cinéaste (zomg lol pas relu) pour remarquer ce qu’il n’a pas fait. J’y reviens, moussaillons.

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 The Social Network est donc un film qui, comme son très suggestif logo le … suggère, narre la création de Facebook et les pérégrinations de Mark Zuckenbarg, son créateur doucement barjo. Bizarrement, en allant voir le film un peu au hasard je me suis dit que le truc baserait tout son scénario sur notre fascination malsaine des chiffres et l’addiction des applications à la con façon South Park mais c’était ignorer toutes les étapes qui ont conduit le site à devenir Farmville avec un peu de réseau social – en gros tout est téléscopé autour de son créateur et des relations qu’il entretient avec le reste du monde. Après tout, c’est le créateur qui est sur l’affiche, pas la créature… et Facebook a d’abord été The Facebook, ouvert uniquement sur invitation et présentation d’une adresse mail universitaire.

Nous sommes en Octobre 2003, dans un pub vaguement british perdu en plein campus Américain. Mark entame un dialogue de sourd surréaliste avec une fille qui n’hésite pas à nourrir le délire ambiant. Ca s’échange des phrases courtes, les mots volent … personne n’y comprends grand chose, c’est un véritable petit instant dada. L’inévitable arrive, Mark se fait plaquer après être passé pour un bon gros douchebag des familles, il rentre dans sa chambre universitaire cosy pendant que le générique défile discrètement. Mark chope deux bières, commence à déverser son dépit sur LiveJournal et on assiste à l’une des séquences au rapport épicité de l’action/moyens cheaps le plus élevé qui soit – Mark va créer FaceMash, un site dont l’objectif est de classer les filles du campus par comparatif. Il « pirate » vaguement les albums photos des différentes universités, l’envoie à un paquet de connaissances et le truc fait le tour si vite que la matrice explose, la fin du monde, tout ça. A défaut d’avoir une bonne image pour l’administration et de passer pour un encore plus gros connard envers son ex, Mark s’est taillé une petite réputation dans le cercle des développeurs du coin. Il est rapidement contacté par les jumeaux Winklevoss, espèces de mastodontes robots apathiques qui lui propose de concevoir un réseau social interne nommé Harvardconnection… Mark s’engage mais il va surtout concevoir le réseau qu’on connaît bien, en collaboration avec son pote Eduardo Saverin qu’il engage dans l’entreprise fraîchement créée. A partir de là on suit le lent processus de montée en puissance du site, tout en ayant un aller-retour constant entre le passé et le « passé moins proche » : Mark est à la fois assigné par son meilleur pote et par les jumeaux. Que s’est il passé? Un élément de réponse : l’influence du très extraverti créateur de Napster, incarné par Justin Timberlake (et non ce n’est pas risible, il est en grande forme et plus que crédible) 

 Voilà pour l’histoire, qu’on connaît tous en substance, de toute façon. Je ne sais pas vraiment quel est le rapport entre la fiction et la réalité, le vrai Zuckenberg a juste déclaré que c’était une réalité factuelle très romancée, rien de bien surprenant quoi, toutes les grosses lignes restent véridiques. Y’a pas grand chose de concrètement passionnant dans le film, j’entends par là qu’il n’y a strictement aucun réflexe de grand film d’action… je précise inutilement qu’il n’y aura pas de bagnole qui flambe ou de gunfights mais l’enjeu dramatique en lui même est complètement inexistant. La fin de l’histoire, vous devriez la connaître : Mark Zuckenberg est richissime, un peu solitaire, c’est tout.

Si je devais résumer le film en trois mots ce serait un combo du genre – faculté – personnage – verbeux. Ouais, on y parle énormément. Tout le temps, partout, c’est juste une énorme logorrhée de 120 minutes, la seule minute de pause sera une séance d’aviron à la limite du fantastique. Le seul petit instant Lynch, tout à fait délicieux et très symbolique de la victoire d’une idée sur une autre… enfin, de leur propriétaire.

