Monthly Archives: septembre 2010

I ain’t freaking

  Ah, l’été, sa programmation nostalgique, les rediffusions du Prisonnier, les interventions tout à fait nécessaires de Phillippe Manoeuvre et la très concentrée saison des festivals… nous les Parisiens, on fête … la fin des vacances et le retour au boulot. En même temps, si Rock en Seine serait le 15 Aout je sais pas si l’affluence serait la même… C’est donc sur cette réflexion bien débile que je vais pouvoir entamer mon petit rapport obligatoire sur cette huitième édition du festival, un peu ce qu’il y a de mieux en Ile de France. Bah ouais, la programmation de Solidays est toujours catastrophique et prendre le train pour voir autre chose… je sais pas, on est pas des rockstars non plus. Bref Jean Paul Huchon, la ville de Suresnes et le conseil général francilien nous financent ça, merci à eux parce que c’est déjà pas mal. 

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Huitième édition et mon deuxième passage (après une annulation expresse en 2008) – l’an dernier c’était le gag Oasis, vous savez, le truc qui m’a fait râler les douze mois suivants. Le festival continue à gagner en popularité, les groupes invités « s’étoffent » de plus en plus et je me suis dit que ça aurait été une bonne idée de renouveler l’expérience, au mieux de découvrir deux trois trucs. La programmation alliait encore une fois éclectisme, petit nouveaux à encourager et grosses pointures… en ce qui me concerne c’était surtout la présence des Queens Of The Stone Age qui m’émoustillait – QOSTA qui reste un peu dans mon top 3, voire un peu moins! C’était déjà assez frustrant de rater le premier set de Them Crooked Vultures ET l’apparition surprise de Homme avec les Eagles Of Death Metal, il était temps de profiter de son re-retour avant qu’il se lasse définitivement…

MAIS vous en avez peut être fait l’expérience, un concert est un évènement culturel à fort potentiel murphyque – que ce soit pour l’organisation en elle même ou pour vous. Rock en Seine à la particularité amusante d’être un festival maaauuuuuuudit : Amy Whinehouse qui se débine en 2007 puis en 2008 en tête d’affiche, le petit imprévu de l’année dernière que vous connaissez bien, mais le truc que personne ne souligne c’est le fait que l’un des derniers concerts des Rita Mitsuko étaient aussi à ce festival, c’est à partir de ce moment que Fred Chichin n’allait plus bien… et cette année quelqu’un à écrit le nom de l’ingé son des Two Doors Cinéma Club dans un Death Note, bien joué, bonne idée. C’est même pas fini puisque une semaine avant le festoche, c’est le chanteur d’Où est le Swimming Pool qui se jette d’un lampadaire et sa réception n’était pas terrible, derp derp derp. Ca a un peu ruiné le Pukkelpop et sa programmation foldingue (je suis super jaloux une fois)
Dommage car le groupe était sensé être une bonne surprise, leur line-up promet un petit erzatz de pop électronique très second degré comme on les aime… quoi qu’il en soit, c’est fini pour eux. Dommage… mais il manquait encore un évènement intra-muros pour confirmer cette fameuse malédiction.

De mon coté la billeterie m’a donné des boutons : ma ponctualité légendaire m’a dit de faire comme l’année dernière, de prendre les billets trois jours avant sans jamais se soucier de rien. Grand bien m’en fasse, le festival commence à atteindre ses limites et le Samedi – jour crucial puisque jour des QOSTA – affiche complet mi Aout, j’apprends la nouvelle un peu médusé. Du coup il faut jouer à la roulette russe – se rendre sur le site du festival le jour même à dix heures en essayant de choper l’une des 200 places disponibles, à prix renforcé pour fans courageux! Je suis donc rentré exprès de vacances un peu plus tôt et, dans un souci certain de ne pas rater les choses à moitié, j’ai laissé mon compagnon de festival s’occuper de la manoeuvre… encouragé par le bon résultat du Vendredi matin, je me dis que ça aurait pu passer sans soucis. Dommage – ne confiez pas cette genre de tâche à un mec qui a un pc qui rame – et j’avais plus que mes yeux pour les baisser comme le dernier des émos. Attention les enfants! Réservez vos billets à l’avance si vous voulez vraiment voir un groupe spécial!

Symbole donc : après avoir occulté le Dimanche l’année dernière, c’était mon seul jour de présence cette année là (han han- han han-) alors quid de la programmation le Vendredi et Samedi? Le premier jour était pas franchement fascinant. Blink 182 occupait le jeton Punk de cette année et ça nous en fait une belle, honnêtement il y a encore une demi heure je confondais ce groupe avec Sum 41. Skunk Anansie, par contre… dommage. Les Foals et Kooks ont très probablement assuré un spectacle plus qu’agréable, je suis un peu plus dubitatif pour Kele Okereke en solo puisque l’année dernière devant Bloc Party ben on s’emmerdait ferme. Pas grand chose de fascinant à part ça… en fait c’est le Samedi qui faisait appel d’air.
C’est d’autant plus dommage puisque les concerts eux mêmes étaient plus équilibrés : en jonglant entre les scènes, il est toujours possible de voir au minimum les deux tiers des concerts, la programmation est mieux étalée que les précédentes éditions sans qu’on se marche vraiment dessus. En revanche la métaprogrammation est moins équilibrée, ils ont foutu trop de gros monde au milieu! LCD Soundsystem, ça bute! Stereophonics, ça bute! Plan B, pas mieux, le titre « She Said » doit vous dire quelque chose avec son trap de chanteur et son très très entêtant riff de cuivres. Bizarrement, et ça me console un peu, il parait que les Queens Of The Stone Age étaient franchement mous, comme la confirmation d’une tendance loin d’être récente chez eux. J’aurais pas boudé mon plaisir, quand bien même leur set était sans grande surprise (un Song For The Dead en live doit être un truc à voir au moins une fois dans sa vie) c’est dommage mais duralex etc. Massive Attack a beau avoir une énorme aura, j’ai du mal à croire que le concept même de live puisse être possible pour eux. J’imagine bien 20000 gus devant la grande scène en train de parler à leurs voisins pendant ces petites progressions d’ambiances qui ne sont pas super énergiques à 22 heures…

Moi de toute façon à cette heure j’étais en train de lire les incroyables tomes inédits de Maria Holic que je recommande si vous êtes fans de l’univers. On a donc fait notre programme et hop, le lendemain à 14 heures, en avant prendre le tramway direction domaine de saint cloud, lieu et tunnel magique où les pipoles ont des accidents de motos/bagnoles et en perdent leur jambe/la vie! Devant la boutique Harley Davidson! La vie, parfois, c’est comme une boîte de chocolat.

