Daily Archives: 24 octobre 2010

Achtung baby

Magie des dates et des coïncidences, il y a pratiquement un an pile c’était la grande Wright-Party avec le très-en-retard test du troisième volet de la première trilogie de simulation de visual novel juridique, dans cet ordre. Ca clôturait ainsi une saga parcourue sur une longue durée, saga terminée avec énormément de plaisir, sans aucune redondance ou véritable moment de faiblesse, c’était très bien, tout simplement. Pour continuer dans la fière tradition, je m’étais payé en juillet dernier Apollo Justice, le quatrième volet de la saga… mais sorti en troisième positions dans nos contrées, si vous vous souvenez bien. Dans le contexte ce n’était pas si gênant que ça puisque la timeline bouleversée permet pas mal de libertés et de champ d’action à imaginer pour ceux qui ont le troisième épisode en « trou » mais faire les choses dans l’ordre chronologique a toujours un petit je ne sais quoi de plaisant. Maintenant, manque plus que ce fameux volet avec Benjamin Hunter, que je devrais me prendre en Avril pour continuer dans le même timing mais je doute que la barrière de la langue soit vraiment franchissable. On verra… en attendant, Apollo Justice est le vilain petit canard de la série des Ace Attorney. C’est un fait avéré, tout les fans sont d’accord, cependant cela revient un peu à dire que le Sierra Leone est un pays peu engageant par rapport au Liberia – la trilogie Phoenix Wright est excellente et Apollo Justice est très bien!

Si je me sens obligé de justifier tout ça c’est parce qu’il a le malheur d’avoir une « aura de déception » autour de lui. Les fans le jugent un peu incohérent, pas super bien branlé (omg vulgarité) et accusent certains pans du scénario. Bon, là encore on va procéder de manière très prosaïque, je vais tenter d’expliquer en quoi le jeu peut décevoir et en quoi il reste incontournable pour tout fan de la série qui se respecte.

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 Apollo essayant de soutirer du charisme à Godot maaaais ça ne marche pas

 Le titre pose les bases : ce n’est pas Phoenix Wright 4 mais bien Apollo Justice… la jaquette présente le même gimmick de graphisme, c’est bien édité par Capcom – pas de doute, c’est bien la même série, les gars ont juste pris un très gros risque en changeant complètement le point de focalisation du personnage principal. Nous sommes 7 ans après les évènements de la trilogie (donc quelque part vers 2019) et on incarne … Apollo, jeune avocat à la défense fraîchement diplomé. Redondance? Oui, volontairement, il a une explication derrière tout ça et pas la peine de désarçonner les néophytes qui commenceraient la série par ce volet. Après avoir passé une petite quinzaine d’affaires très intenses avec Phoenix et compagnie, les cartes sont totalement redistribuées : Phoenix est votre tout premier client. Premier choc franchement intense. Votre sidekick attitré est Vérité Wright, fille … du célèbre avocat. Les dates correspondent mal? Ah ah, naïfs enfants. Ce tout nouveau duo de choc va donc se taper quatre affaires totalement inédites, affaires qui prennent totalement en compte la timeline de la première trilogie, références poussées à l’appui. En sept ans, Phoenix a perdu son badge depuis une sombre affaire perdue et cette incertitude sera votre fil rouge, avant d’avoir des réponses dans un grand final plus ou moins épique, comme d’habitude. Cependant, le changement est radical est les petits repères habituels sont balayés. Exemple méga jouissif : vous ne lirez pas UNE SEULE FOIS le mot « MAYA » dans le jeu. Idem pour Pearl ». Le nom des Fey n’y a aucune pertinence et ça fait un bien fooouuuuuu! Ce jeu est comme une deuxième sphère, un deuxième univers qui viendrait s’incruster légèrement au premier : les deux coïncident, co-existent logiquement. Pas de procureur Hunter, pas de Dick Tecktiv qui vient constater les morts qui semblent vous poursuivre. Toute une batterie de nouveaux personnages… et encore, ceux que vous connaissez déjà auront bien grandis, logiquement.

 En termes de gameplay, pas grand chose ne change. On garde cet éternel système du papotage – recherches d’indices – je présente mon badge à tout le monde pour faire progresser les choses – je lis des trucs – procès etc. Le point and click dans toute sa splendeur, on interagit moins qu’on progresse dans l’histoire. Cependant… à la manière de l’affaire bonus du tout premier jeu, le soft original était fait pour la DS, ce qui donnera via diverses facilités de scénario l’occasion de vous amuser à tripoter et à souffler sur l’écran, relevez des empreintes, faire des tas de trucs fascinants. Ce qui est dommage quand on sait que ces phases sont toujours imposées au joueur, à un temps donné. Ce n’est pas latent, une fonction secondaire, ce sont des impératifs et c’est un peu chiant, ça donne pas mal de futilité à un mécanisme qui n’en a pas besoin. D’un autre coté, vous allez tripoter une table de montage! Petit moment rigolo qui nous montre clairement que les gens derrière le jeu ont toujours de bonnes idées.

