HHNNNGGG

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 Que Patrick Bouchitey me tripote! J’ai téléchargé, joué et fini un visual novel. Ca pourrait mettre fin à cette espèce de malédiction intangible qui fait que je ne toucherais jamais au genre mais à force de tourner autour et de le tripoter… même si je dois admettre que je suis un peu de mauvaise foi : dans ma logique un visual novel doit nécessairement être une sorte d’histoire interactive, un fantastique prétexte pour vous plonger dans une histoire où le héros principal (et par extension vous, parce que c’est de vos hormones qu’on parle) est entouré par un harem de filles aux couleurs de cheveux et d’yeux improbables et va devoir, à un moment ou à
un autre de la narration, faire un ou plusieurs choix qui va sceller votre conquête ou vous mener la tête la première dans une
bad end (souvent une mort dans d’improbables circonstances cosmiques) l’objectif du truc est simple : choper le profit et voir les scènes H les étoiles dans les yeux. Pour être exact cette définition méga raccourcie désigne plutôt un éroge (prononcer « érogaÿ ») qu’un visual novel qui pourrait simplement se limiter à une histoire simple, à la Narcissu (et si vous voulez mon avis et c’est un peu le but du jeu, Narcissu c’est un peu chiant) – donc jusque là je suis un habitué des Phoenix Wright, j’avais téléchargé le premier eroge crétin venu il y a 15 mois (mais si, souvenez vous, grand moment de gloire) mais il n’y avait pas de choix… et là je vais exposer un visual novel sensé devenir un eroge… qui n’a pas encore de scènes H, car seule l’introduction est disponible. Au final, ce n’est rien d’autre qu’un petit livre numérique bien décoré, le contrat ne sera pas rempli pour cette fois !

 Du coup pourquoi faire un post sur ce visual novel là? Ben, on parle de Katawa Shoujo, y’a pas grand chose d’ordinaire derrière. L’histoire en elle même vaut son pesant d’originalité, c’est gratuit, excellemment traduit en français et l’origine du bazar à de quoi faire hausser des sourcils. Je ne l’ai découvert qu’en ouvrant le logiciel pour la première fois mais vous serez étonnés d’apprendre que la maison de production derrière Katawa Shoujo s’appelle « Four Leaf Studios », et que vous évoque cette dénomination, mis à part deux trois jeux de mots et chansons de Metallica? C’est le logo de 4chan. Ben aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est bien de là que part le projet avec une ambition toute professionnelle! Des gens ont vu une page de doujin qui exposait les personnages, ils ont aimé, ils s’en sont inspiré et ont donné ce très bon résultat. Personnellement le jeu commençait à revenir souvent dans mes petits médias habituels (de la même façon, je serais étonné que Scott Pilgrim soient des mots totalement inconnus à vos yeux) avec des petites réminiscences vu ça et là depuis un certain temps (on retient facilement la tronche des personnages) dans certains blogs assez sérieux mais en l’occurrence c’est un post de Nemotaku qui m’a définitivement décidé à tenter la chose, traduction aidante. Bien joué, c’était pas gagné d’avance… mais le salaud a mis des captures d’écran hors contexte pour appâter le lecteur et je suis tombé dedans tellement facilement que je n’en mettrais pas moi même. Ahahah! Tu fais moins le malin maintenant!

On se lance donc dans le logiciel, disponible sur Mac, Pc, à l’installation et au lancement simplissime sur la première plate forme (c’est un plus monumental) et on atterrit sur le très léché écran titre; Jolie police récurrente, tons pastel et sépia, musique doucereuse sans être niaise, dès le début on sent une ambiance vraiment travaillée, une identité graphique doucereuse qui régit bien la chose. Du rassurant, il en faut car là est la plus grande surprise de cette histoire, le truc qui aspire définitivement les curieux pour les réjouir normalement après c’est que l’intégralité du casting féminin… subit des handicaps divers. Le très gros de l’histoire se passe dans ce qui devrait être un lycée imaginaire pour enfants pas aidés par la vie. Emi n’a pas de jambes, Lilly est aveugle, Rin n’as pas de bras, Shizune est sourde-muette et Hanako a des brûlures graves sur la moitié de son corps. C’est tellement japonais.

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 Là ou les eroges de ce type s’arrêtent à une collection de couleurs de cheveux et de caractères typiques, Katawa Shoujo se permet de rajouter un autre critère… qui, je dois l’avouer, est intéressant. Si on exclut le coté « creusons nous la tête pour collectionner des handicaps bizarres » et bien sûr la grande visée fétichiste derrière tout ça car le jeu complet comporte une option pour zapper les scènes de fesse so yeah… acrotomophilie pour tous. Il n’empêche qu’au delà de ces petits détails c’est un pitch qui pourrait faire un bon anime et même une bonne série mais bonjour le battage médiatique autour du truc, un simple niveau moyen ne pardonnerait pas.