Alors direct : les contrôles – personne n’aime se faire faire vider son sac, se faire palper et se plier à un gorille à lunettes mais autant je peux comprendre qu’on vérifie l’absence d’alcool dans la besace, à quoi bon nous confisquer tous nos bouchons. WHAT WHERE THEY THINKING. Je pige pas, c’est une blague, un jeu, ils se sont dit « tiens imposons leur une condition d’entrée aléatoire : on les mets torse nu, on leur dessine une croix gammée sur le front? Non, confisquons les bouchons, ils auront l’air bien con » je ne comprends fondamentalement pas d’où vient cette bouchonnophobie surprise. On pourrait faire quoi avec? Les jeter sur les artistes? Alors qu’on peut leur lancer un gobelet consigné à la gueule?
Y’avait une crainte de marché noir de bouchons? Non parce que mon jet de kharma s’est mal passé, j’ai cru plus pratique de ne pas prendre une grande bouteille mais trois petites gourdes
d’un demi litres. Me voilà les bras chargés de flotte à ras bord, à traverser le parc devant les grandes eaux avec aucune autre solution que d’arroser le domaine. CHIANT § Et du coup, toute la journée tu vois 1 mec sur deux (véridique, sur à peu près 30 000 personnes) avec sa pinte ou son demi à la main, tu meurs d’envie de faire pareil mais tu sais que tu as pas envie de vouloir pisser là bas. M’enfin –

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Re-situons un peu les choses, le très grand domaine de Saint Cloud couvre une superficie conséquentes et abrite trois scènes – l’Industrie, la Cascade et la Grande Scène, comprenez petite, moyenne et grande place devant, la popularité du groupe est donc proportionnelle à la taile de capacité de son public. Bizarrement, on verra pas un duo au nom à coucher dehors (du genre « I am un Chien ») sur la grande scène… apparament l’affluence de cette édition fait qu’une quatrième scène va être installée. Imaginez un quatrième point d’eau construit dans un jeu de stratégie en plein désert : c’est tellement plein de promesses! Plus de groupes, au pire une meilleure répartition. Au milieu, les boutiques de bouffe tout azimuts et les différents sponsors. On savait franchement pas ce que certains foutaient là (genre Nivéa avait engagé des nénéttes en uniformes qui te tendent un flyer en disant « Vous-êtes-en-état-d’arrestation-prenez-donc-ce-coupon-cadeau » avec un joli ton morne de greluche) et d’autres étaient un peu plus dignes d’interêt : les jeunes talents dans une salle à part, l’inépuisable comptoir Heineken, Kinect et Just Dance en essai… des trucs rigolos mais pas toujours dans le sujet.

Wow, j’ai réussi à aligner tout ça et je suis toujours pas entré dans le sujet, justement! On se pose donc tranquillement à la Cascade devant le tout premier concert de la journée, Wallis Bird. Une petite irlandaise solo au sourire fantastiquement communicatif – typiquement le cliché de la folk singeuse sans le coté négatif du mot « cliché » : c’est super bien. Cette fille donne une pêche incroyable – ces morceaux ne le sont peut être pas, péchus, mais c’était une prestation qui restait en tête, tout comme ses mélodies simples et parfois très vocales. Y’a même pas mal de gens qui s’emmerdaient sur scène : les coeurs avaient pas toujours quelque chose à faire! Wallis bouge, saute, gratte, sort les phrases d’usage et les blagues d’usage ( En anglais dans le texte « Wah, je pourrais dire n’importe quoi, les gens feraient quand même ouaaaais » ) nous présente Mandy sa mandoline avant de la gratter un peu… pendant le solo transitoire de batterie, elle s’enfile une bouteille d’Eviant et vient s’occuper de la caisse claire devant un public hilare, franchement un spectacle excellent. Pas le genre de truc mémorable pour toute la vie mais tellement rempli de bonne humeur et de sourire spontané, mmh. Ca passe très vite, on doit faire un choix et on décide d’ignorer royalement Success, un énième duo électro Parisien Justice-Wanabee mais sans le sex appeal – les quelques trucs écoutés la veille avaient rien d’engageant. Direction la grande Scène pour la fin du Set des Temper Traps, inconnus au bataillon. Là on est plus dans le vif du sujet, dans la mouvance très gentiment psyché contemporaine. Voix haaaaut perchée et guitare délayée à fond + écho, pas incroyablement mémorable, pas grand chose à dire. Toute la journée aura consisté dans un grand ping pong entre ces deux scènes, le deuxième service commence avec les Black Angels. Gros son, c’est saturé de partout, on sent que les gars sont fans du Velvet (Underground, bande de petits malins) et qu’ils kiffent les Doors. C’est tout à leur honneur mais là aussi, grande neutralité, pas de gros souvenir sur une quelquonque originalité.

Les choses redeviennent un peu sérieuses avec Eels. Un truc très étranges, rempli de paradoxes et ce dès le plumage : je sais pas si vous avez vu quatre ZZ Tops habillés en costard blanc, ça n’a pas de pris. Le leader et chanteur ressemble comme d’eau gouttes d’eau à Sébastien Tellier, carrure et barbe abondante comprise. Musicalement, on a l’impression que les mecs ont voulu ratisser tout le spectre musical – que ce soit au niveau des reprises avec un Twist and Shout à leur sauce (fantastique) une ballade super gentille qui ressemble à un copier coller d’Un Coup de Soleil (un coup de je t’aime) sans que ça soit foncièrement mauvais, et vazi que je te prenne la gratte et que je te sorte un super morceau bien rockabilly pour faire danser le peuple. Entre les morceaux, le mec est muet comme une tombe, nous on lêve les yeux car au dessus le ciel est toujours aussi gris, la crainte de la punition divine est forte toute la journée mais ne se concrétise pas. Ca reprends sur de la ballade bien dépressive… et hop de retour au high-tempo, dans le jazzy cette fois. A part une petite période de vide en plein milieu, pas de temps mort pour E. et ses potes. C’était super classieux et varié, merci les gars. J’ai une dalle assez folle, je tiens plus debout donc c’est parti pour l’un des innombrables stands de bouffe sur le pouce, le choix est énorme mais le premier kébab venu fait un bien fou. Il reste plus beaucoup de temps avant 18 heure, horaire fatidique et on passe tranquillement devant Wayne Beckford, dandy/crooner/skevouvoulaÿ qui, à la surprise générale, se permet une reprise de You Really Got Me. C’est con parce que c’est le seul morceau de lui qu’on a entendu en entier, difficile de lui forger une identité musicale!

Non, vraiment, pas de temps à perdre – c’est l’heure de Beirut. J’avais de grosses attentes sur ce groupe et wow, cette absence magique de déception. Je vous invite à taper ce mot magique sur Deezer et de vous laisser emporter par… au hasard Nantes – morceau introductif de ce concert. C’est franchement moins émouvant qu’en live mais le coup d’oeil vaut se vaut.  Emmenés par Zach Condon, Beirut est un group qui n’utilise aucune forme de guitare. Ukélélé au pire, sinon du piano, de la trompette, beaucoup d’Accordéon… Zach est trés francophile et il kiffe ce petit cliché qui est tellement merveilleusement utilisé ici. Ca ressemble à du Emir Kuzturica en lent, en tellement émouvant et inspiré… le p’tit Zach nous lance des phrases françaises toutes mignonnes avant de souffler dans son impérial TUBA. Pendant ce temps les Roms se font virer, nous on se tape avec délice cette ambiance très balkanique, portée par une voix juste impeccable. Assez magique, je dois l’avouer, à surveiller de près.

Il commence à y avoir vraiment beaucoup de monde. Vous n’aimez pas les conventions? Ne venez pas à Rock En Seine. Ou excluez la fosse de base, préférez tenter votre chance pour essayer de faire votre trou sur le coté dans les buttes, la vue y est pas mal pour poser ses fesses. Les distances à faires sont assez correctes et faut pas se perdre de vue avec ce bain de foule constant, surtout quand la nuit commence à tomber. Nous on continue notre petite journée musical avec Fat Freddy’s Drop, le genre de set à 8 personne qui fait du ska et du reggae… mais avec un bon gros look de geek chic! A l’oreille c’est du reggae, donc pas fantastiquement énervé, un mot qu’on ne collera à rien de toute façon : de manière générale, le Métal à Rock En Seine c’est le samedi. Ploum ploum tralala, de retour devant la grande scène pour les Ting Tings. Ca doit vous dire quelque chose, leur premier album « We Started Nothing » était un franc succès il y a deux ans… là aussi une très grosse promesse d’énergie et de gros tubes. C’est une configuration à la White Stripes mais totalement inversée : fille qui chante et mec maboule batteur, couple ou pas, personne le sait. La fille fait franchement moins jeune que sur la pochette de l’album ou les clips de Shut Up And Let Me Go ou Great DJ… mais quand les premières notes de We Walk résonnent, on sait qu’on va passer un bon moment. Pas d’inédits, grossomodo tout l’album plus des extraits du prochain et que du bon gros son rock indé, très percussif, très rythmique (ça veut dire que dalle dans le contexte mais je me comprends) on tape dans nos mains avec VIGUEUR. Ces deux là sont assez calés en termes de refrains catchys et c’est avec joie qu’on peut refaire comme devant Wallis Bird et hurler des « Woooooooohohooo » ou des « Houuuuhaaaan » en rythme avec le batteur, folie. Sur scène, des gars font tourner des pancartes avec des mots random dessus, ça doit être un hommage au mouvement DADA. Bref le summum de la musique ultra efficace à l’anglaise et quel bonheur de reconnaître les grands tubes avec ces lignes de basse démente. On a même eu droit… à l’intro de Ghostbusters, mais pas au morceau entier… DOMMAGE! Des reprises, des reprises partout. Crowning moment of Funny : la fille qui lit son morceau de français sur un papier avec des vrais gros mots dedans, irrésistible.

