Manger c’est tricher

Une petite pause à haute teneur culturelle avant le compte rendu de la Nocturne. Vous connaissez à peu prêt mon cycle, là il est temps
de pondre un truc sur une niaiserie télévisuelle et je crois avoir dégotté la crême de la crême, le show ultime, le truc qui nous met à l’écran tout ce qu’on osait à moitié
fantasmer.


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Hé non je ne parlais pas de 2girls1cup, bande d’andouilles! Solitary est le jeu de real tv
ultime parce qu’il mobilise tout ce qu’on veut voir dans ce genre de postulat. Pas besoin d’aller bien loin dans l’introspection pour savoir ce qu’on aime mater dans ces shows qui nous font
culpabiliser via le temps qu’il nous font perdre : cette fameuse mécanique d’élimination qui nous donne une liste bien précise, mais aussi et surtout voir des gens s’infliger des trucs. Que ce
soit au niveau physique, mental, cérébral, les gens viennent un peu pour ça, on mate et on digère – ni plus ni moins, on est là pour voir des anonymes pêter des câbles, une bonne kilotonnes de
câbles, on pourraît foutre le haut débit aux petits éthiopiens avec ces câbles. La plupart du temps c’est exploité de manière plus ou moins latente et subtile mais certaines émissions ne se
basaient que sur ça – je sais pas si quelqu’un se souvient de la version française de Fear Factor, animée par un Denis Brogniart parachuté des circuits de formule 1, l’un des grands enjeux du
show était de savoir jusqu’où allait l’imagination un peu déviante des producteurs puis de savourer la tête des candidats qui devaient s’infliger des sauts dans le vide et le gobage de testicules
d’animaux, tout ça motivé par le gain d’une somme plus ou moins rondelette.


Et maintenant, dans la catégorie « obvious », c’est la QUESTION. Quelle est la deuxième cause d’un bon show bien saignant bien réussi?
Non, pas le sexe, bande d’andouilles, BIS. L’isolement, la promiscuité, le fait d’enfermer un tas de gens dans un petit espace et de filmer le tout obtient des résultats assez épatants. Bien sûr
il fut une époque lointaine venue du fond des âges où on pouvait suivre les pérégrinations des candidats en live (ce qui enlevait pas mal de scepticisme sur le montage des émissions
« officielles ») mais l’essentiel est bien sûr l’interaction entre les candidats, le fait de les voir évoluer ensemble, de se construire des relations, des alliances, quitte à juste les voir
copiner où se détester cordialement. La plaupart du temps, ce tissu social va être la cause de l’ordre d’élimination…


Et ben Solitary exploite et déconstruit les deux, de manière assez fantastique, je dois l’avouer. Bon ici on est typiquement en
présence d’un show qu’il ne faut pas prendre pour argent comptant, l’essentiel étant de ne pas trop se poser de questions sur la véracité de l’action, j’imagine que le montage y est pour beaucoup
(et d’ailleurs à la fin de chaque épisode, un petit message du genre « Les images que vous venez de voir ont été montées sans pour autant en changer le fondement » pendant quelque chose comme un
dixième de seconde avant les crédits, complètement en lousedé, comme si passer ce message était à la fois un aveu de faiblesse et une obligation juridique) et si je prends la peine de souligner
l’évident c’est parce que le show a créé une mini polémique, une « polémette » parce qu’on a évoqué son adaptation. Imaginez le truc si – et c’est prévisible – une chaîne de la TNT
reprends la chose et la met sur nos écrans… les mécaniques du jeu ne plaisent pas beaucoup, enfin pas mal ont fait semblant d’être offusqué devant le principe et certains passages des opus
américains mais je le repête, ça se regarde un peu comme un bon nanard, on est conscient du niveau et ça ne nous empêche pas d’aimer.


Le truc qui énerve avec Solitary c’est … son gameplay. A pas mal de niveaux… pour préciser le contexte, c’est diffusé par la Fox,
l’éternelle chaîne bien bien puritaine dans ses choix politiques très affichés mais qui n’hésite pas à aller un peu loin dans le divertissement. Ici, on met 9 personnes dans des petits pods
octogonaux… et le dernier à ne PAS avoir abandonné gagne cinquante mille dollars cash.