 Sur ces entrefaits arrive Hisao qui est éjecté manu militari dans le-dit établissement. Suite à une crise cardiaque subie dans des circonstances un peu clichées (Sérieusement, le jeu commence sur une crise cardiaque. Vous vivez une crise cardiaque. De quoi être à l’aise) et via de longues lamentations dans votre chambre d’hopital d’où une introspection latente voire un peu lourde qui ressurgit de temps en temps vous apprendre qu’Hisao à de l’arythmie –  il aime bien nous le faire savoir et prendre le lecteur par la main dans sa grösse névröse… Il débarque donc dans cette institution où, malgré de forts doutes initiaux il va se forger un début de cercles d’amies – je met l’emphase sur le féminin car le seul personnel masculin du jeu se résume à votre professeur principal, votre taré et barré voisin de chambrée et l’infirmier en chef au regard sévère mais
juste! Seule l’introduction a.k.a. L’acte 1 est disponible, ce n’est que la première semaine de vie d’Internat ponctuée par la préparation du festival de l’école. Vie lycéenne, harem, dortoir, festival culturel, tout ces petits clichés un peu lourds qui reviennent de plus belle… sans jamais réellement gêner. Exceptionnellement, je met ma carte joker sur cet univers là parce que ça passe plutôt bien. Cette première semaine va être le décorum pour une vie lycéenne relativement standard et l’occasion de faire connaissance avec les autres élèves qui semblent tous avoir des atomes crochus avec vous… enfin, elle ne l’avoueraient pas toutes car là aussi on a les deux éléments essentiels du visual novel :

   • Multicoloration totale capillaire et coiffures parfois improbables

    Palette de caractères tout aussi technicolor : la fille au comportement Japonais gracieux et posé, l’extrême timide qui préfère la torture à l’alignement de trois mots, la petite énergique qui frise le loli (sérieusement, il y a eu update pour hausser un peu sa taille), celle qui n’est pas sur notre planète et enfin ho joie ho bonheur, une tsundere.

Votre principale mission sera de … lire… mais pas que. Disons qu’il y a un étalage de degrés d’interactivité dans les Visual Novels – si on reprends celui d’Hinamizawa, c’est au final une énorme succession de chapitre décorée d’easy listening et d’animations qui passent au deuxième plan. Là c’est bien entendu la même chose mais comme si il y avait eu dix ans de progrès entre les deux : les personnages sont bien dessinés, ils possèdent des expressions assez variées, le truc donne une impression de mouvement assez fluide sans qu’il n’y en aie réellement et le jeu est entrecoupé de petites saynètes mignonnes et bien fichues. C’est tout ce qui caractérise cette production – tout y est vraiment bien travaillé, au point qu’on s’y sente bien dans cet établissement un peu foldingue. On se laisse extrêmement bien porter par cette ambiance et ce sentiment est facilité par une traduction impeccable (bien que le texte de base soit un peu inutilement verbe, dans le genre loghorrée/névrose gratuite Hisao est un chef) et un sens esthétique simple mais efficace : les petits écrans de transition et son jingle mignon à chaque nuit, son texte écrit à la craie, etc – des petits éléments ça et là qui contribuent à donner un impact, ça plus les excellents artwork et photos qui décorent tout ça.

 Le véritable élément qui fait mine de rien un énorme plus c’est bien sûr les choix. Là on est en plein dans ce que je cherchais depuis longtemps, à savoir une histoire réellement interactive : à une demi douzaine d’occasions vous aurez l’opportunité de choisir entre deux réactions à avoir et les affirmations les plus anodines peuvent avoir des conséquences inattendues! Basiquement et si j’ai bien compris le bazar, le premier chapitre sert à « choisir » une fille et tout le reste à venir ne se focalisera plus que sur elle… ce qui voudrais dire qu’il y a CINQ histoires complètes en développement? Je le repête, ce choix ne sera pas explicite du tout et vous allez devoir réfléchir à ce que vous « faites »… mais il faut avoir une vision d’ensemble pour prendre les meilleures décisions. La meilleure chose à faire est donc de ne pas se forcer et faire ce que vous aurez fait à la place d’Hisao. A vous de voir si ça vous « locke » sur une fille… car si vous arrivez à vous planter, vous finissez le festival avec votre voisin de chambrée qui vous drague sur le toit et… surprise! Votre première histoire vous semblera donc comme officielle, canon, inébranlable tout ça. Mais si votre « choix » ne vous satisfait pas… il faut recommencer et prendre d’autres options. C’est là un aspect un peu étrange du soft, la volonté de tout lire et de tout découvrir nous refait faire les mêmes scènes encore et encore jusqu’à trouver les écrits qui nous « manquent » et qui nous larguent vers la fin de chapitre d’une autre fille. Ca bouleverse un petit peu la narration classique et ancestrale et je trouve que c’est un peu comme tricher : vous imaginez une scène dans Funny Games où après que la fille aie enfin réussi à descendre l’un des mecs, l’autre prenne une télécommande et remonte le temps? … non attendez zut

