Daily Archives: 23 septembre 2010

Du buzz au clash

Bonjour! Je suis Troy MacLure et aujourd’hui nous allons passer en revue le film le plus hilarant de tout les temps! Pouêt!


vlcsnap-2010-09-23-22h33m12s168.pngJe suis certain que vous connaissez votre petit Ghibli illustré sur le bout des doigts : Le Tombeau des Lucioles est un film d’animation dirigé par Isajo Takahata, le nom numéro deux du studio, sortie japonaise en 1988. 22 ans, c’est loin et vous connaissez peut être mieux de nom le Chateau dans le Ciel ou Pompoko. Je formule cette phrase comme si The Grave Of The Fireflies était un film un peu plus obscur que la moyenne du studio mais force est de constater qu’il est plutôt connu… pour être un film à se tirer une balle. Vous connaissez le slogan de Don Bluth? « On peut faire tout subir à un gosse du moment qu’on lui met un happy end à la fin » – pendant ce ce temps, une personne sur MyAnimeList cite « L’essence de l’amour, c’est de regarder quelqu’un mourir » – oui, dans un sens, ces deux phrases sont plus ou moins pertinentes… mais pas tant que ça…

Le film est très connu et son « issue » l’est tout autant, c’est l’un des spoilers les plus inévitables de l’animation mais par respect pour le sens commun, j’éviterais de toucher au but aussi directement. De toute façon, le film ne se regarde pas pour son déroulement dramatique. De là à dire que c’est un documentaire, une oeuvre à regarder pour sa portée historique? Ca se nuance fort – il est juste certain que ce film est une oeuvre très personnelle. Si on remonte l’acheminement de la fiction, le Tombeau… est une adaptation d’une nouvelle publiée par A. Nosaka en 1967 – récit autobiographique dont l’action se focalise sur sa survie et celle de sa petite soeur dans le Japon vaincu et bombardé en fin de guerre. Le film Ghibli adapté reprends les très grosses lignes du roman et en modifie certains faits – qui tiennent plus du procédé cathartique qu’autre chose, je tease – et donc le film dispose d’une certaine aura. Non pas pour sa qualité (qui n’est pas à remettre en cause pour autant, ça reste un film GHIBLI §) mais plutot pour son incroyable capacité à rendre son spectateur immédiatement dépressif. Je n’ai jamais eu la chance de tomber dessus et je me suis dit qu’il était temps de se faire définitivement une idée. Surprise : je n’ai pas versé une larmichette parce que curieusement, je m’attendais à l’inverse et à une débauche lacrymale! Pour préciser, je pense qu’on est juste trop « . » pour faire fonctionner ses glandes locales. Foncièrement, des séquences plus tristes, j’en ai vu plein. Là on est plus dans le bon gros coup de poing dans le ventre qui te laisse sans mot, les tropers appellent ça le « Wham », la « Réplique Wham », « l’Episode Wham » … etc. Des fictions où tu as juste envie de pleurer des litres tant les persos souffrent c’est plutôt dans l’ordre de Six Feet Under à ses épisodes-déprime ou ce connard de Petit Dinosaure qui réussit son coup à chaque fois! Petit Pied, lui, est disparu et atomisé il y a des trilliards d’années, je doute qu’un bipède à la capacité crânienne telle était capable d’exprimer des émotions et le personnage n’existant tout simplement pas (à moins que Don Bluth soit DIEU. Un Dieu qui a subi le seasonal rot des années 90, comme tout le monde) alors pour une adaptation autobiographique ou tout le monde prends aussi cher, ne pas verser la moindre larme c’est peut être un peu injuste. J’avais pas la main dans le slip non plus, certains passages te laissent un peu « fblblblblb » mais non, pas de concrétisation. Amusez vous à résister aussi, ou faites en un jeu à boire!


vlcsnap-2010-09-23-22h33m55s88.pngNous sommes précipités aux environs de Kobe en l’an de grâce 1945, les nippons sont en guerre et les gros soucis se concrétisent sérieusement, au père absent parti sur la flotte s’ajoutent les bombardiers qui saupoudrent le village de Seita et de Setsuko, sa petite soeur. Ils fuient, perdent leur mère de vue, vont trouver une alternative en la personne d’une tante éloignée qui fera de plus en plus sentir qu’elle n’a pas super envie d’avoir deux bouches en plus à nourrir en temps de guerre et c’est sous un coup de tête que Seita décide de se débrouiller seul. Bonne idée? Pas terrible.

 Le truc c’est qu’en une petite heure et demi de film je viens de vous résumer la moitié… et dans ces cinq lignes figurent au complet toutes les unités de lieux, de temps et de personnages du drame. L’essentiel n’étant pas vraiment de savoir ce qu’il va se passer mais comment. Je vais pas vous le cacher, la toute première scène fait apparaître un Seita qui annonce cash hop hop hop badaboum « nous sommes le X Juillet 1945, le jour où je suis mort… » et scène de la-dite agonie, juste après. Ces apparitions ponctuent quelques passages clés, les différents « checkpoints » du duo, de la tante-grognasse à l’abri sous terre (youpi-symbolisme)