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La nuit tombe, transition avec Roxy Music, les petits chouchous de m’sieur Huchon. Rock Viril à l’ancienne, très propre sur soi, un peu précieux mais rien à jeter : ça vire tendrement au psyché rock avec des morceaux qui avoisinent le quart d’heure, interminable solo de guitare à l’appui. Pour prendre un repère, c’est une formation de 71 et le revival est plus que sympa. Brian Ferry est un mec charismatique, il est un peu tard pour taper dans le glam rock (Hé oui, aujourd’hui, être glamour c’est s’habiller comme un camion, c’est être Ladygaga. DEPRIME) maaaaaais c’est une bonne leçon à nous, jeunes fougueux des années 90 élevès au punk californien et nourris aux grands classiques par Arte. Le rock en costard quoi, je dirais même plus – Roxy Music, ça ROXXE. Voilà voilà.

On perds pas notre temps car on se doute pas du monde présent à attendre Arcade Fire, un tout petit peu la tête d’affiche de la journée. Il est un peu moins de 22 heures, on y voit plus grand chose mais pour progresser dans la foule il faut marcher sur des gens et se trouver un endroit stratégique pour pas avoir un géant devant soi – c’est de toute façon inconcevable, cf lien murphyque du début – et c’est parti pour la troisième apparition des canadiens à Saint Cloud. Ready To Start direct, la foule sautille trois secondes après le début du concert. Arcade Fire c’est franchement bien hein, pas la peine de paraphraser, c’est trois albums très sérieux mais très aboutis – dont deux enregistrés dans une église – où une très grosse variété d’instruments viennent se mettre au service de compos belles à pleurer mais toujours aussi anxiogène – un peu l’adjectif qui colle au mieux les vidéos bouclées projetées en fond, seul gros élément scénique de la journée. C’est peut être ce qui manque le plus à Rock en Seine, on est super loin d’un Wayne Cole avec ses tonnes de ballons lâchés, ses mains géantes à la gondry et sa bulle King Size dont il se sert pour marcher sur le public. Rock en Seine eux, ont ajouté des chiottes…

Accordéon, harpe, banjo, tout y passe, l’ambiance est progressive à souhait (sans les pétards) mais ça y est, ça tombe enfin à grosses gouttes. La bonne grosse pluie contre laquelle tu ne peux pas grand chose, si ce n’est enfiler ton KWay ou sortir ton parapluie, on devait être les seuls du festival à avoir aucun des deux. Je me souviens du type qui, après que je mette l’emphase sur le fameux drapeau pirate de la grande scène et la récurrence bizarre des drapeaux bretons dans la foule – il m’avait dit « En Bretagne il pleut que sur les cons » – il avait tort.

Arcade Fire sous la pluie a quelque chose de très envoutant et de très… cosmique et inoubliable mais le vent est fort et la flotte va directement sur la scène, tout le septuor en prends pour son grade. Ca vous apprendra à souligner la dette mondiale de la France, NA. La francophone prends le micro pour nous dire que tout va pêter, que l’électrocution est proche et qu’ils doivent protéger le bouzin rapidement, même si ils veulent vraiment continuer à jouer pour nous, c’est sincère. Dix minutes se passent, des gens se barrent, tant pis – le truc sera raccourci et Rock en Seine se termine par un Wake Up à l’acoustique. Mémorable mais quand je vous disais que le festoche était maudit… d’autant plus dommage car les Crystal Castle ne jouent plus et j’aurais pas été contre un peu de chip music. Hé ouais les gars, des samples basés sur des sons 8-Bits, vous avez peut être entendu Alice Practice dan Skins, par exemple… mais une Gameboy dans la flotte, ça fait pas bon effet.

Une bonne journée, des bons souvenirs. La boutique est toujours aussi formidable, je suis reparti avec un petit sac en toile et le Portfolio Rock’Art. C’était une excellente idée de l’année dernière, faire illustrer les 45 groupes par autant d’illustrateurs différents (par exemple l’année dernière, l’affiche Oasis a été assurée par Maliki. Je dis ça…) ils ont donc renouvelé l’expérience et c’est toujours aussi bien (sauf quand un illustrateur à l’oeuvre très moche tombe sur un truc que vous aimez, cherchez les Ting Tings par exemple) objet indipensable pour les collectionneurs, cet art de l’affiche est une excellente initiative. M’en suis pris deux pour être prudent et ils ont pris l’eau, merci kharma! Bref des découvertes, je met l’emphase sur Beirut, indéniable découverte de cette édition. Tenez, je vous ai ramené un petit souvenir, on m’a gentiment tiré le portrait…

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 Update : Et donc l’autre pokernouille vient directement étayer mon propos avec sa robe en viande et en se déclarant « la personne laplus ouverte d’esprit du monde! »

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Club de paranoïa légère

Here it goes, here it goes, here it goes again – huh

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 Flashback! Il y a grossomodo un an et des cacahouètes je me tapait avec enthousiasme la review d’Hinamizawa, le village maudit a.k.a Higurashi no naku koro ni. C’était bien, plutôt intelligent et passionnant pour un anime assez pauvre techniquement. L’avantage dans le mode de visionnage c’était un rythme imposé : un épisode par jour, tout le mois d’août, histoire d’avoir une bonne grosse saga estivale – c’est toujours mieux qu’un truc français avec Francis Huster. Hé ben j’ai décidé de volontairement attendre toute une année pour reeeeeeeeenouveller l’expérience et me taper la deuxième saison, très astucieusement nommée Higurashi no naku ko ni kai. Je sais pas ce que ça veut dire, je me souviens juste que ça veut dire « et » en grec (faites pas gaffe, je révise plein de trucs) et donc après m’être gentiment teasé en Septembre 2009 avec le premier épisode, j’ai ré-attendu cet été pour me mater le fameux arc des « réponses ». La fin de la première saison est nébuleusement nébuleuse pour tout cartésien qui se respecte et là, paf, des réponses qui ressemblent à peu près à quelque chose. Surnaturelles ou pas, avoir des réponses est toujours tellement gratifiant dans ce genre de format, surtout moins d’un an après la fin de Lost qu’on essaie toujours de digérer chacun de notre coté à notre manière.

  C’est donc exactement dans les mêmes conditions que je me lance, tout les jours blotti dans mon pieu (lit DEUX PLACES! DEUX! Le reste de l’année je me retourne, je me casse la figure!) vers une heure trente que je me met un épisode, un peu moins légaux cette fois ci (je ne pense pas que Kai soit licenciée en France mais alerte conditionnel extrême) – le très gros plus c’est qu’en parallèle je me matais dans la foulée un chapitre du visual novel. Vous aurez tout à fait le droit de croire que bizarrement, la deuxième moitié en anime se regarde très bien en parallèle avec la première moitié à lire. Étrangement, beaucoup des premières scènes du VN sont des storylines d’épisodes préliminaires d’Higurashi Kai – vous vous douterez que les parallèles sont des scènes légères sinon ben on serait bien fins.

