Les bons conseils de tonton Andy

Kewa? J’ai même pas encore pondu un truc sur Weeds? Scandâââle! C’est vrai que je vous assomme un peu de critiques ces temps ci mais voilà hein.

C’est après cet argument d’autorité de fous que je vais vous introduire non pas ma résine spéciale (1) mais cette fabuleuse série qu’est Weeds. Les anglophones auront pigé de quoi il s’agit, les
autres ont le droit de lire la suite. Partons d’un raisonnement en aval : c’est Showtime qui la commande et la diffuse. Cette chaîne c’est aussi d’autres trucs formidables comme Dexter ou
Califonication mais c’est avant tout une chaîne payante, comme Canal dans nos vertes contrées. Et contrairement aux animes où on regardera davantage le studio de production, une série américaine
est bien plus caractéristique selon la chaîne qui la commande… et je le répète, on est dans le payant. Selon le raisonnement simpliste que je viens tout juste de trouver, une chaîne payante
produit des séries de meilleures qualités car elles sont coutumières de tout ce qui peut choquer les puritains bien-pendants de la Fox (bon évidemment ce n’est pas vrai mais chaîne payante :
meilleures séries, point) voyez plutôt, on parle de Showtime et d’Home Box Office, qui a diffusé tout ce qu’on peut catégoriser dans les « oeuvres majeures », dont la sainte trinité des séries
ricaines (Six Feet Under, Oz, Les Sopranos et The Wire ce qui fait quatre mais ça vous apprendras à tout prendre de façon dogmatique) mais aussi Rome et pleins d’autres trucs très sympas.

Voilà la restranscription de la réaction des différentes chaînes du PAF après visionnage de quelques épisodes de l’objet du crime :
– TF1 : « Wow c’est pas très banal. Si on le diffuse, ce sera à deux heures du mat’, ce serait trop dur pour nous de bouleverser les méméres qui matent les Expert »
– France Télé : « On l’a pas achetée, et on le fera pas. On avoue quand même que c’est une série de qualité, alors on est bien cons »
– M6 : « On pense l’acheter sans la diffuser, parce que c’est trop violent même si on a réussi à foutre Prison Break en prime, on aimerais avoir les droits des DVD »
– Canal + : « OK PROFIT !!! »

C’est donc la chaîne cryptée qui diffuse cette petite pépite en France. Chaîne cryptée et payante donc, la seule à produire des séries françaises un minimum potable (en même temps à coté y’a R.I.S.
police scientifique à coté ahah) la boucle et bouclée, vous aurez pigé mon raisonnement, en France le « mieux télévisuel » à un prix. Bon, pourquoi tout le monde pinaille à mettre Weeds sur les
écrans? Si vous n’avez pas encore saisi le sujet de la chose, c’est que vous avez un très mauvais niveau en anglais et c’est pas top avec les temps qui courent. Car oui, Weeds veut dire « Herbes » en
anglais, et on ne parle pas de la bonne odeur de l’herbe coupée mais bien d’herbe dans un bong ou de beuh dans un pétard. HOMONDIEU SUBVERSION, car le scénario du truc tourne autour de ce qu’on
peut respirer passivement pendant un concert de Moby.
Je développe…

Nancy Botwin est une femme sublime, incarnée par une actrice sublime (Mary Louise Parker, ce qui fait nom de vieille mais c’est trompeur) je veux que ce soit bien ancré dans vos esprits, c’est un
canon. Bref Nancy est une mère au foyer assez banale, habitant dans un petit bled de la banlieue de Los Angeles, Agrestic (j’ai récemment pigé que c’était un anagramme de « Cigarets » débauche
débauche) où tout le monde se ressemble, fait les mêmes trucs, a les mêmes réflexes, les mêmes habitudes, les mêmes espérances… une bourgade à la Desperate Housewives quoi. Maintenant, twist de
départ : Nancy vit son train train quotidien dans sa grande maison où cogitent ses deux mômes, et voilà que le père (Jeffrey Dean Morgan, l’homme qui meurt-toujours-de-la-même-façon) fait un arrêt
cardiaque. Stupeur dans la famille, stupeur pour cette mère qui, pour tenir le coup financièrement, va commencer à dealer avec le voisinage et à s’immiscer petit à petit dans le monde et la logique
de l’herbe qui fait rire – sans pour autant jamais en consommer.

