Daily Archives: 4 septembre 2010

Fridge logic

  Hop là j’ai discrètement fait deux trois changements de design. Des petits bugs, des trous ici et là que j’aurais du corriger depuis longtemps, vous aurez aussi remarqué les petits changements habituels mais cette fois tout tombe en même temps, c’est formidable. Je vais essayer de continuer à modifier d’autres petits trucs de temps à autre, vous en pensez quoi?

Aujourd’hui c’est grande thématique limbes et perception de la réalité. Sortez les ingrédients suivants : carte bancaire, manette 360 et cinéma Imax. Mettez votre toque et allez sur le Xbox Live/le PSN télécharger la démo de Limbo, c’est franchement excellent. Maiiiiiiiis… un très gros critère influe pas mal sur l’achat de ce petit diamant brut, autant savoir où on met les pieds.

De temps en temps, les plateformes mettent en valeur un petit jeu de … plateforme (hé oui) indépendant, créé par une équipe de génies blottis dans une cabane au fin fond d’un pays froid. Pensez à Braid, petit machin très cérébral qui jouait sur les paradoxes temporels… fin Juillet dernier, c’est au tour de Limbo (comme les limbes, pas la danse bonne pour les abdos) de sortir et la comparaison entre les deux softs est assez légitime. Moi je préfère en parler via Heart Of Darkness, peut être que vous vous souvenez de ce jeu PC. Ce jeu à douze ans mais dans le même contexte Limbo aurait peut être pu sortir en format Playstation, de la même manière. Heart of Darkness c’était un jeu de plate forme en 2D où vous controllez un gosse à la recherche de son chien dans un monde démoniaque si peu amical, basiquement chaque pas faux pas était synonyme de mort immédiate et il fallait refaire et rerefaire tout les tableaux
pour piger les puzzles, éviter les monstres, raisonner convenablement. C’était très beau, très bien fichu, franchement difficile mais peut être un peu court…

Limbo c’est un peu ça mais version 2010. Un êtat d’esprit tout à fait différent et le jeu se télécharge via Internet… mais sur console, concept encore un peu impensable à l’époque. Le scénario? Il est très très light – disons que le petit bonhomme souffrant de conjonctivite cherche sa soeur dans un monde tout aussi hostile. Si dans Heart Of Darkness tout n’était qu’un rêêêêve, dans Limbo en revanche… surprise, mais si vous connaissez bien votre mythologie vous avez une idée de la « situation de base » – et c’est donc fatalement un peu glauque.

limbo-xbox-360-071.jpg

 C’est un peu le gimmick du jeu – la différence de degré entre un plateformer mignon 2D qu’on attends toujours (comme Rayman l’a été) et la gravité qui transpire à grosses gouttes dans Limbo. Il me semble que le jeu est estampillé +18 car il comporte un certain nombre de situations qui peuvent vraiment mettre mal à l’aise! De base, tout vous faire la peau – vous allez mourir, remourir, mourir quinze fois de suite comme dans les meilleures séquences d’Umineko, et le fait que le personnage principal soit un clone du petit Nicolas n’y change pas grand chose. Ca broie, ça brule, ça se noie, ça craque… souvent, la première mort procure un petit frisson d’effroi car l’excellente balance sonore du jeu fait qu’on ne retombe pas dans les mêmes pièges, par pur effet Pavlov! Le jeu propose une option pour censurer certains paramètres, ce que je suppose être les effusions de sang et certaines animations de décor un tout petit peu déprimantes. Vous vous souvenez de l’effet Don Bluth? « On peut faire tout subir à un gosse du moment qu’il y a un happy end » ce jeu applique littéralement et étrangle ce concept à la fois, il faut y jouer pour le croire… On ne dirait pas mais ce jeu fait un peu peur. Une séquence en début de partie est pas méga évidente à appréhender si vous aimez pas certaines… bestioles… les Danois du studio Playdead (hin hin) savent jouer avec ce qui nous fait hérisser les poils de la nuque et nous on aime subir ça. Pas mal!