 Alerte spoiler intégral sur la première saison, fatalement. N’hésitez pas à vous référer au premier lien pour avoir une idée du principe de cet anime…

  Résumons nous. Nous étions dans le petit village fleuri d’Hinamizawa et il s’y passe quelque chose de très étrange, un phénomène qu’on a tous envie de vivre une fois ne serait-ce que pour le fun : les habitants – et donc les personnages principaux ont la manie de ne pas survivre au mois de Juin 1983. Et ça, même Sébastien Ruchet n’y peux rien, on nous a montré que les choses tournaient mal avec cinq angles différents. Souvenez vous :

 – Dans un arc, Keichii se sent attaqué, pête un câble et bang bang massacre Mion et Rena à la batte avant de mourir dans d’étranges circonstances

– Dans un autre arc, Shion est tellement obsédée par le frère de Satoko qu’elle va globalement assassiner tout le monde avant de mourir dans d’étranges circonstances

– Dans un troisième arc, Rena découpe des corps et le pouvoir de l’amitié cache les morceaux mais tout le monde meurt dans des circonstances étranges

– Dans un arc qui passait par là, Satoshi se fait taper par son oncle puis tout le monde clamse dans des… conditions bizarres.

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 Souvenez vous du point commun à tout ces arcs : la fatalité semble toujours s’abattre au festival local de la purification du coton. Quelqu’un est tué, quelqu’un disparaît, inexorablement! Tout l’enjeu était d’essayer de tirer le surnaturel du meurtre bien humain, chose si peu évidente dans la première saison où le seul début de réponse semblerait être l’intervention d’Oyashiro, la déesse locale. L’élément bonus étant la façon dont les futurs cadavres semblent en finir, une sombre histoire d’ongles et de jugulaires irritées – tout ça sous la pérennité des grandes familles locales qui n’ont pas les apparences pour elles. L’acmé de la première saison hésitait même pas à sortir la carte des alien et des vers sous-cutanés, un joyeux bordel qui aura des réponses de plus en plus concrètes…

 On lance donc le première épisode sur 24 en découvrant un nouvel opening, toujours aussi faussement sirupeux mais malheureusement un poil plus kitsh… qu’importe, l’esprit est conservé et quel plaisir de retrouver le « han han ha né niii » à l’envers à la fin du générique! La première image nous informe directement : Kai conserve son système d’arcs mais surprise, le premier épisode sonne comme un bilan de la première saison, une sorte de figure de style qui explicite ce que serait Hinamizawa de nos jours si n’importe lequel
des scénario de la saison 1 ce serait bien passé. Mystère, boule de gomme et un peu d’audace sur le développement de certains persos et le deuxième épisode nous replonge directement dans la routine. On retrouve ce réflexe qui m’avait un peu agaçé l’an dernier mais qui passe un poil mieux après l’avoir lu – un épisode lambda, toujours en début de mois de Juin où toute la petite bande vit sa vie insignifiante. La MULTICOLORATION de leur cheveux est toujours aussi effective (elle va même subir un upgrade, mais chut) et les persos sont toujours… ben vous voyez où je veux en venir. Mion a toujours son flingue et son taser si peu cachés, Satoko fait des HO HO HO HO et fout des pièges, des pièges partout – Rika nipaaaaah nano desu yo nano desu nipaaaah et Rena embarque tout ce qui est méga kawai à la maison, ce qui fait que quand elle trouve Rika mignonne, ça fait un – tenez vous bien – HAU OMOCHIKAERI NANO DESU YO NIPAAH et elle peut aussi tomber dans un piège de Satoko qui fera alors HO HO HO en mettant la paume de sa main sous son menton.

Ok, je suis peut être un peu lourdingue dans mon approche mais cette méga accumulation de running gags m’ont toujours un peu perturbé et m’empêchait un peu d’apprécier les personnages à leur juste valeur, notamment avec Rika dont le coté « loli » est souligné à l’extrême pour immédiatement contraster avec autre chose juste après. C’est perturbant… on devrait appeler ça le « Syndrome Hitgirl », que je digère toujours pas vraiment. Le souci c’est cette culture du contaste qui fait que certaines séquences « humoristiques » ont vraiment l’air sorties de nulle part et ça contribue au fait qu’on puisse penser qu’un épisode d’Hinamizawa pris à part pourrait, de façon envisageable, être considéré comme un léger nanard. C’est bien évidemment faux mais ça pourrait y contribuer… car difficile de cracher sur des personnages qui vont prendre toujours aussi cher. Tiens, j’oubliais, le docteur nous joue la carte du lolicon passif en début d’anime… je ne comprendrais jamais la pertinence de ce gag, dans Excel Saga c’était drôle, là… ça sort d’une dimension inconnue de tous.

 Joie intégrale et rutilante, l’esprit de Kai est le même. Au début, tout va bien puis les choses déconnent de façon flamboyante, les pertes sont significatives, on compte les pertes et on y retourne. Cependant, l’approche n’est plus vraiment la même. Une cohérence interne aux arcs y est infiniment plus poussée et les arcs y sont vraiment plus déséquilibrés, pour tout vous dire… il n’y a que trois arcs! Spoiler la temporalité de la saison n’est pas rédhibitoire donc disons qu’on a une belle configuration en 5-8-11, tous ensemble tous ensemble, but, but. Le premier cas de figure ressemble à tout ce qui a été vu dans la saison 1. Le deuxième est plus « Genre Savvy » et essaie lui même d’arrêter ce qui semble inéluctable, le troisième explique le pourquoi du comment derrière un autre degré de pourquoi du comment. Pas évident de crypter les données pour pas trop en dire! Disons qu’il était pas nécessaire de faire plus d’arcs que ça, c’est une excellente configuration et là aussi, ça trouve une excellente justification, contextuellement.

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 Par contre même dans le premier arc des trucs tournent pas rond de base : Mion et Shion y cohabitent, ouvertement, sans que ça dérange personne. Étrange! Rika fait des crises de somnambulisme et parle toute seule la nuit. Le frère de Satoko est toujours un dossier dangereux à évoquer, Tomitake est toujours là, la blonde très laconique idem et on ne sait toujours pas si Oishi est juste le flic sympa et bedonnant qu’il a l’air d’être où le connard surprise carriériste qu’il a aussi l’air d’être, c’est ça le véritable pouvoir des bretelles. Attention, disons les choses d’une autre manière : toute la saison à une mentalité différente. Nettement moins gore, bien moins choquant et sanglante, les amateurs de globules rouges en auront toujours pour leur grade mais l’ambiance global est nettement plus posée, à la limite du polar. On espère, on espère on espère, les grandes espérances montent et… comme on est dans Hinamizawa, l’ascenseur émotionnel fait son boulot. Et soudainement, une petite facilité de scénario ajoute un personnage qui facilite l’éclatement de la vérité… mais ce personnage est plus ou moins évoqué dans la saison 1, ca garde un certain sens.

 Du sens tiens. Après avoir maté les deux saisons en format questions/réponses allers/retours, c’est une bonne question de se demander « Est ce que tout ça avait du sens? » Honnêtement, oui. Le seul truc que j’ai pas pigé c’était la séquence finale, complètement gâchée par l’atroce traduction fansub au google trad des derniers épisodes. Dommage mais ce n’est qu’un juste retour des choses, je suppose… disons que oui, Hinamizawa garde une forte cohérence, entre ses épisodes, ses arcs, ses saisons. Le contrat de confiance (hé oui.) n’est pas aussi voyant que dans la première mouture puisque là les évènements sont bien plus simple à « accepter »… comme d’habitude, rien n’est vraiment montré au hasard, tout trouve rapidement une justification et si vous arrivez à avoir un peu d’avance sur l’anime, bien joué.