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Bon j’affine un peu… neufs pods, neufs candidats, neufs numéros. Tout ce petit monde se retrouve magiquement catapulté dans cet
espace géométrique via la loi du montage et le dernier à en sortir est le gagnant. Chaque pod est individuel et c’est là que le show prends tout son sens… le jeu se fait en solo – de façon
ultime. A la manière de The Amazing Race, le choix du prochain éliminé n’est pas décidé par les candidats mais vient bien de la prestation de ces derniers, le plus mauvais dans X contexte étant
sciemment prié de prendre son flambeau et de se barrer vers d’autres cieux. Un pod, c’est une pièce principale à la couleur bien définie, un chiffre de prédilection et une petite antichambre
qu’on verra très rarement où les candidats peuvent se laver et maintenir une hygiène minimale… A partir du lancement du jeu, c’est fini, les candidats ne mangent et dorment que quand on veut
bien leur accorder. Et « on » c’est… Val.


Je ne m’amuse pas gratuitement à évoquer le village de Golden Sun, Val est bien « l’ordinateur de bord », la toute puissante divinité du
show qui reste le seul lien social avec les candidats. A la manière de Portal (et même avant puisque la première saison date de janvier 2007) Val est un logo doublé d’une voix off un poil
robotique qui impose sa tyrannie au gré du programme. Au dessous de l’écran fatidique, un autre symbole de la bonne real-tv : un GROS BOUTON ROUGE. Sur lequel il ne faut ABSOLUMENT pas appuyer
sous peine d’élimination. Enfin, selons certaines conditions… voilà, vous êtes un candidat, vous êtes enfermé pendant une très très longue période (mais indéfinie, jamais précisée) et vous en
avez marre, vous pêtez les plombs parce que hop petite nature et pif, bruit de sirène, exit. Les huit autres apprennent votre sortie (ils ne savent de vous qu’un numéro et un certain nombre de
fun facts sur votre personallité et ce que vous êtes) – c’est un cas de figure assez rare. Non, la configuration de base pour sortir du jeu, c’est d’être en plein « treatment ». Et wow, que cette
séquence porte bien son nom.


On remonte un peu le temps. A chaque épisode, les pods des candidats abritent un certain nombre d’épreuves, de mini-jeux assez
délirants. Val impose une tâche dont la difficulté est au delà du frustrant (Exemple: mémoriser un message inutilement long et auto-dépréciateur affiché à la vitesse de l’éclair, le seul moyen
pour le voir repasser étant de déplacer une kilotonne de briques encore et encore – ou pour prendre un exemple très tôt dans le show, être enfermé dans un mini coffre avec pour seule occupation
deux caillous et un sablier puis n’en sortir qu’après trois heures en étant le plus précis possible) et le premier à accomplir la tâche demandée – That is… Correct! – va être exempté
du Treatment.

Késsadire? C’est l’épreuve de tout les dangers, toujours quelque chose qui implique une incroyable résistance physique ou mentale. La
plupart s’apparentent à de la torture : s’assoir sur des objets de plus en plus fins, tourner en rond avec un mannequin lesté, retenir une séquence de cubes après cinquantes tours de chaises…
tout le monde le fait en même temps et les critères pour réussir l’épreuve deviennent de plus en plus exigeants et sérrés (certaines performances de patience sont juste hallucinantes) –
les gens ratant tel round doivent se farcir un penalty round en plus de tout les autres, dans le pur et simple esprit de punition. Bref tout ça n’a pas concrètement de fin, et là c’est
génie : pour arrêter le Treatment, il faut aller appuyer sur ce fameux bouton rouge. Mais si vous êtes le premier à l’avoir fait, c’est Game Over.