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 The Social Network est donc un film intéressant pour ses personnages, enfin pour son personnage, son Mark Zuckenberg. Je serais curieux de savoir comment le modèle a pris son imitation… l’original a toujours la banane jusqu’au oreilles. Là, Mark est très bougon, petit génie très au courant de cet état de fait, j’adore ce genre de personnage… le genre de mec au Q.I. tellement élevé qu’il en devient incapable de raisonner « normalement » tant ce qui lui traverse la tête bouleverse son sens des priorités. J’aime bien le traitement qu’il reçoit à l’image, à la limite de l’autisme… impossible de lui retirer une émotion, toujours en train de tripoter quelque chose, plus à l’aise avec le code qu’avec les gens, ne quitte jamais ses tongs de maître-nageur, prompt à la Diatribe sans sourcillement aucun : le petit Mozart true neutral dans toute sa splendeur. Le gimmick du film réside dans les premiers et derniers mots prononcés à son encontre : « asshole ». Claaaasse, de toute façon c’est pas comme s’il n’était pas perverti par l’argent, je doute qu’il ai actuellement du mal à payer son deuxième tiers provisionnel. De l’autre coté il y a Eduardo, propre sur lui, le businessman de l’affaire et le woobie de l’histoire. Globalement, ce rôle de second lui offre directement ticket une place de dindon de la farce. Il va le voir venir, il va penser l’éviter, ça va lui exploser à la gueule, sans échappatoire possible. Dommage! La cause de tout ça, Sean Parker, est un génie au look et au vocabulaire de gangster. Vous voyez le Merovingien dans Matrix? C’est un peu le même rôle, celui qu’on soupçonne de pactiser à la fois avec les gentils et les méchants, l’intarissable moulin à paroles qui pense contrôler l’intégralité de l’histoire mais qui va pêcher par excès de confiance : Sean Parker remplit bien ce cliché. A l’aise avec tout le monde, jeune riche, il s’immisce rapidement dans le projet The Facebook au grand dam d’Eduardo qui sent venir la couille dans le potage. Lequel des deux va gagner? Ah, il ne faut pas raisonner de façon trop binaire… puis au milieu, les jumeaux, futurs champions olympiques, ils ont la tête, les jambes et l’attitude robotique difficile à supporter. Bref eux aussi vont se faire coiffer au poteau mais leur attitude noble et Poudlaresque ne va pas les aider. Pas grand chose à retenir, si ce n’est une vaste scène de « QUIET YOU » donnée par le président du campus, à la fois très jouissive et très cruelle pour des gens aussi à cheval sur leurs principes. Pas de demi-mesures, Zuckenberg est un petit génie mais c’est un salaud un peu opportuniste qui n’hésite pas à larguer ce qui devrait être le plus important. Certes c’est le plus jeune milliardaire du monde mais ce dernier plan où il attends quelque chose qu’on a tous fait est tellement révélateur!

Enfin, il est assez intéressant de zieuter à quoi ressemble le cadre « universitaire » du film. Malheureusement, si comme moi vous avez le fantasme des longues étendues d’herbe avec des étudiants compulsant leurs notes sagement vous pouvez voir un autre truc, là c’est surtout des scènes d’intérieur devant des ordis. Par contre le poncif de l’étudiant est bien présent : de la bière partout, un jeu à boire sera même à l’origine du recrutement de l’un des futurs collaborateurs de Mark. Des ordis, des appartements en co-location, des séances avec Bill Gates (parce que oui, c’était Bill Gates, andouille, apprends à lire) et un cours magistral très crypté sur du bazar de développeur. C’est assez marrant de constater cette retranscription de l’ambiance Ivy League, surtout après la délocalisation en Californie où là c’est ambiance Spring Break à fond : nanas, piscine, rails de coke et rails de coke sniffés dans les seins d’une nana sur une piscine, bref je sais pas si Zuckenberg a vraiment vécu tout ça mais la touche Sean Parker donne au film une dimension un peu fofolle, un peu éclairée qui fait un peu poche d’air après une première heure presque intégralement nocturne ou cloîtrée. Un peu too much (la scène en boite fait vraiment Mérovingien, pour le coup) mais acceptable… parce que la globalité du film inspire une ambiance très tendue de la gestion du pouvoir, de l’argent… comme si le monde dépendait des décisions prises par trois geeks fortunés. C’est comme dans Bakuman ou autre jeu de Cartes-pour-enfants, le moindre truc semble prendre des dimensions très awesome – vazi je rentre une ligne de code et je SAUVE LE MONDE ! Sans aucun artifice de réalisation, tout paraît propre, clean, pas le moindre plan « perturbé », à peine deux ou trois scènes en steadycam, rien de plus. On est vraiment loin de Seven…