  Globalement, l’anime garde les mêmes forces – l’année dernière je mettais l’emphase sur l’ambiance qui se démarquait. C’est malheureusement un phénomène beaucoup moins visible puisqu’ici on a pas vraiment le temps, l’introduction est déjà faite! De la même manière, le spectateur est presque « blasé » et certains cliffhangers ne sont plus aussi surprenants. Ca n’empêche en rien Higurashi Kai d’être toujours aussi passionnant, sans aucun temps mort… et on s’implique toujours autant pour les persos, d’autant plus que le rapport de force dans la narration est franchement plus changeant, Keichi est (presque) un personnage secondaire sur l’intégralité de la saison et le focus va pas hésiter et s’expoter plus que prévu, comme dans Umineko. La vraie héroïne de la saison c’est … une fille qu’on voit picoler dans le troisième épisode. Rassurez vous, elle a l’âge légal. Normalement. Enfin, pas vraiment… enfin pff, vous aurez saisi la perche.

Quand je disais qu’on s’implique toujours autant pour les persos, vous vous souvenez à quel point c’était agréable de voir la détresse totale de Satoko dans la première saison? Ben là c’est super, ils nous la refont en version deluxe. Ce passage c’est un peu mon arrachage d’ongles pour Kai, la souffrance de la Satoko maltraitée est pas méga supportable. C’est d’autant plus étrange puisque la focalisation de cette storyline n’a pas vraiment de sens cette fois… là je dois avouer que je sèche un peu. Bref les persos se font massacrer et la distanciation liée à la répétition est toujours là mais cette fois il vont au casse pipe et ils en sont conscients. Vous admettrez que ce n’est pas la même chose et un fail ne prends pas la même ampleur qu’un massacre surprise!

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 De là à dire que tout prends une explication cartésienne? Plutôt. Bien sûr les choses peuvent prendre une proportion inattendue mais en matière d’explication, pratiquement rien n’est laissé sur le carreau. Après, des explications applicables à la vie de tout les jours… on aurait déjà la série du même nom et le petit malin qui aura cité FlashForward n’est qu’un tout petit monsieur.

D’autant plus que Flashforward, bah techniquement c’est pas mal, c’est filmé. Là on retrouve les mêmes bizarreries : réflexe éternel des sourcils transparents, tons de certains doublages un peu étranges, certaines séquences atrocement mal animées (sauter d’une fenêtre sur une voiture n’a jamais été aussi hilarant) c’est dommage que la narration et la technique soit pas au même niveau, c’est le petit truc qui manque qui ferait d’Hinamizawa un anime vraiment et légitimement culte. Les sauts d’humeur sont mieux marqués, cependant. Je reviens juste sur ce loli-symbolisme qui me gratte vraiment entre les veines du cou (le quasi baiser de l’ending… m’énerve. Ca n’a pas de sens. Ce n’est pas esthétique. Ni symbolique. Pour-quoi?) mais bon faut pas croire, mais dans le kitsh on y trouve des trucs intelligents, comme ces petits plans pièges qui spoilent… sans qu’on le sache, c’est formidable. Je rale, je rale mais les qualités de l’anime sont évidente et le visionnage est nécessaire après la première. De toute façon, on ne peut pas terminer grand chose sans qu’on ne re-mette une séquence finale bien incompréhensible…

Mais vraiment de justesse extrême hein, bande de canailles avides de sang et de narration audacieuse. Et dès maintenant, si vous vous apprétez à mater la deuxième saison, exercez vous à trouver le big bad de cette histoire, car il y en a un. Plutot bien caché, plutot peu prévisible, mais votre-mileage-peux-varier. Personellement, j’ai été captivé, bien emporté par le truc et j’ai eu des réponses, contrat rempli.

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Fridge logic

  Hop là j’ai discrètement fait deux trois changements de design. Des petits bugs, des trous ici et là que j’aurais du corriger depuis longtemps, vous aurez aussi remarqué les petits changements habituels mais cette fois tout tombe en même temps, c’est formidable. Je vais essayer de continuer à modifier d’autres petits trucs de temps à autre, vous en pensez quoi?

Aujourd’hui c’est grande thématique limbes et perception de la réalité. Sortez les ingrédients suivants : carte bancaire, manette 360 et cinéma Imax. Mettez votre toque et allez sur le Xbox Live/le PSN télécharger la démo de Limbo, c’est franchement excellent. Maiiiiiiiis… un très gros critère influe pas mal sur l’achat de ce petit diamant brut, autant savoir où on met les pieds.

De temps en temps, les plateformes mettent en valeur un petit jeu de … plateforme (hé oui) indépendant, créé par une équipe de génies blottis dans une cabane au fin fond d’un pays froid. Pensez à Braid, petit machin très cérébral qui jouait sur les paradoxes temporels… fin Juillet dernier, c’est au tour de Limbo (comme les limbes, pas la danse bonne pour les abdos) de sortir et la comparaison entre les deux softs est assez légitime. Moi je préfère en parler via Heart Of Darkness, peut être que vous vous souvenez de ce jeu PC. Ce jeu à douze ans mais dans le même contexte Limbo aurait peut être pu sortir en format Playstation, de la même manière. Heart of Darkness c’était un jeu de plate forme en 2D où vous controllez un gosse à la recherche de son chien dans un monde démoniaque si peu amical, basiquement chaque pas faux pas était synonyme de mort immédiate et il fallait refaire et rerefaire tout les tableaux
pour piger les puzzles, éviter les monstres, raisonner convenablement. C’était très beau, très bien fichu, franchement difficile mais peut être un peu court…

Limbo c’est un peu ça mais version 2010. Un êtat d’esprit tout à fait différent et le jeu se télécharge via Internet… mais sur console, concept encore un peu impensable à l’époque. Le scénario? Il est très très light – disons que le petit bonhomme souffrant de conjonctivite cherche sa soeur dans un monde tout aussi hostile. Si dans Heart Of Darkness tout n’était qu’un rêêêêve, dans Limbo en revanche… surprise, mais si vous connaissez bien votre mythologie vous avez une idée de la « situation de base » – et c’est donc fatalement un peu glauque.

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 C’est un peu le gimmick du jeu – la différence de degré entre un plateformer mignon 2D qu’on attends toujours (comme Rayman l’a été) et la gravité qui transpire à grosses gouttes dans Limbo. Il me semble que le jeu est estampillé +18 car il comporte un certain nombre de situations qui peuvent vraiment mettre mal à l’aise! De base, tout vous faire la peau – vous allez mourir, remourir, mourir quinze fois de suite comme dans les meilleures séquences d’Umineko, et le fait que le personnage principal soit un clone du petit Nicolas n’y change pas grand chose. Ca broie, ça brule, ça se noie, ça craque… souvent, la première mort procure un petit frisson d’effroi car l’excellente balance sonore du jeu fait qu’on ne retombe pas dans les mêmes pièges, par pur effet Pavlov! Le jeu propose une option pour censurer certains paramètres, ce que je suppose être les effusions de sang et certaines animations de décor un tout petit peu déprimantes. Vous vous souvenez de l’effet Don Bluth? « On peut faire tout subir à un gosse du moment qu’il y a un happy end » ce jeu applique littéralement et étrangle ce concept à la fois, il faut y jouer pour le croire… On ne dirait pas mais ce jeu fait un peu peur. Une séquence en début de partie est pas méga évidente à appréhender si vous aimez pas certaines… bestioles… les Danois du studio Playdead (hin hin) savent jouer avec ce qui nous fait hérisser les poils de la nuque et nous on aime subir ça. Pas mal!