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C’est là que le show est intéressant. Quand bien même il faut déjà une belle paire de couilles pour s’infliger tout ça, il en faut
carrément une deuxième pour mettre fin au truc.
Imaginez toutes les configurations que ça implique : le mec qui pense être le plus fort de tous puis qui se
rends compte qu’il est le dernier, les gens qui se poussent à fond pour concrètement RIEN, les autres qui essaient de cheater la matrice en ne faisant rien pendant les round normaux pour se
reposer et qui se donnent à fond pendant les penalty rounds… puis au delà de ça c’est l’idée qu’ont les producteurs, la petite torture de l’épisode. On se demande bien ce que ça va être cette
fois… c’est toujours sadique, jamais bien méchant ni dangereux mais juste foutrement nourricier en expressions et autres « HOOOOOO. § » Des fois c’est purement physique : avoir la bouche
maintenue ouverte, s’attacher le maximum de pinces à linge sur le corps, s’allonger sur des chaînes. Parfois c’est juste sale : manger son plat préféré… mixé à celui de tout les autres
(un round : un ingrédient en plus) sentir des mixtures malodorantes puis les boire – puis parfois c’est juste destiné à rendre dingue. Ce genre d’épreuve implique la répétition et la
redondance, exploitée à l’extrême, où il faut faire le même mouvement rendu très pénible en un minimum de temps. Exceptionnellement, celui du premier season finale ne remplissait aucun de ces
critères : les pods ne « faisaient » que rétrécir indéfiniment… brr.


Bien qu’étant le petit climax de l’épisode, le treatment est aussi l’introduction du suivant. Fatalement, quand quelqu’un abandonne,
les autres continuent sans savoir si c’est pour la bonne cause et souvent pour très longtemps! Quand tout le monde a terminé sa petite affaire (ou quand Val décide d’y mettre fin) on revient à
nos moutons. Les candidats sont libres de glander comme ils le souhaitent (parfait pour les petites séquences de transitions où on les voit sauter partout en disant n’importe quoi) où de
participer à d’autres petites épreuves, parfois avec enjeux, parfois sans. Encore une fois, ces petites épreuves de transition ne prennent pas beaucoup de temps à l’écran mais doivent durer une
eternité dans le contexte : trouver un haricot en polystyrène rouge dans un plein carton rempli, tailler 300 crayons vierges, écrire 500 fois « I Love VAL » – toujours un truc très long, très
épuisant ou juste très chiant. Ce genre d’évènement ponctuel permet aux gagnants de s’octroyer des petites récompenses dont ils peuvent profiter, à moins de vouloir copiner et de partager avec
tel autre numéro. Dans d’autres cas, c’est juste un attribut d’handicap « Allez vazy 2 heures de cris de bébés pour numéro 9 j’aime pas sa gueule » ou une petite sieste. Petit moment assez
priceless et running gag de la real-tv américaine, les « auctions » ou enchères – où les candidats restants misent des heures de sommeil ou de la monnaie virtuelle sur tel ou tel avantage/handicap
sur l’entiereté du jeu ou le prochain treatment. Une fille gagne du pop corn et s’en sert pour fâcher entre elles et nourrir un derby entre deux autres personnes, mais toute cette débauche
stratégique.



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Le seul jeu où on écrit « Génie » en pop corn autour de soi en prenant des pauses christiques


Fatalement le nombre très réduit de candidats empêche d’avoir un vrai gros panel de personnalités charismatique mais il faut bien
avouer qu’on s’attache bien à nos petits numéros. Les séquences un peu trop prévisibles sont malheureusement nombreuses « Bouhou je pête les plombs parce que j’aimerais un peu de temps d’écran » –
D’une saison à l’autre, les poncifs habituels reviennent sans trop de difficultés (le mec un peu barré socialement, la blonde nunuche, la mère de famille qui a un gros trauma qu’elle se privera
de spammer, le grand black super aventureux qui va être le deuxième à se faire avoir, le mec vaguement cool et bio) mais leurs réactions et comportements sont irrésistibles. Bien sûr quand on est
seul on oublie vaguement qu’on est filmé et on à un peu plus tendance à se lâcher… d’où un abus assez conséquents de « bips » sonores en pleins milieux de phrases (Val se fait beaucoup
insulter… mais sait répondre avec grâce!) et la seule chose qu’on sait des candidats, c’est deux ou trois petites anecdotes sur leurs vies. Autrement dit, on a pour seul avantage l’omniscience
et le visage de tout le monde, on ne sait rien de leur passé et c’est pas plus mal, seul leur comportement intra-muros compte. Faut dire que leur environnement est assez limité : dix pieds de
longs (littéralement ahah) quelques miroirs, des chiffres et un espèce de casier où passent toutes sortes d’accessoires pour les jeux et la bouffe standard, uniquement composée de barres
protéinées qui font tout sauf envie. Du coup, il chantent, dansent, font joujou avec leurs récompenses et effet personnels, se lancent des piques via Val interposée. Certains sont là pour le
BUSINESS SERIEUX et sont rapidement éliminés et d’autres deviennent de plus en plus attachant, au vu de leur patience et persévérence assez démentielle. Au final, on ne sait pas pendant combien
de temps ils ne dorment/mangent pas (on peut régulièrement voir des bouteilles de flotte un peu partout) et pas mal de comportements changent à un certain stades. Des candidats se rasent la tête,
s’écrivent des trucs un peu partout sur le corps… et entretiennent des duels surréalistes avec des gens qu’ils n’ont jamais vu. On leur donne une caméra, un animal de compagnie? Réaction
priceless. Parler tout seul possède une dimension épique mais quand vous êtes filmés… ça donne un tas de petites séquences hilarantes. Humour très bien fourni avec Val, la voix off à peine
moins sarcastique que cette bonne vieille Glados, la première possède un minimum de coeur et hésite pas à octroyer telle ou telle faveur de temps en temps, entre deux remarques glacées et
sophistiquées.


