Xadanu versus Valhalla

Duel de qualité! Haibane Renmei contre Serial Experiment Lain. Deux animes toujours
très bien reçus, parfois jugés essentiels à la vision… qu’on va comparer un peu. En jeu : le sceau d’approbation!

Si vous vous demandez pourquoi un bête post comparatif au lieu de deux machins séparés, la réponse est purement arbitraire. Dans mon esprit, les deux sont mentalement associées, j’ai du mal à
évoquer l’un  sans penser à l’autre. Les deux commencent à vieillir (diffusés respectivement en 2002 et 1998) c’est Y. Abe qui est derrière le chara design pour les deux, et on peut trouver
pas mal de similitudes de scénario, de petits gimmicks, d’ambiance. Deux bons animes mais j’en ai largement préféré un, et les deux se complètent bien façon ying-yang – sauf qu’en l’occurrence
c’est plus une question de couleurs chaudes et de couleurs froides.

Okay, commençons par les scénarios respectifs. Dans Haibane Renmei, une jeune fille d’âge relativement déterminé, Rakka, se réveille dans un cocon en plein coeur d’une petite bourgade
passéiste mais dans une époque très contemporaine (on voit des petites mobylettes) miracle, elle est acceuillie par des anges. Ce mot n’est pas évoqué une seule fois dans l’anime, on les
appelle le peuple « Haibane ». Les Haibane vivent en communautées non-mixte et se fondent dans le décor abandonné par les humains – les deux vivent en bonne harmonie, la cohabitation ne dérange pas
grand monde même si tous sont assez enclavés – mais l’entièreté de la ville est entouré par un gigantesque mur qu’il ne faut surtout pas penser à franchir, encore moins l’approcher, comme quoi le
mal l’habiterais. Tant de mystères auxquels Rakka doit faire face, elle qui n’a plus aucun souvenir de quoi que ce soit avant son nouveau réveil. Elle va devenir une Haibane, s’intégrer,
des ailes vont lui pousser dans le dos (aïe.) et elle va recevoir son auréole, participer à un certain nombre de rites spirituels et commencer à vivre la routine et chercher du travail. Dans Serial
Experiment Lain, les premiers repères sont bien plus familiers. On est pas dans le semi-fantastique mais il est un peu plus latent et subtil : Lain Irakuwa est une jeune adolescente de 14 ans qui
fait un peu jeune pour son âge. Reclue, marginale, la vie de lycée n’est pas faite de gaité de coeur et c’est bien plus facile de s’allonger sur son lit en pyjama « ourson » – bref les choses
s’activent un peu quand une camarade de classe se suicide … pour envoyez des mails à ses copines depuis l’au delà? Elle les conseille de rejoindre le Wired, comme quoi le corps de serait
pas nécessaire? Bizarre… pour la petite Lain, les choses vont commencer à se détraquer d’elle même, et le concept de « Wired » va prendre une importance capitale pour elle, celle qui ne connaissait
rien aux ordinateurs.  

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C’est un énorme point commun entre ces deux animes : Lain, Rakka, c’est vous. C’est votre avatar dans ces deux univers, vous y rentrez vierge, sans aucun passé, sans
aucune explication alors que visiblement tout s’écroule ou tout est nouveau. Tout va être une histoire de compréhension sur le tas et d’une quête de réponses. Pourquoi? Comment? Ce que ça implique?
D’un coté, il y a le concept de Haibane. Pourquoi Rakka se réveille soudainement dans cette communauté hors de tout? Pourquoi elle? Qu’implique le statut d’Haibane? Une sorte de quête spirituelle
qui va se faire au fur et à mesure, non sans quelques à-coups bien brutaux. Il y a cette sorte de vie quotidienne qui se fait en parallèle, un coté très tranche de vie qui se regarde sans aucun
problème puisque la connivence entre les humains, les Haibane et un troisième peuple mystère est un concept suffisamment jouissif. Avoir une auréole, des ailes, ça empêche de dormir sur les dos
mais après?
De l’autre coté du miroir c’est plutôt les repères habituels qui se déglinguent. Dans l’univers de Lain, l’équilibre entre rationnel et fantastique est indéfinissable. Des textures étranges qui
apparraissent sorties de nulle part… des gens qui se figent comme si on avait trafiqué la matrice… et ce concept de « Wired », métaphore subtile d’Internet. Deux trois filles du lycée vont faire
preuve de magnanisme et la sortir un peu mais c’est là que des bizarreries apparaissent : un clone de Lain sème la terreur un peu partout, que ce soit dans le monde réel ou autre part. Justement,
quelle est la limite entre le réel et cet autre part? Difficile de le deviner. Lain semble hors de toute réalité, justement. Pas à la masse, mais bien hors de toute réalité.
Réalité morne, lente, pesante, difficile à vivre et ce n’est que le premier épisode…