Bon par contre Apollo a pas de Magatama, lui. Good bye les psyches-locks, on en revient à ce système de présentation d’objet qui peut parfois être un peu random. Il y a un palliatif pour cela, qui intervient pendant les phases de procès : Apollo dispose d’un bracelet qui lui donne de « l’instinct ». Dans un contre interrogatoire donné, vous devez repérer un « tic nerveux » sur le visage du témoins, un truc qui changerait sur tel ou tel mot de sa déposition. C’est à la fois sympa et frustrant puisque vous aurez toujours la bonne idée, la bonne intention de base, la bonne phrase à analyser en premier mais on peut pas toujours les yeux partout et ça devient rapidement frustrant. Dans le fond, le coté « HAN TU VACILLES J’AI ENVIE DE TE DIRE MENTEUR » est super discutable mais c’est pas aussi dérangeant que le massacre latent du code civil bien de chez nous alors… disons que c’est un plus de gameplay qui ferait bien de rester unique au jeu, c’est un élément qui lui colle une identité bien propre. Après, à vous de faire preuve d’un poil d’intuition et de chance, j’ai de mon coté utlisé mon joker soluce-internet-par-jeu sur une histoire d’aisselle. Qu’on se le dise! 

 Mon grand kiff par rapport à ce jeu c’est les personnages… à commencer par Apollo. Alors là c’est vraiment au cas par cas, vous allez bien l’aimer ou le détester, difficile d’y aller dans la dentelle. Au moins, c’est un mec vraiment différent de Phoenix, on distingue bien les deux, parce qu’Apollo est quelqu’un de très, vraiment très,
cartésien, pragmatique. Mr Resetti est en colère, Hope est boulet et Apollo Justice se tape nombre de monologues intérieurs pour se dire à quel point la vanne qui vient d’être lancée était pas drôle… Ce mec est vraiment très premier degré et possède un comportement un poil enfantin qui peut énerver, vous savez, le genre de gars à dire « zut » comme si c’était une insulte. C’est pas Tintin mais on s’y approche dangereusement… mais moi j’aime bien Apollo. Je sais pas trop pourquoi, je me sens proche du personnage, allez savoir, puis cette animation de procès où on le voit se mordiller les lèvres est assez irrésistible. Bref j’aurais plus tendance à aller dans la direction du personnage dont le gêne « adorable » est juste très enfoui mais bien présent. Son sidekick, Vérité, est… le sidekick le plus appréciable de la série, et je pèse mes mots! Après trois rounds de Maya, Vérité est (*hum hum super mignonne hum j’aime bien fixer son cou hum*) un vent de fraîcheur qui fait du bien là où ça faisait mal©. Là aussi cette attitude très enfantine, très naïve mais pas aussi chiante que Maya pouvait l’être… bon le chara-design aide un peu, le haut de forme et la cape sont indéniablement cools, il va sans dire. Le personnage est charmant, voilà.

A la place de Dick Tektive c’est Emma Skye… la gamine de 15 ans de l’affaire 1-5 a bien grandi et est devenue un personnage cheap de CSI un peu blasé de la vie. J’aime bien ce contraste total de personnage car la Ema est devenue un peu reloue a ne jamais écouter et à grignoter son paquet de Snackos© sans jamais réagir à rien. Gloire, la gamine est devenue une tsundere modérée, joie et paix sur la terre! Elle n’a jamais de réelle influence sur le scénario en tant que tel mais elle fait plus agréable qui Dick Tecktive qui se plaisait beaucoup trop dans cette attitude de flic émo, bref. A la barre, en face, c’est Konrad Gavin. Rockstar la nuit, ce mec est peut être un peu lisse… dans la trilogie de base Phoenix se faisait toujours un peu dominer, avec les honneurs, parfois physiquement. Là, on a l’impression que le procès pourrait se faire sans procureur tant ce dernier fait décor. Il vous lance quelques vannes, fait de l’air guitar mais il est très conciliant dans votre progression, il est pas méchant. Là ou Godot était charismatique sans être offensif, Klavier fait plus gros poseur. Tout ce background wakenroll améliore un peu le perso (et son thème musical déchire) mais c’est un peu faible de ce coté là.

Après difficile de s’engager dans le reste du casting sans spoiler, disons qu’on ne retrouve aucune personnage dont le nom est à base de mauvais jeu de mot, ils sont toujours plus « thématisés » dans leurs costumes et leur petit monde à eux. Je retiens une bonne gestion des accusés, plus mémorables que dans les deux premiers… et les coupables sont souvent prévisibles. Dommage, à ce stade le joueur devient très au courant des réflexes de scénario dans lequel il progresse et le jeu lui donne rarement tort. En tout cas, un bon
casting, attachant.

apollo-justice-1.jpgComme à son habitude, la première affaire sert de tutorial subtil : le niveau de difficulté y reste quand même assez respectable et vous ne verrez pas toujours immédiatement ce qu’il faut voir. C’est une unique phase de procès qui vous familiarise avec les « contrôles » du jeu, vous défendez Phoenix dans une sombre histoire de meurtre dans un restau paumé. La thématique du procès? Le poker! A la fois prévisible et imprévisible, l’affaire passe un peu moins bien si jouée juste après Trials and Tribulation. Ca reste une affaire très importante qui pose la trame de fond du jeu, à la manière du précédent.