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 Donc un excellent film, pas le film du millénaire mais son succès critique est dû à son très haut niveau formel : on ne peut pas lui reprocher grand chose. C’est carré, impeccable, rien ne dépasse, tout est millimétré, on dirait un morceau de Dream Theater. Tout le monde y joue bien, c’est passionnant comme une tragédie grecque et après tout nous sommes une cible privilégiée, j’approuve avec vigueur.

 Edit : HAN PUTAIN. J’ai confondu Lynch et Fincher en sortant Seven. C’est assez grave et je vous invite à bien le souligner que je ne sorte plus une énormité pareille… voilà ce qui arrive quand on écrit un truc devant le poste en pensant à autre chose!

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9 Responses to F5 F5 F5

  1. Arez says:

    Je sais pas comment te dire que tu confonds David Lynch et David Fincher. Alors voilà, entre ne pas confondre David Lynch et David Fincher et confondre David Lynch et David Fincher, tu as choisi
    de confondre David Lynch et David Fincher. 

  2. aliosha says:

    Telerama n’a pas fait que lâcher son smiley « yahou », y a eu un duel pour/contre ! :p

  3. X4713R says:

    Tu vas te faire lyncher !  *se barre loin, très loin*

  4. Petrif' says:

    Ouais tu vois du coup, c’est la seule chose que le monde retiendra de ton article, et le fait que ça arrive en début, annule tout le reste sis en deça. BRAVO !

     

    Du coup, je ne vais rien commenter en rapport, je vais plutôt commenter un vieil article de ton cru :

    « Ton passage avec les dauphins m’a rendu fou, j’ai cru perdre un oeil. GG en tout cas ! »

    (et toc)

  5. Thomas says:

    C’est bien de signaler la faute maintenant faut la corriger pour les lecteurs pas avertis ( Fincher/Lynch) mais au final j’arrive pas trop à savoir ce que tu en as pensé? Pour moi c’est un très
    bon film, techniquement impeccable au rythme soutenu et au sujet passionant sans justement être trop grandiloquent. Tu en reproches beaucoup de choses par rapport à ta conclusion, par contre
    c’est pas que « carré, impeccable, clean », justement un film de deux heures ou ça fait que parler et vite en plus c’est pas « académique » dans le paysage culturel et cinématographique actuel.

  6. Kaeso says:

    Ehhhhhh, et les petits textes avec les zimages? ='(

  7. Anonymous says:

    Il s’appelle Mark Zuckerberg, le héros ?

  8. Meles Badger says:

    Tsss, confondre David Lynch et David Fincher, merde quoi !

    La scène WTF de l’aviron est bien extra mais je te dis que si ça avait été David LYNCH (parce que c’est FINCHER qui a réalise The Social Network, et pas l’autre David, c’est clair ?), il en
    aurait fait un truc encore plus WTF.

    Et si film est franchement bien, c’est surtout l’OST que je trouve juste supra-géniale (la musique foutue avec la mise sur internet de FaceMash = chef d’oeuvre, je l’affirme haut et fort o/)

  9. Maimoune says:

    Chouette film! Je retiens la musique, qui est super prenante. Pour le coup, ça m’avait fait plaisir de reconnaître Trent Reznor au générique. Ah oui, et le morceau des Beatles de la scène finale
    est absolumetn poutresque.

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