Ce qui nous conduit logiquement aux personnages. Je disais tout à l’heure que le même type était aux commandes du design à ce niveau là et il faut dire que les deux univers sont très, très
féminins. Rakka se réveille dans la « vieille maison », uniquement habitée par les femmes et les enfants Haibane. Il y a bien des hommes mais ils sont mis à l’écart, dans la « vieille usine ». On en
voit de temps en temps, histoire de comprendre que la communication n’est pas toujours évidente, d’autant plus que certains se cachent et se fondent dans la masse humaine… l’entourage de Lain
c’est aussi la brigade des oestrogènes, à croire que son lycée n’est pas mixte non plus. Il y a bien son père, mais il semble tellement indifférent, tellement distant face aux subites distorsions
de la réalité qui s’opèrent sous les yeux de tout le monde…
Rakka va donc copiner avec ses amies à plumes. Chose curieuse chez les Haibane, tout le monde est nommé en rapport avec le rêve « pré-cocon » qu’il a pu faire. Une bande de joyeuses copines donc,
souvent un poil androgynes (si vous cherchez des gros bonnets c’est mort, passez directement en case Gurren Lagann) surmontée par Reki, la femme fatale brunette qui s’acharne à prendre soin de
Rakka et des « jeunes plumes ». Une femme bien sombre, au passé bien mystérieux, tout les clichés du genre parfaitement exploités. Les autres ont souvent leur petit épisode central, toujours très
routinier, le temps que Rakka trouve un boulot stable, marque ultime d’intégration sociale.
Dans Serial Experiment Lain c’est l’inverse total : hors de question de penser en terme de « communauté », au contraire c’est bien Lain contre le reste du monde. Les rares contacts avec le monde
extérieurs semblent juste artificiels et dénué de tout sens, elle va trouver refuge sur la toile qui est bien différente de la notre. Le « Wired », c’est davantage une accumulation d’inconscience
commune, un tas de connaissances laissés à libre consultation, tout le monde peut s’y balader partout et être omnipotent… c’est extrêmement étrange et indescriptible. En tout cas, c’est un
phénomène à la mode qui va de paire avec le dernier appareil à la mode, les Navi. Aucun rapport avec Avatar, c’est juste une litote pour dire « ordinateur »… en plus sophistiqué, n’oublions pas que
temporellement nous sommes vingt minutes dans le futur.


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Parlons un peu de l’ambiance qui se dégage un peu dans les deux cas de figure. C’est crucial car c’est l’occasion de se
plonger dans autre chose, se déconnecter un peu mais ça peut avoir des conséquences terribles selon votre état d’esprit. Par exemple et pour spoiler un peu le but premier de l’article, les deux
séries tiennent en treize épisodes (à mater quasiment d’une traite donc) et j’ai maté Haibane Renmei en quatre jours, à l’inverse de Serial Experiments Lains que j’ai picoré un peu passivement sur
plusieurs mois. Globalement, ce sont deux animes assez lents dans leur traitement et dans le déroulement. Vous me direz qu’on peut pas vraiment se le permettre mais c’est parce qu’il n’y a
pas beaucoup de pistes lancées de part et d’autres, juste ces fameux mystères initiaux. Après, les deux sont lents à leur manière…