Je suis très fan des jeux à ambiance et Limbo ne se base pratiquement que sur ça. TOUT est minimaliste dans le processus, pas par excès de flemme mais bien par choix esthétique! De base, dans les commandes, il suffit d’aller à gauche, à droite, de sauter et de faire les habituelles actions basiques (pousser, tirer, activer) avec un troisième bouton. C’est tout! Tu catapulterais le jeu au dix-neuvième siècle en plein roman de Balzac, le premier gus venu serait intrigué, prendrait la manette en main et irait le plus loin possible. Au moins ce serait plus captivant que les éternelles descriptions des romans mais je m’égare – disons qu’il n’y a pas d’ornements, le menu principal est là, on lance le jeu, un bonhomme se réveille dans la forêt et le but du jeu va être d’aller de ce point A à un point B, comme un très grand niveau d’Heart Of Darkness justement (et je me demande si un gus à réussi à capturer toute la « map » de Limbo, je serais curieux de voir la distance que ça fait) à l’image, c’est des nuances de gris et un très habile jeu de focalisation. La caméra zoome et dézoome, sauf à la fin du jeu où une vision d’ensemble et parfois conseillée… le tout sur une espèce de petit grain façon « vieilles images » extrêmement bien travaillé. Bref c’est du rétro mais à la sauce moderne, léché jusqu’au bout des ongles. A l’oreille, il ne se passe pas grand chose. Du vide très pesant, le vent, divers effets sonores… et pas de musique à proprement parler. C’est pas évident à décrire, il y en a mais ce sont des pêches qui accentuent certaines grosses énigmes du jeu, parfois dans esprit très dissonant… si vous aimez les bruits étrangement angéliques quand vous fuyez des canons automatiques, vous allez être servis. C’est tout en demi mesure, on s’habitue au silence, on se laisse bercer par les effets sonores très mécaniques, c’est incroyablement planant. Le jeu est très fluide, la variété des environnements n’est pas folle mais on se surprends à être dans un contexte complètement différent sans avoir vu passer de transition… c’est très Ovidien, tout coule de source, on passe de la forêt à une ambiance plus urbaine, c’est un peu bouclé. Je pense que j’ai exprimé au mieux mon ressenti sur le sujet, Limbo se vit très intensément.

Gros MAIS cependant. Le jeu accuse du très embêtant syndrome Portal : il faudra entre trois et quatre heures pour le terminer la première fois, une heure pile pour le finir en fonçant sans mourir une seule fois (ce qu’on finit par faire puisque le dernier succès impose un run total en moins de cinq morts) ce ne serait pas si embêtant si le jeu coûtait 1200 MP, soit quinze euros… je pourrais vous recommander d’aller voir un walkthrought sur Youtube mais le plaisir de la découverte perdrait tout son intérêt. Dans un tout autre ordre d’idée, le jeu n’hésite pas à être sadique quand il est carrément pas intuitif. C’est inévitable, dans ce genre de jeu vous allez rester bloqué et ça SERA frustrant – mais le peu d’explications oblige certains expériences pas toujours justifiées. Il est même possible que vous trouviez une solution plus tordue que la sortie classique mais au moins cela vous débloquera un « oeuf » caché, Gés à l’appui. Il faudra s’attendre à un certain nombre de frustrations, et quand bien même ce qui est demandé est bien compris, l’exécution de la chose n’est pas nécessairement évidente (je pense à une séquence bien précise de « manipulation » qui risque de prendre du temps) donc l’esprit « trial and errors » est tout à fait authentique sans être vraiment chiant. Le truc est globalement plutot facile, les checkpoints sont vraiment bien placés… pas grand chose à reprocher à Limbo finalement. Je pense pas que le jeu soit vraiment péteux ni vraiment ambitieux non plus. On peut pas lui coller cette étiquette de simplicité bien foutue mais ce sens de l’esthétisme et de l’ambiance qu’on retrouve dans World Of Goo, aussi avec les petits clichés inhérents au genre (le coté gravité aléatoire, notamment) Honnêtement, c’est cher payé mais je suis persuadé que ça vaut le coup. Ca se fait presque en une fois, on y reviendras pas nécessairement après mais le montrer à quelqu’un d’autre en une traite est une autre possibilité. Faites vous une idée sans trop rentrer dans le vif du sujet, c’est cher payé mais un achat qui procurera un bon moment certain.

Sinon, vous avez vu Inception? Probablement, le gimmick de l’été c’était texto « Inception ça bute » lu et relu partout le long du mois de Juillet. J’ai ENFIN pu voir le truc ce mois d’Aout et effectivement, à la différence de Kick Ass où là j’étais furieusement mitigé ça faisait longtemps qu’un film ne m’avait pas retourné la tête comme ça, m’avait procuré un tel enthousiasme à la vision des crédits de fin. Soyons honnêtes, une fin de ce type c’est ce qu’on craignait dès le début – on fait son petit Genre Savvy et ça arrive… d’une façon tellement originale : le twist, c’est qu’on sait pas si il y en a un ou pas. Je peux pas m’empêcher de croire que c’est vraiment intelligent.