 La deuxième affaire est un peu bizarre… au début, tout semble très fouillis, très vague, très incompréhensible. Les personnages semblent chiants, sans personnalité, sans charisme, on se dit « omg ça y est c’est la fin de la série, seppuku, adieu » mais c’est une grosse feinte! Ce qui est à la base une triple histoire de délit va tourner court et vous vous retrouvez à défendre un petit caïd de la mafia. Il est extrêmement important de noter que l’intrigue tourne autour de la culotte de Vérité et de son contenu, oui m’sieur-dames! Pas de grosses incohérences à part un point qu’il faudras venir fouiller plusieurs fois sans véritables raisons derrière, à moins que l’idée vous vienne spontanément mais c’est pas garanti. Là aussi, l’affaire passe moins bien si vous enchaînez AJ à TT puisque cette affaire utilise un tropes interne à la série… qui vient d’être utilisé. En gros : si votre radar à coupable s’active, c’est qu’il y a une raison !

 La troisième affaire me faisait très peur : dans un jeu sensé être décevant, la troisième affaire est toujours discriminatoire puisque toujours la plus faible, même dans le manga. Étrangement et c’est probablement un cas unique, ce chiffre ne correspond pas à une thématique sucrée/joyeuse/festive, là on est plus dans le cadre de la musique, de la scène et ses coulisses. Une affaire très passionnante, ce qui n’était pas gagné vu le faible nombre de lieux à parcourir, cette fois. Cette promiscuité occasionne des dommages collatéraux, il faut présenter des objets un peu improbables à des personnages tout aussi improbables pour faire progresser les choses, parfois. C’est frustrant mais pas autant que cet espèce d’esprit « vide juridique » que tout le monde à dans cette affaire : tout le monde y cultive le flou et les zones d’ombre, c’est assez incroyable. Sans être vraiment incohérente, cette affaire possède de grosses velléités à la simplicité, à l’amnésie chronique pour ainsi dire. Certains rebondissements sont soit trop voyants, soit trop visibles, soit juste étranges, sortis de nulle part. On aime bien se sentir en sécurité dans cet univers, j’entends par là dans un univers rationnel, là y’a deux trois libertés de prises qui peuvent être gênantes. Cette affaire est probablement celle qui vous coincera le plus! Et Daryan Crescend est un perso peu supportable! Logique!

 La dernière affaire ne surprends pas dans le sens où elle s’axe enfin sur le « il y a sept ans ». En revanche son déroulement désarçonne et vous allez être surpris sur pas mal de trucs… c’est uniquement à se stade que tout le scénario du jeu se déroule et il va falloir être prêt à faire des concessions, sur la place de Phoenix et d’Apollo dans le jeu, en tout et pour tout. Pas de module spoiler ici, je peux pas étayer mais finir le jeu laisse une impression très étrange… surtout couplé au fait que l’affaire n’est pas très longue! Le procès final se torche beaucoup trop rapidement, là où les dernières séquences promettent toujours beaucoup d’épicité (je me souviens nettement m’être tapé le dernier procès de TT entre une et six heures du matin) et le rythme y est un peu inégal. Bon en revanche son scénario y est très solide et elle vous plonge dans l’univers très plaisant d’une famille d’artistes et de magiciens, super excuse pour avoir des persos aux fringues un peu bariolées. Des surprises, une fin très précipitée et des conséquences un peu amères sur la globalité du jeu parce que ouais pour le coup c’est deux ou trois gros coups dans l’eau et ça éclabousse les fesses au passage, dommage. Ca n’empêche pas l’affaire d’être très sympa à parcourir.

Je vais pas faire une liste de synonymes, Apollo Justice n’est pas aussi décevant que ça, c’est un très bon jeu. Quatre nouvelles affaires, un casting très attachant, il va juste falloir faire quelques concessions de temps à autre mais un nouvel opus de la série ne fait jamais vraiment de mal hein. La traduction y est toujours aussi
bonne sauf dans un procès de la troisième affaire où toutes les fautes d’orthographes y sont bizarrement concentrées, comme si ils avaient repris le traducteur roumain de Justice For All. Comme d’habitude, de nouveaux thêmes musicaux, une quatrième musique de contre-interrogatoire, tout ça. Désarçonnant mais retombant bien sur ses pieds et avec pas mal de talent : j’aime.

 Maintenant je vais enfin pour me lancer dans la trilogie Layton!

N. B. : Les Score Games/Micromania sont nombreux à lâcher des Rock Band 3 par pure flipette de concurrence. Si vous en êtes un heureux possesseur, je vous hais. Si mon colis n’arrive pas à la date prévue à cause d’un quelquonque mouvement social, je pourrais faire un très bon mec à défendre dans un futur Ace Attorney!

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