Enfin, si les petites distractions sont sources d’humour et les treatment source de pas mal de sadisme, il reste les test –
ces fameux jeux sensés préserver du treatment à venir. Là aussi, l’imagination très très fertile des concepteur est importante car tout est fait pour rendre les candidats maboules. La plupart du
temps, c’est juste un très vaste exercice de puzzle ou de mémoire. Imaginez devoir retenir un film glauque quand Val débite des anecdotes sans interêt sur l’environnement! Imaginez des milliers
de billes qui débarquent dans votre pod, des billes que vous devez compter en feintant d’ignorer la lumière qui s’éteint toutes les trente secondes? Non, vraiment, c’est génial. Enfin pas génial
qualitativement bien entendu mais c’était LE JEU à faire, c’est maintenant fait et une adaptation soft serait appréciée. Puis voilà, j’aime bien les réflexions sarcastiques de Val et le
coté très cheap de la présentation, entre décor 3D foireux et utilisation constante du split screen… souvent à des fins esthétiques… mais parfois à des fins comiques.



Bref typiquement le show rempli de fanservice, à regarder au premier degré et demi – parfois le scénario est complètement assumé, vu
que la première saison « tue » son gagnant et que la deuxième fait croire au plot twist le plus puissant de tout les temps (comme quoi le dernier en lice enchaînerait directement avec la troisième)
si on veut voir des gens subir des trucs de fous à la Mario Party en faisant plus ou moins semblant de devenir dingue, avoir une légère tendance sadique peut éventuellement aider. Je pensais pas
le foutre un jour sur une real-tv mais…



N’oubliez pas, ce n’est pas vraiment un sceau de qualité mais plutot d’approbation, comme quoi ça remplit ce que je cherche dans tel
ou tel contexte. Bien sûr ce n’est pas aussi grisant et bien foutu qu’un bon vieux Survivor ou The Amazing Race des familles mais ça à un petit quelque chose, c’est parfaitement exploité. Il doit
y avoir un torrent des trois premières saison quelque part, bon sachez juste que personnellement j’ai mis quatre mois à la télécharger, c’était un peu une épreuve de patience avant
l’heure.

Bon il est tard, on passe du jour célébrant le best. saint. ever. à la journée où Télématin va peut être annoncer quelque chose de
crédible pour sa rubrique nouvelles technologies, comme ça, pour rigoler. En attendant je vous conseille de façon totalement innocente tout ça le dernier Chez Marcus…

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3 Responses to Manger c’est tricher

  1. Nashi says:

    Et dire que j’ai supr le torrent entre temps >:

    Bon comme je le pensais au moment où j’ai eu vent du soft ça à l’air tétra-puissant, tu m’a convaincu pour 4 mois de dowload poussif Concombre =D

  2. Zoneur says:

    Wow, le concept de taré xD C’est flippant quand même d’enfermer un gars dans un coffre pendant trois heures, sans lui dire le temps oO

    Et à côté, on a Secret Story et La Ferme Célébrités… D: Et quand on adapte des real-tv étrangères, ça chie. Dommage 🙁

    Puis bon, la real-tv c’est pas trop mon truc (avec la musique et autre chose aussi, ça va devenir un running gag !).

  3. Zoneur says:

    Hop double commentaire (ça manque d’une fonction éditer 🙁 ):

    Je viens de remater et en fait, j’avais déjà dit que la real-tv c’était pas trop mon truc. My bad.