D’habitude les blockbusters de l’été peuvent allier qualité et sortie d’été, toujours en paradoxe avec les merdouilles qui cachetonnent. The Dark Knight était un bon film ET un blockbuster, là Inception va un degré au dessus et nous prends même pas pour des cons, bien au contraire. Han regardez, j’ai même fait un petit schéma!
Inception.pngHeureusement que le film nous prends un peu par la main mais quel talent dans l’exécution les enfants. Autant prendre de l’avance et sortir les trucs un peu chiants du film : trop de gunfights – encore, toujours, tout le temps. La séquence -3 est énormément alourdie par ça, c’est bien sûr justifié dans le contexte mais autant de balles qui touchent magiquement leur cible, d’autant plus que le team badass n’est elle même jamais touchée (enfin… pas exactement tout le monde) et c’est là que le concept de rêve reste vachement flou. Pas mal de gens reprochent aux rêves eux mêmes de ne pas être assez « fous » mais honnêtement, comment représenter ça cinématographiquement? Même Jan Kounen serait pas assez fendu pour retranscrire ce genre de concept impossible. Là aussi, explication dans le contexte : le sédatif accélère le cortex ce qui rends tout plus réaliste et cartésien. Mmmh moui… d’autre part, cette impression de « malaise du réel » est très bien fichue : on repère bien la quenelle dans la première scène. Des trucs ne collent pas, les plans ne sont pas raccords, des éléments bouges, les transitions sont absentes, une tonne de trucs qui te font implicitement sentir mal à l’aise. Le problème c’est que ce syndrome se retrouve dans ce qui est sensé être la réalité : juste après que Cobb tourne sa toupie dans les vécés (et elle tombe, aporie donc) la scène sur le toi est TRES SUSPECT. Eames sort de nulle part, la photo du dossier change à chaque plan… et dans le canon c’est la plus haute sphère de réel. Problème…

Deuxième souci : la scène d’intro est donc intimement liée à la fin. Je ne comprends pas pourquoi les deux séquences sont reliées – la première est donc un cash test au niveau -2 sur Saito sans aucun rapport avec l’Inception. Retour du gimmick de l’homme qui attends de mourir seul, cette fois dans les limbes – deux éléments tout à fait différents. Alors pourquoi? Ca étayé la théorie de la « toupie qui tombe pas » voire celle de la « aucune importance » puisque si tout ça doit être pris un niveau au dessus, les règles de la réalité et du non-réel n’ont plus aucune valeure! Si tout le film est un rêve en soi, pourquoi se coltiner la notion du réel en elle même, vous voyez ce que je veux dire? Un beau bordel, et diantre quelle surprise d’y voir Ellen Page – la voir se réveiller cinq fois de suite serait un plaisir sans nom sans le bruit bien chiant des spectateurs derrières qui mâchent leurs cheveux…

Pas mal de questions inhérentes donc. On sait pas si c’est pas plutôt Cobb lui même la victime de l’inception (ce qui impliquerait une vaste machination mais soyons très philanthropes) ou si Mal était dans le vrai (à propos, qu’est ce que je saque pas cette assimilation de la France à Edith Piaf. Ca me rassure dans le sens où Cottilard n’a du coup aucune valeur stricto sensu diégétique dans le film, son passage le plus concret est un flashback ahah. Mais bon sang, dans le reste, ce truc est démentiellement maîtrisé. Des éléments peuvent sembler flous mais au final tout trouve du sens à un moment ou à un autre – Fisher qui sort des chiffres au hasard juste pour qu’ils prennent de l’importance sans qu’ils aient de sens, c’est brillant. Le persuader que son parrain veut le faire chanter pour faire semblant d’explorer son inconscient afin d’amorcer un autre mécanisme d’autopersuation, c’est encore plus brillant mais putain qu’est ce qu’il faut prendre des notes mentales. Les grosses interrogations restantes c’est les histoires d’aller retour – il suffit de mourir pour monter d’un niveau, check. En cas de sédatf, limbes, et on est pas conscient de pas être dans la réalité d’où éternel souci, check. Du coup pourquoi le couple suicidaire Mal/Cobb est représenté jeune? C’est une histoire de projection et de souvenir ou… et le prétexte d’entrée au niveau -4 m’a toujours semblé méga flou : on entre dans le subconscient de Cobb pour y sauver Saito et Fisher mais qu’est ce qu’ils y foutent? Pourquoi les limbes serait « LE » niveau de Cobb et pourquoi cet espace serait général, partagé? Pourquoi un ascenseur tomberait sans pesanteur? Enfin, la question la plus rigolol du lot et laissé à interprétation : Si tu es assez peu doué pour mourir dans les limbes, l’univers explose? Encore une histoire purement théorique qui n’aura aucune réponse résolument cohérente mais on est tellement porté par l’action à l’écran…

Petit souci mineur, je ne recommande pas de le revoir en VF. Honnêtement je ne pigeais rien dès qu’un mec avait un accent, le son était pas génialement fichu…

C’est peut être un peu dommage que DiCaprio décolle pas des rôles de naufrages en tout genre (et le trauma de la femme morte revient donc depuis Shutter Island, un film sur l’autre donc, dommage) mais le mec a comme d’habitude flairé le scénario bien intelligent, rempli d’acteurs badass et de tableaux franchement improbables. C’est typiquement en voyant ce genre de film que je me demande ce que sera le même type de cinéma dans 20 ou 30 ans, des concepts probablement impensables aujourd’hui seront peut être mis à l’écran, où autre chose, tout est possible. Franchement, ça me fait toujours tergiverser ce truc… qu’est ce que je peux aimer me faire retourner le cerveau par la fiction américaine.

cronawhat.png

Posted in Kulture moderne, Vidéo-lubrique | Tagged , , , | 11 Comments