 Le jeu est également assez contesté sur sa logique parfois très étrange. Comme ces fameux choix ont une place importante dans l’histoire et la suite de la narration, il devrait y avoir un bon équilibre entre sens logique et sens intuitif. Après tout c’est vous et pas Hisao qui essayez d’avoir votre favorite! Dans ce sens ce dernier personnage à des réactions parfois disproportionnées voire carrément imprévisible, il peut très bien saborder les choses à force de pensées négatives. C’est dommage, ça confère un petit coté aléatoire au truc, d’autant plus que certaines fins semblent du coup bien plus difficiles et « planquées » que d’autres. Si vous me demandez mon avis, les développeurs ont leur cible fétiche car l’un des scénarios définitifs est exagérément long par rapport aux autres… mais là aussi ça permet d’avoir un contrôle total, d’être omniscient et d’avoir une vision plus globale sur cet univers et sa logique. Un mal pour un bien mais bon pff mouais, pas totalement convaincu sur cette convention. Enfin, j’évoquais tout à l’heure une certaine histoire de clichés… qui fait bien de se limiter aux personnages. La face handicapée est traitée plutôt logiquement avec ses conséquences humoristiques sans poser le jeu comme un grand traité de tolérance (ça veut pas dire qu’il fait l’inverse bien évidemment mais vous aurez compris l’idée) ça donne à la suite un potentiel scénaristique sympa, pas mal de pistes sont lancées sans avoir le temps d’être bien exploitées, ne serait-ce que de façon introductive. Dans la famille « cliché pur » oui, il y a un pantsu shot et il est complètement gratuit et sorti de nulle part mais tout va bien puisqu’il concerne une fille bien osef. Enfin, il faut garder en tête l’origine de ce projet et les gens qui ont dessiné et écrit ça ont insérer pas mal de références qui sonneront juste bizarre pour le philistin. L’érudit chopera sa petite private joke et sera tout content de lui…

Voici pour le lien. Je répète les éléments clés du post : très bon, gratuit, en français… assez court, trop court même. La première fin est une petite déception car on est vraiment triste d’être arraché à la chose aussi rapidement… Ne comptez pas faire ce chapitre d’une traite mais misez plutot sur deux ou trois sessions pour un total de deux ou trois grosses heures selon votre scénario. Ah noter que le jeu possède une très grosse fanbase et qu’il existe un certain nombre de mèmes rigolos derrière certain personnages… mais faites attention à ce que vous googlez, on est pas sûrs de grand chose ici. Une très bonne histoire et un vrai bon moment passé avec cette étonnante production amatrice!

921.jpg Bon je peux pas terminer ce post sans répondre à l’anecdote de la mort, je suis certain que si vous avez déjà parcouru la chose vous vous demanderez si j’ai une nana préférée. Amusez vous à deviner la réponse, sinon, rendez vous dans quinze mots! Si vous avez répondu Shizune, c’est que vous voulez vraiment ma mort. Vous êtes un peu plus dans le vrai avec Lilly, Emi ou Rin. Votre choix serait carrément réfléchi avec Hanako mais les gens qui auront décelé le piège et répondu Akira sont de vrais copains!

 Et par vos handicaps combinés, je suis CAPTAIN PLANET! … aux jeux paralympiques!

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6 Responses to HHNNNGGG

  1. Petrif' says:

    Tain, mais Concombre, le seul gars qui peut me faire lire d’une traite un post du genre et me donner presque l’envie perverse d’y jouer. Tu es vilain.

    Sinon, sur la nouvelle image illustrant mon lien, j’ai l’impression que c’est moi ramant à la batterie face à toi lors d’un duel improvisé (d’ailleurs à l’occaze…), avoue que tu l’as fait
    exprès, gredin.

    Et oui, on ne juge pas, j’ai tous les droits, et je vous ampoule.

  2. Faust says:

    C’est marrant, Shizune est également la fille que j’aimes le moins.

    Enfin, jusqu’à la scène finale sur le toit. Où comme par hasard Misha ne sert plus de traductrice. En fait, c’est ça le problème avec shizune : on comprend ce qu’elle « dit ». Alors qu’une fille
    qui a la chance d’être muette devrait savoir en profiter…

  3. Zoneur says:

    J’avais lu un peu en anglais, je m’étais arrêté à la rencontre du voisin timbré mais depuis, je l’ai réinstallé en français et pas touché :< Mais Shizune et Lilly sont celles qui m’attirent le
    plus 😮 Après bon, faudra que je le fasse, un jour..

    Et gg la nouvelle bannière, description et autres nouveaux liens, très sympas :jospin:

  4. Youe says:

    Oh, Protoman, la classe internationale. Je jalouserais toujours ton talent pour dénicher et utiliser des images charismatiques.

    D’ordinaire je n’aime pas du tout les visuals novels mais j’ai quand même téléchargé celui-ci. Le début est sympa, plein de petits détails dans les descriptions. Par contre je supporte aucun des
    trois clichés sur patte que j’ai rencontré jusqu’à présent, ça risque d’être difficile par la suite.

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