Le machin est donc vaguement hétérodiégétique… mais pas vraiment… et on ne dispose pas d’une réelle omniscience dans le récit. La timeline est pas si chamboulée que ça, deux trois aller-retours qui ne font qu’annoncer le futur très proche. Disons qu’on vous implante des idées, comme ça, à vous de les accepter ou pas. Alors si dans l’absolu Le Tombeau des Lucioles s’approche de Tokyo Magnitude sur pas mal de plans, on pourrait dire que c’est l’antithèse totale d’Inglorious Basterds. Même époque mais faits historiques, front différents, traitement radicalement opposé et… happy end très discutable. En fait il reste pas grand chose de happy : le début est pas super happy, le milieu manque un peu d’enthousiasme et la fin est joyeuse comme un bon épisode de Skins. Grossolollo le film repousse un peu plus les limites à chaque fois, ça ne s’arrange jamais. Disons, de façon plus pragmatique, qu’on a droit à quelques scènes d’espoir, des petites pépites bucoliques où on chante la vie, où on danse la vie, où on n’est qu’amour pour mieux avoir le palpitant bien embroché par le tournevis de la fiction (cette phrase est démentiellement surjouée ahah) il va donc falloir s’accrocher car non, rien ne s’arrange, jamais, it got worse, encore encore encore. Là aussi une histoire d’acceptation : les signes sont là, évidents, ils empirent… et déchéance. Joli tableau, petite bulle d’air frais, tu crois que c’est fini? NAN VAZI, UNE DERNIERE POUR LA ROUTE. Préparez vous à un petit ascenseur émotionnel, au parcours prédifini. Bah ouais, je fais semblant de pas spoiler mais on sait tous ce qu’il s’y passe dans ce film hein.

 D’ailleurs, ce film vieillit plutôt bien. Il a vingt deux ans, âge vénérable mais pas fataliste où l’animation et les dessins restent dans une espèce de bulle figée et qui concerne la décennie passée et à venir – après j’ai pas eu la chance de voir ça en qualité DVD mais ce n’est pas trop le point d’amorce ici. Ca passe toujours bien, disons… bien sûr tout cela aurait été plus visible avec un point de vue actuel… de fin des années 80 mais là s’aurait vraiment été une MEGA RELECTURE de l’histoire façon Battle Royale et Battle Royale est un manga moche à en pleurer, d’où le non rapport! La musique n’est pas non plus sensée « accompagner » le film, elle fait donc son boulot avec brio et illustre bien les séquences les plus intenses. C’est tout ce qu’il y a à dire techniquement, ni le propos du film ni le studio du film ne sont là pour poser…
vlcsnap-2010-09-23-22h35m15s59.pngL’une des grandes frustrations du spectateur devant Le Tombeau des Lucioles, c’est le fait de voir un mec s’enterrer tout seul, quasi littéralement. Ce film étant la chronique d’une des pires galères qu’un gosse et sa petite soeur peuvent endurer, les séquences de ce qui seraient anachroniquement un road movie s’enchaînent plutôt bien mais Seita à une fâcheuse tendance à accélérer les choses. Le mot clé qui revient dans la plupart des review du film est la fierté. C’est un tout petit moment d’orgueil, aidé par une tante un peu abrasive (« Ho tu m’apprends une nouvelle atroce? Ca alors. Ca va me coûter quelque chose? ») qui va sceller la catastrophe finale qu’est Setsuko et Seita versus la terre entière. Qui est le méchant dans l’histoire? Les yankees? Ils sont jamais directement mentionnés je crois, ce n’est qu’un point de vue posé de personne qui subit la guerre, pas ses auteurs. Les autres japonais? Oui et non, ils n’ont pas tous un comportement légitime mais c’est en temps de guerre. Impossible de savoir si une action est légitime ou pas. La guerre, elle même? Ben… le seul bad guy de ce film c’est juste une très mauvaise décision. De là à dire que c’est tout un apanage du comportement typique japonais, allez savoir, je spécule! Surtout que tout est fait pour rendre les choses légères, avec distance. C’est une grande réussite du film : on se met à hauteur d’enfant. Super débrouillard, certes, mais il y a la distance et le recul liés – il y a ce petit je ne sais quoi, cet émerveillement tout enfantin qui fait chaud au coeur… ce qui est assez paradoxal puisque durant tout le film, Seita à presque pour unique objectif de montrer qu’il endure ça comme le premier des hommes virils et ça ne manque jamais de lui retomber sur la face avec amour! Son imagerie post-décès est en tenue militaire? Ah, la fierté de la nation… bref un balancement assez étrange. Un point de vue japonais? Rah, impossible, aporie sur ce coup là mes amis. Juste l’histoire d’un homme et de sa relation avec sa petite soeur, des petits épisodes de vie quotidienne, de fantasmes et de rêves qui s’écroulent grassement. La métaphore avec la luciole est sur-appuyée : c’est joli, c’est contemplatif, deux minutes plus tard ça s’éteint et ça s’écroule discrètement sans rien demander à personne. Setsuko en fait une petite tombe, grand moment d’émotion. C’est même pas de la métaphore, c’est carrément de la divination…

Je recommande. Cette phrase est un peu déplacée, je m’attendais à un peu plus bouleversant mais c’est aussi une belle histoire et une porte ouverte vers la compréhension d’un certain trauma. Installez vous posément, seul ou à plusieurs, et restez stoïques. Cascade!

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