Je suis très fan des jeux à ambiance et Limbo ne se base pratiquement que sur ça. TOUT est minimaliste dans le processus, pas par excès de flemme mais bien par choix esthétique! De base, dans les commandes, il suffit d’aller à gauche, à droite, de sauter et de faire les habituelles actions basiques (pousser, tirer, activer) avec un troisième bouton. C’est tout! Tu catapulterais le jeu au dix-neuvième siècle en plein roman de Balzac, le premier gus venu serait intrigué, prendrait la manette en main et irait le plus loin possible. Au moins ce serait plus captivant que les éternelles descriptions des romans mais je m’égare – disons qu’il n’y a pas d’ornements, le menu principal est là, on lance le jeu, un bonhomme se réveille dans la forêt et le but du jeu va être d’aller de ce point A à un point B, comme un très grand niveau d’Heart Of Darkness justement (et je me demande si un gus à réussi à capturer toute la « map » de Limbo, je serais curieux de voir la distance que ça fait) à l’image, c’est des nuances de gris et un très habile jeu de focalisation. La caméra zoome et dézoome, sauf à la fin du jeu où une vision d’ensemble et parfois conseillée… le tout sur une espèce de petit grain façon « vieilles images » extrêmement bien travaillé. Bref c’est du rétro mais à la sauce moderne, léché jusqu’au bout des ongles. A l’oreille, il ne se passe pas grand chose. Du vide très pesant, le vent, divers effets sonores… et pas de musique à proprement parler. C’est pas évident à décrire, il y en a mais ce sont des pêches qui accentuent certaines grosses énigmes du jeu, parfois dans esprit très dissonant… si vous aimez les bruits étrangement angéliques quand vous fuyez des canons automatiques, vous allez être servis. C’est tout en demi mesure, on s’habitue au silence, on se laisse bercer par les effets sonores très mécaniques, c’est incroyablement planant. Le jeu est très fluide, la variété des environnements n’est pas folle mais on se surprends à être dans un contexte complètement différent sans avoir vu passer de transition… c’est très Ovidien, tout coule de source, on passe de la forêt à une ambiance plus urbaine, c’est un peu bouclé. Je pense que j’ai exprimé au mieux mon ressenti sur le sujet, Limbo se vit très intensément.

Gros MAIS cependant. Le jeu accuse du très embêtant syndrome Portal : il faudra entre trois et quatre heures pour le terminer la première fois, une heure pile pour le finir en fonçant sans mourir une seule fois (ce qu’on finit par faire puisque le dernier succès impose un run total en moins de cinq morts) ce ne serait pas si embêtant si le jeu coûtait 1200 MP, soit quinze euros… je pourrais vous recommander d’aller voir un walkthrought sur Youtube mais le plaisir de la découverte perdrait tout son intérêt. Dans un tout autre ordre d’idée, le jeu n’hésite pas à être sadique quand il est carrément pas intuitif. C’est inévitable, dans ce genre de jeu vous allez rester bloqué et ça SERA frustrant – mais le peu d’explications oblige certains expériences pas toujours justifiées. Il est même possible que vous trouviez une solution plus tordue que la sortie classique mais au moins cela vous débloquera un « oeuf » caché, Gés à l’appui. Il faudra s’attendre à un certain nombre de frustrations, et quand bien même ce qui est demandé est bien compris, l’exécution de la chose n’est pas nécessairement évidente (je pense à une séquence bien précise de « manipulation » qui risque de prendre du temps) donc l’esprit « trial and errors » est tout à fait authentique sans être vraiment chiant. Le truc est globalement plutot facile, les checkpoints sont vraiment bien placés… pas grand chose à reprocher à Limbo finalement. Je pense pas que le jeu soit vraiment péteux ni vraiment ambitieux non plus. On peut pas lui coller cette étiquette de simplicité bien foutue mais ce sens de l’esthétisme et de l’ambiance qu’on retrouve dans World Of Goo, aussi avec les petits clichés inhérents au genre (le coté gravité aléatoire, notamment) Honnêtement, c’est cher payé mais je suis persuadé que ça vaut le coup. Ca se fait presque en une fois, on y reviendras pas nécessairement après mais le montrer à quelqu’un d’autre en une traite est une autre possibilité. Faites vous une idée sans trop rentrer dans le vif du sujet, c’est cher payé mais un achat qui procurera un bon moment certain.

Sinon, vous avez vu Inception? Probablement, le gimmick de l’été c’était texto « Inception ça bute » lu et relu partout le long du mois de Juillet. J’ai ENFIN pu voir le truc ce mois d’Aout et effectivement, à la différence de Kick Ass où là j’étais furieusement mitigé ça faisait longtemps qu’un film ne m’avait pas retourné la tête comme ça, m’avait procuré un tel enthousiasme à la vision des crédits de fin. Soyons honnêtes, une fin de ce type c’est ce qu’on craignait dès le début – on fait son petit Genre Savvy et ça arrive… d’une façon tellement originale : le twist, c’est qu’on sait pas si il y en a un ou pas. Je peux pas m’empêcher de croire que c’est vraiment intelligent.

D’habitude les blockbusters de l’été peuvent allier qualité et sortie d’été, toujours en paradoxe avec les merdouilles qui cachetonnent. The Dark Knight était un bon film ET un blockbuster, là Inception va un degré au dessus et nous prends même pas pour des cons, bien au contraire. Han regardez, j’ai même fait un petit schéma!
Inception.pngHeureusement que le film nous prends un peu par la main mais quel talent dans l’exécution les enfants. Autant prendre de l’avance et sortir les trucs un peu chiants du film : trop de gunfights – encore, toujours, tout le temps. La séquence -3 est énormément alourdie par ça, c’est bien sûr justifié dans le contexte mais autant de balles qui touchent magiquement leur cible, d’autant plus que le team badass n’est elle même jamais touchée (enfin… pas exactement tout le monde) et c’est là que le concept de rêve reste vachement flou. Pas mal de gens reprochent aux rêves eux mêmes de ne pas être assez « fous » mais honnêtement, comment représenter ça cinématographiquement? Même Jan Kounen serait pas assez fendu pour retranscrire ce genre de concept impossible. Là aussi, explication dans le contexte : le sédatif accélère le cortex ce qui rends tout plus réaliste et cartésien. Mmmh moui… d’autre part, cette impression de « malaise du réel » est très bien fichue : on repère bien la quenelle dans la première scène. Des trucs ne collent pas, les plans ne sont pas raccords, des éléments bouges, les transitions sont absentes, une tonne de trucs qui te font implicitement sentir mal à l’aise. Le problème c’est que ce syndrome se retrouve dans ce qui est sensé être la réalité : juste après que Cobb tourne sa toupie dans les vécés (et elle tombe, aporie donc) la scène sur le toi est TRES SUSPECT. Eames sort de nulle part, la photo du dossier change à chaque plan… et dans le canon c’est la plus haute sphère de réel. Problème…

Deuxième souci : la scène d’intro est donc intimement liée à la fin. Je ne comprends pas pourquoi les deux séquences sont reliées – la première est donc un cash test au niveau -2 sur Saito sans aucun rapport avec l’Inception. Retour du gimmick de l’homme qui attends de mourir seul, cette fois dans les limbes – deux éléments tout à fait différents. Alors pourquoi? Ca étayé la théorie de la « toupie qui tombe pas » voire celle de la « aucune importance » puisque si tout ça doit être pris un niveau au dessus, les règles de la réalité et du non-réel n’ont plus aucune valeure! Si tout le film est un rêve en soi, pourquoi se coltiner la notion du réel en elle même, vous voyez ce que je veux dire? Un beau bordel, et diantre quelle surprise d’y voir Ellen Page – la voir se réveiller cinq fois de suite serait un plaisir sans nom sans le bruit bien chiant des spectateurs derrières qui mâchent leurs cheveux…