Dans Haibane Renmei, l’ambiance est lente car les points principaux du scénario avancent par à-coups. On vit tranquillement sa vie, on essaie de piger un peu ce qui nous entoure, on rencontre des
petits perso ponctuels, en fait on est surtout submergé par la beauté globale de la chose. C’est lent dans le traitement mais très vif dans les couleurs, très tons sépias et vert printanier.
L’Hiver tombe d’un coup et la série s’assombrit, les moments épiques s’accumulent… en terminant la chose la première métaphore qui m’est venue à l’esprit c’est « l’ambiance plaine Termina », pour
ceux qui ont joué à Majora’s Mask. Une ville hors de tout, une grande plaine qui l’entoure, des limites plus ou moins tangible et surtout une sorte de fatalité qu’on ne cerne pas vraiment. Tout ça
plus le coté surréaliste qui n’a strictement rien de dégueulasse tant l’anime est rationalisé, le fantastique c’est surtout dans l’interprétation du spectateur.
Lain, au contraire, se targue d’une ambiance réellement sombre. Les couleurs ne sont pas naturelles, le ton est morne, les mots sont assez rares et l’ensemble est très très silencieux. Les plans
peuvent être longs, gratuits, bref ça mise sur l’onirique et ça m’a un peu moins touché. En fait, parfois je regardais un épisode comme un épisode de milieu de saison de 24 : dans une fenêtre à
part, en faisant d’autres trucs. Ce sentiment un peu pénible de ne pas vouloir mater la suite immédiatement n’apparaîtras peut être pas chez vous mais il m’a personnellement freiné… en revanche,
le concept de Wired vire l’intégralité des limites rationnelles qu’on peut trouver dans Les Ailes Grises : ici on ne COMPRENDS PAS. On interprète, on se prends des mindfucks, on interprète
mais on ne comprends pas totalement. En fait, l’anime dit tout presque dès le début, donne les pistes mais il va falloir un peu tenter sa chance et avaler pas mal de non-sens apparent. Au final il
y a des taaaas de morales et de comparaisons à chopper, en 98 on peut dire que Serial Experiement Lain est un très bel exemple d’anime d’anticipation… immédiate. Sur Internet, sur les
conséquences que cela implique. La situation finale peut laisser un peu pantoise mais c’est aussi le cas pour Haibane Renmei : Bittersweet Ending. Il va falloir se taper une fin tristoune
en morale très très GRISE!

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Car enfin, la visée et la tension dramatique sont deux gros point communs. Dans les deux cas, on SAIT que quelque chose va mal se passer si ce n’est pas le cas
dès le début. Pas à la manière d’Hinamizawa où la violence et les tripes deviennent un gimmick, non là des éléments de scénario nous indiquent que les perso ne meurent pas mais… il disparaissent.
A leur façon, sans prévenir, ce qui va en foutre un coup sur les deux personnages principaux, le temps de faire deux trois beaux épisodes de drama. Cet aspect est renforcé par l’univers qui s’auto
alimente de façon fort remarquable : le lieu d’action d’Haibane Renmei est habité par une mythologie dont le dogmatisme vous rappellera The Wind Waker, pour rester dans les comparaisons de
Zelda. (Et tant qu’à le placer, Haibane Renmei est issu d’un… doujin)
Les problématiques vont surtout venir de la tête des personnages et de cette fameuse notion de « pureté ». Vous en manquez? Vos ailes se noircissent, synonyme de mise au ban, problème donc et risque
de devenir un être entre-deux, un être apatride. Certains persos ont leur petit passé ténébreux (et c’est pas franchement difficile de deviner lesquels vu leurs têtes MAIS attention aux faux-amis)
et il va falloir gober pas mal de séquences bien triste et tire-larme. En revanche, Haibane Renmei est un anime INCROYABLEMENT CHALEUREUX. Ca réchauffe le coeur à un point assez impensable tant
l’ensemble respire la bonté, la gentillesse, la chaleur humaine, les sentiments, bref on rêve tous d’être un haibane pour faire des câlins à tout le monde, si on met de coté l’aspect un peu
sectaire apporté par le coté communauté-recluse-qui-a-sa-propre-histoire-ses-propres-cultes.
Dans l’immeuble d’en face tout le problème va se dérouler dans les yeux de Lain. Yeux marrons, bizarroïdes avec ces petites rainures noires, yeux qu’on va voir en gros plan comme les pieds d’Uma
Thurman dans Kill Bill! Pourquoi cette distortion? Comment interpréter le fait que des câbles poussent dans la chambre de Lain, quels sont ces Men In Black qui la surveillent? Et surtout,
surtout pourquoi tout le monde semble être aussi à la ramasse? Le pire dans tout ça c’est que Lain semble tout piger avant nous. Enfin, piger, peut être pas mais accepter est déjà plus juste… et
ça me gave car c’est un peu indescriptible à raconter mais aussi indescriptible à accepter. Le machin alterne des scènes de vie quotidienne avec du PUR abstrait qui déstabilise si on s’accroche pas
à une interprétation qui nous viendrais éventuellement. Si vous regardez ça  d’un oeil, c’est fini, le machin n’aura plus d’intérêt tant la chose va paraître insipide. L’anime agit plus comme
une progression : la jauge de mindfuck monte, monte et explose d’un coup et votre cerveau avec.