Pas mal de questions inhérentes donc. On sait pas si c’est pas plutôt Cobb lui même la victime de l’inception (ce qui impliquerait une vaste machination mais soyons très philanthropes) ou si Mal était dans le vrai (à propos, qu’est ce que je saque pas cette assimilation de la France à Edith Piaf. Ca me rassure dans le sens où Cottilard n’a du coup aucune valeur stricto sensu diégétique dans le film, son passage le plus concret est un flashback ahah. Mais bon sang, dans le reste, ce truc est démentiellement maîtrisé. Des éléments peuvent sembler flous mais au final tout trouve du sens à un moment ou à un autre – Fisher qui sort des chiffres au hasard juste pour qu’ils prennent de l’importance sans qu’ils aient de sens, c’est brillant. Le persuader que son parrain veut le faire chanter pour faire semblant d’explorer son inconscient afin d’amorcer un autre mécanisme d’autopersuation, c’est encore plus brillant mais putain qu’est ce qu’il faut prendre des notes mentales. Les grosses interrogations restantes c’est les histoires d’aller retour – il suffit de mourir pour monter d’un niveau, check. En cas de sédatf, limbes, et on est pas conscient de pas être dans la réalité d’où éternel souci, check. Du coup pourquoi le couple suicidaire Mal/Cobb est représenté jeune? C’est une histoire de projection et de souvenir ou… et le prétexte d’entrée au niveau -4 m’a toujours semblé méga flou : on entre dans le subconscient de Cobb pour y sauver Saito et Fisher mais qu’est ce qu’ils y foutent? Pourquoi les limbes serait « LE » niveau de Cobb et pourquoi cet espace serait général, partagé? Pourquoi un ascenseur tomberait sans pesanteur? Enfin, la question la plus rigolol du lot et laissé à interprétation : Si tu es assez peu doué pour mourir dans les limbes, l’univers explose? Encore une histoire purement théorique qui n’aura aucune réponse résolument cohérente mais on est tellement porté par l’action à l’écran…

Petit souci mineur, je ne recommande pas de le revoir en VF. Honnêtement je ne pigeais rien dès qu’un mec avait un accent, le son était pas génialement fichu…

C’est peut être un peu dommage que DiCaprio décolle pas des rôles de naufrages en tout genre (et le trauma de la femme morte revient donc depuis Shutter Island, un film sur l’autre donc, dommage) mais le mec a comme d’habitude flairé le scénario bien intelligent, rempli d’acteurs badass et de tableaux franchement improbables. C’est typiquement en voyant ce genre de film que je me demande ce que sera le même type de cinéma dans 20 ou 30 ans, des concepts probablement impensables aujourd’hui seront peut être mis à l’écran, où autre chose, tout est possible. Franchement, ça me fait toujours tergiverser ce truc… qu’est ce que je peux aimer me faire retourner le cerveau par la fiction américaine.

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 Que Patrick Bouchitey me tripote! J’ai téléchargé, joué et fini un visual novel. Ca pourrait mettre fin à cette espèce de malédiction intangible qui fait que je ne toucherais jamais au genre mais à force de tourner autour et de le tripoter… même si je dois admettre que je suis un peu de mauvaise foi : dans ma logique un visual novel doit nécessairement être une sorte d’histoire interactive, un fantastique prétexte pour vous plonger dans une histoire où le héros principal (et par extension vous, parce que c’est de vos hormones qu’on parle) est entouré par un harem de filles aux couleurs de cheveux et d’yeux improbables et va devoir, à un moment ou à
un autre de la narration, faire un ou plusieurs choix qui va sceller votre conquête ou vous mener la tête la première dans une
bad end (souvent une mort dans d’improbables circonstances cosmiques) l’objectif du truc est simple : choper le profit et voir les scènes H les étoiles dans les yeux. Pour être exact cette définition méga raccourcie désigne plutôt un éroge (prononcer « érogaÿ ») qu’un visual novel qui pourrait simplement se limiter à une histoire simple, à la Narcissu (et si vous voulez mon avis et c’est un peu le but du jeu, Narcissu c’est un peu chiant) – donc jusque là je suis un habitué des Phoenix Wright, j’avais téléchargé le premier eroge crétin venu il y a 15 mois (mais si, souvenez vous, grand moment de gloire) mais il n’y avait pas de choix… et là je vais exposer un visual novel sensé devenir un eroge… qui n’a pas encore de scènes H, car seule l’introduction est disponible. Au final, ce n’est rien d’autre qu’un petit livre numérique bien décoré, le contrat ne sera pas rempli pour cette fois !

 Du coup pourquoi faire un post sur ce visual novel là? Ben, on parle de Katawa Shoujo, y’a pas grand chose d’ordinaire derrière. L’histoire en elle même vaut son pesant d’originalité, c’est gratuit, excellemment traduit en français et l’origine du bazar à de quoi faire hausser des sourcils. Je ne l’ai découvert qu’en ouvrant le logiciel pour la première fois mais vous serez étonnés d’apprendre que la maison de production derrière Katawa Shoujo s’appelle « Four Leaf Studios », et que vous évoque cette dénomination, mis à part deux trois jeux de mots et chansons de Metallica? C’est le logo de 4chan. Ben aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est bien de là que part le projet avec une ambition toute professionnelle! Des gens ont vu une page de doujin qui exposait les personnages, ils ont aimé, ils s’en sont inspiré et ont donné ce très bon résultat. Personnellement le jeu commençait à revenir souvent dans mes petits médias habituels (de la même façon, je serais étonné que Scott Pilgrim soient des mots totalement inconnus à vos yeux) avec des petites réminiscences vu ça et là depuis un certain temps (on retient facilement la tronche des personnages) dans certains blogs assez sérieux mais en l’occurrence c’est un post de Nemotaku qui m’a définitivement décidé à tenter la chose, traduction aidante. Bien joué, c’était pas gagné d’avance… mais le salaud a mis des captures d’écran hors contexte pour appâter le lecteur et je suis tombé dedans tellement facilement que je n’en mettrais pas moi même. Ahahah! Tu fais moins le malin maintenant!

On se lance donc dans le logiciel, disponible sur Mac, Pc, à l’installation et au lancement simplissime sur la première plate forme (c’est un plus monumental) et on atterrit sur le très léché écran titre; Jolie police récurrente, tons pastel et sépia, musique doucereuse sans être niaise, dès le début on sent une ambiance vraiment travaillée, une identité graphique doucereuse qui régit bien la chose. Du rassurant, il en faut car là est la plus grande surprise de cette histoire, le truc qui aspire définitivement les curieux pour les réjouir normalement après c’est que l’intégralité du casting féminin… subit des handicaps divers. Le très gros de l’histoire se passe dans ce qui devrait être un lycée imaginaire pour enfants pas aidés par la vie. Emi n’a pas de jambes, Lilly est aveugle, Rin n’as pas de bras, Shizune est sourde-muette et Hanako a des brûlures graves sur la moitié de son corps. C’est tellement japonais.

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 Là ou les eroges de ce type s’arrêtent à une collection de couleurs de cheveux et de caractères typiques, Katawa Shoujo se permet de rajouter un autre critère… qui, je dois l’avouer, est intéressant. Si on exclut le coté « creusons nous la tête pour collectionner des handicaps bizarres » et bien sûr la grande visée fétichiste derrière tout ça car le jeu complet comporte une option pour zapper les scènes de fesse so yeah… acrotomophilie pour tous. Il n’empêche qu’au delà de ces petits détails c’est un pitch qui pourrait faire un bon anime et même une bonne série mais bonjour le battage médiatique autour du truc, un simple niveau moyen ne pardonnerait pas.

 Sur ces entrefaits arrive Hisao qui est éjecté manu militari dans le-dit établissement. Suite à une crise cardiaque subie dans des circonstances un peu clichées (Sérieusement, le jeu commence sur une crise cardiaque. Vous vivez une crise cardiaque. De quoi être à l’aise) et via de longues lamentations dans votre chambre d’hopital d’où une introspection latente voire un peu lourde qui ressurgit de temps en temps vous apprendre qu’Hisao à de l’arythmie –  il aime bien nous le faire savoir et prendre le lecteur par la main dans sa grösse névröse… Il débarque donc dans cette institution où, malgré de forts doutes initiaux il va se forger un début de cercles d’amies – je met l’emphase sur le féminin car le seul personnel masculin du jeu se résume à votre professeur principal, votre taré et barré voisin de chambrée et l’infirmier en chef au regard sévère mais
juste! Seule l’introduction a.k.a. L’acte 1 est disponible, ce n’est que la première semaine de vie d’Internat ponctuée par la préparation du festival de l’école. Vie lycéenne, harem, dortoir, festival culturel, tout ces petits clichés un peu lourds qui reviennent de plus belle… sans jamais réellement gêner. Exceptionnellement, je met ma carte joker sur cet univers là parce que ça passe plutôt bien. Cette première semaine va être le décorum pour une vie lycéenne relativement standard et l’occasion de faire connaissance avec les autres élèves qui semblent tous avoir des atomes crochus avec vous… enfin, elle ne l’avoueraient pas toutes car là aussi on a les deux éléments essentiels du visual novel :

   • Multicoloration totale capillaire et coiffures parfois improbables

    Palette de caractères tout aussi technicolor : la fille au comportement Japonais gracieux et posé, l’extrême timide qui préfère la torture à l’alignement de trois mots, la petite énergique qui frise le loli (sérieusement, il y a eu update pour hausser un peu sa taille), celle qui n’est pas sur notre planète et enfin ho joie ho bonheur, une tsundere.

Votre principale mission sera de … lire… mais pas que. Disons qu’il y a un étalage de degrés d’interactivité dans les Visual Novels – si on reprends celui d’Hinamizawa, c’est au final une énorme succession de chapitre décorée d’easy listening et d’animations qui passent au deuxième plan. Là c’est bien entendu la même chose mais comme si il y avait eu dix ans de progrès entre les deux : les personnages sont bien dessinés, ils possèdent des expressions assez variées, le truc donne une impression de mouvement assez fluide sans qu’il n’y en aie réellement et le jeu est entrecoupé de petites saynètes mignonnes et bien fichues. C’est tout ce qui caractérise cette production – tout y est vraiment bien travaillé, au point qu’on s’y sente bien dans cet établissement un peu foldingue. On se laisse extrêmement bien porter par cette ambiance et ce sentiment est facilité par une traduction impeccable (bien que le texte de base soit un peu inutilement verbe, dans le genre loghorrée/névrose gratuite Hisao est un chef) et un sens esthétique simple mais efficace : les petits écrans de transition et son jingle mignon à chaque nuit, son texte écrit à la craie, etc – des petits éléments ça et là qui contribuent à donner un impact, ça plus les excellents artwork et photos qui décorent tout ça.

 Le véritable élément qui fait mine de rien un énorme plus c’est bien sûr les choix. Là on est en plein dans ce que je cherchais depuis longtemps, à savoir une histoire réellement interactive : à une demi douzaine d’occasions vous aurez l’opportunité de choisir entre deux réactions à avoir et les affirmations les plus anodines peuvent avoir des conséquences inattendues! Basiquement et si j’ai bien compris le bazar, le premier chapitre sert à « choisir » une fille et tout le reste à venir ne se focalisera plus que sur elle… ce qui voudrais dire qu’il y a CINQ histoires complètes en développement? Je le repête, ce choix ne sera pas explicite du tout et vous allez devoir réfléchir à ce que vous « faites »… mais il faut avoir une vision d’ensemble pour prendre les meilleures décisions. La meilleure chose à faire est donc de ne pas se forcer et faire ce que vous aurez fait à la place d’Hisao. A vous de voir si ça vous « locke » sur une fille… car si vous arrivez à vous planter, vous finissez le festival avec votre voisin de chambrée qui vous drague sur le toit et… surprise! Votre première histoire vous semblera donc comme officielle, canon, inébranlable tout ça. Mais si votre « choix » ne vous satisfait pas… il faut recommencer et prendre d’autres options. C’est là un aspect un peu étrange du soft, la volonté de tout lire et de tout découvrir nous refait faire les mêmes scènes encore et encore jusqu’à trouver les écrits qui nous « manquent » et qui nous larguent vers la fin de chapitre d’une autre fille. Ca bouleverse un petit peu la narration classique et ancestrale et je trouve que c’est un peu comme tricher : vous imaginez une scène dans Funny Games où après que la fille aie enfin réussi à descendre l’un des mecs, l’autre prenne une télécommande et remonte le temps? … non attendez zut

 Le jeu est également assez contesté sur sa logique parfois très étrange. Comme ces fameux choix ont une place importante dans l’histoire et la suite de la narration, il devrait y avoir un bon équilibre entre sens logique et sens intuitif. Après tout c’est vous et pas Hisao qui essayez d’avoir votre favorite! Dans ce sens ce dernier personnage à des réactions parfois disproportionnées voire carrément imprévisible, il peut très bien saborder les choses à force de pensées négatives. C’est dommage, ça confère un petit coté aléatoire au truc, d’autant plus que certaines fins semblent du coup bien plus difficiles et « planquées » que d’autres. Si vous me demandez mon avis, les développeurs ont leur cible fétiche car l’un des scénarios définitifs est exagérément long par rapport aux autres… mais là aussi ça permet d’avoir un contrôle total, d’être omniscient et d’avoir une vision plus globale sur cet univers et sa logique. Un mal pour un bien mais bon pff mouais, pas totalement convaincu sur cette convention. Enfin, j’évoquais tout à l’heure une certaine histoire de clichés… qui fait bien de se limiter aux personnages. La face handicapée est traitée plutôt logiquement avec ses conséquences humoristiques sans poser le jeu comme un grand traité de tolérance (ça veut pas dire qu’il fait l’inverse bien évidemment mais vous aurez compris l’idée) ça donne à la suite un potentiel scénaristique sympa, pas mal de pistes sont lancées sans avoir le temps d’être bien exploitées, ne serait-ce que de façon introductive. Dans la famille « cliché pur » oui, il y a un pantsu shot et il est complètement gratuit et sorti de nulle part mais tout va bien puisqu’il concerne une fille bien osef. Enfin, il faut garder en tête l’origine de ce projet et les gens qui ont dessiné et écrit ça ont insérer pas mal de références qui sonneront juste bizarre pour le philistin. L’érudit chopera sa petite private joke et sera tout content de lui…

Voici pour le lien. Je répète les éléments clés du post : très bon, gratuit, en français… assez court, trop court même. La première fin est une petite déception car on est vraiment triste d’être arraché à la chose aussi rapidement… Ne comptez pas faire ce chapitre d’une traite mais misez plutot sur deux ou trois sessions pour un total de deux ou trois grosses heures selon votre scénario. Ah noter que le jeu possède une très grosse fanbase et qu’il existe un certain nombre de mèmes rigolos derrière certain personnages… mais faites attention à ce que vous googlez, on est pas sûrs de grand chose ici. Une très bonne histoire et un vrai bon moment passé avec cette étonnante production amatrice!

921.jpg Bon je peux pas terminer ce post sans répondre à l’anecdote de la mort, je suis certain que si vous avez déjà parcouru la chose vous vous demanderez si j’ai une nana préférée. Amusez vous à deviner la réponse, sinon, rendez vous dans quinze mots! Si vous avez répondu Shizune, c’est que vous voulez vraiment ma mort. Vous êtes un peu plus dans le vrai avec Lilly, Emi ou Rin. Votre choix serait carrément réfléchi avec Hanako mais les gens qui auront décelé le piège et répondu Akira sont de vrais copains!

 Et par vos handicaps combinés, je suis CAPTAIN PLANET! … aux jeux paralympiques!

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