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Les deux animes ne sont plus très récents et celà se voit sur l’emballage… et là aussi on trouve des similitudes. Deux animes, deux endings, seul l’opening de Serial Experiment Lain est
chanté en … anglais, par Boâ. Surprise! Autour de ça on reste dans l’ambiance très néo-techno-punk de la chose. Dans les deux endings on peut voir simplement l’héroïne dans le plus simple
appareil sous une très douce musique uniquement composée de cordes, électriques chez Lain, vocales et acoustiques dans Haibane Renmei. L’opening de ce dernier, « Freebird » – n’y voyez pas un lien
avec du rock sudiste d’impro – est une très jolie introduction instrumentale de l’anime qu’il introduit. C’est doux, c’est gentil, c’est TRES chaleureux. De l’autre coté c’est l’énigmatique et le
métaphorique qui prime, chaque épisode de Lain à ses propres gimmicks. PRESENT DAY, PRESENT TIME, MUHAHAHAHA! Bruits de télé sur le point d’exploser, tête de Lain en mode « omniprésence » et annonce
du nom d’épisode en murmuré, façon voix de Mac. Sinon c’est que dalle, juste éventuellement de la musique transe de boîte de nuit (pour les scènes de boîte de nuit non trop fort) niveau animation,
Lain a bien moins veilli et le format 4:3 commence à peser (surtout pour des animes plus récents comme FullMetal Alchemist, ça fout un vrai coup de vieux)
Important : j’ai maté Lain en japonais et Haibane Renmei en Français et j’ai beaucoup aimé la dernière version, mais je suppose humblement que les quatre sont toutes très acceptable puisque dans
tous les cas les mêmes gens sont derrières.

Donc donc donc…

Pour Haibane Renmei. Lain est à mater mais je l’ai vu de façon trop passive, sans trop comprendre ce qu’il se passait et donc du coup avec beaucoup d’émotion. De
l’émotion, Les Ailes Grises en procure beaucoup, tant ses personnages, son univers mystérieux et son coté planant transpirent la sympathie. Deux animes à voir et surtout à découvrir car il est
franchement difficile d’en parler sans dévoiler grand chose… mais Haibane Renmei et le personnage de Rakka FOR THE WIN. Cet anime est BEAU. Et ce mot est tellement difficile à
sortir!

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3 Responses to Xadanu versus Valhalla

  1. Zoneur says:

    J’ai vu les 4 premiers épisodes de Lain et… j’me suis fait chier comme un rat mort 🙁 Quand je regarde le temps qu’il reste et que j’me dis « Putain, seulement 5 minutes !? », bah… c’est pas bon
    signe 😀 On s’emmerde quoi, c’est lent, il se passe rien, comme tu le dis on a des plans gratuit de 30 secondes sur Lain qui descend les escaliers… Bref, ça m’a vraiment pas du tout emballé quoi.
    Et même si je pense finir un jour, histoire d’avoir un jugement plus… juste, j’ai vraiment pas envie D:
    Et Haibane Renmei, faudra voir, ça a l’air moins relou. Mais si c’est vraiment aussi lent que Lain… meh 🙁 Au moins, ce sera moins terne.

  2. Bonjour… Tout part du fait que je suis fan de Castlevania, serie de jeux videos vampirique ô combien prestigieuse, et de ce fait j’adore tout ce qui touche aux vampires… Mais j’ai vu Twilight
    et je n’ai pas pu garder mon avis pour moi: J’ai tourné une critique sur ce film et connaissant le fanatisme des inities je m’expose à de sérieux problèmes…

    faites tourner! Ce genre de films ne doit plus se reproduire.