C’est là que le pilote commence. On est dans un format comique, mais « comique de chaîne cryptée » à savoir des saisons d’une quinzaine d’épisodes d’une petite demi heure, à décors variables et sans
rires pré-enregistrés (au cas où vous auriez accidentellement le mot « sitcom » dans la tête) où les personnages ont leurs petites « storylines », les grands arcs narratifs agrémentés de petites
histoires ponctuelles. Je parlais de Desperate tout à l’heure, on pourrait penser à mélanger les deux spontanément mais les deux fictions ne se rapprochent que par deux points précis :
– La notion de « banlieue » y est très importante, dans les deux cas le conseil municipal et ses enjeux comiques veille, d’autre part la banlieue est quelque chose qui pousse rapidement, comme…
vous m’aurez compris
– Les deux sont à prendre au « premier degré et demi » mais quand Desperate fait parfois sourire, Weeds réussit réellement à vous dérider. Pourquoi donc?

Tout, strictement tout dans cette série est hyper léché, soigné, travaillé au poil. C’est la vaillante Jenji Kohan qui est à l’écriture et on sent bien la volonté de faire un truc à la fois
hilarant, parfois triste et novateur – ça ne ressemble à pas grand chose et c’est le but réel de toute bonne série télé. Et, bonheur, Weeds est une série à personnages.

Comment ne pas parler de la fabuleuse Nancy, trentenaire dépassée par les évènements et par ce qui l’entoure… un sublime petit minois, tout le temps en train de siroter un milk-shake mystérieux,
maîtrise au mieux l’expression « je suis paniquée ET mignonne ». De toute façons, les scénaristes l’ont bien compris, et l’un des produits de Nancy sera baptisée « MILF Weed », et si vous avez compris
ça, vous n’avez pas d’âme. Autour d’elle la maisonnée a quelque chose d’assez particulier – le fils aîné, Silas, est relativement normal dans un univers de dingues. Ado de seize ans, il débute la
série avec l’habituelle intrigue amoureuse (avec un sourde, ce qui impliquera MSN pour des séquences assez particulières) mais aussi Shane, le fils cadet d’une dizaine d’année, étonnamment précoce
avec ses yeux globuleux. Le genre de môme a faire des tirades sur la liberté d’expression ou la sexualité de sa mère… dans la maisonnée on trouve aussi Lupita (la femme de ménage latino, parce
que dans Weeds toutes les mères de famille ont des femmes de ménage latino) qui fait tous sauf la vaisselle, normal !
Pas très loin après le début de la série apparaît Andy, le beauf-branleur de base, élément comique par excellence, incarnation totale d’une catégorie de personnage très branleurs/glandeurs. Car
oui, Weeds c’est un peu l’apologie de la simplicité et de la paresse, apologie illustrée avec du fap fap par MSN interposé ou posage devant « Incroyaputes », le porno que tout le monde semble
connaître. Cette catégorie se complète pas mal avec Doug, le fonctionnaire qui, au boulot, lance son boomerang, se fait des sucreries spéciales ou mate des conneries sur Koreus, bref tout sauf
bosser. Il est perpétuellement en conflit avec Celia, la meilleure copine un poil psychopathe, qui n’hésite pas à faire manger en douce (beaucoup) de laxatifs à sa fille un peu enveloppée. A coté
de ça, il y a les « dealers », la mama négrita qui fait très vétéran dans le métier, le gentil Conrad qui dragouille gentiement l’héroïne…

Tout ce beau monde a perpétuellement un bong, ou un pétard dans la bouche, car Flash Infos, le thême de la série c’est un peu la démocratisation des drogues douces. Sous toutes les formes
possibles, que ce soit de façon classique, en space cakes ou même dans une sucette! Et le jeu et démentiel. Tout le monde paraît timbré, frappé, allonge les voyelles à outrance, fait des regards
dingues avant de balancer des phrases sentencieuses, certaines fins d’épisodes font leur petit effet.




Le matin est làààà, le matin est làààà, il faut se lever, le matin est làààà

Au delà de leur dinguerie, les personnages sont très attachants car assez réalistes : tous névrosés, toujours dans cette espèce de quête de sauver, voire cacher les apparences, il y a comme un
bonheur inaccessible pour tout le monde, et je ne préciserais pas le palliatif trouvé.

Car oui, effectivement, certes, il va sans dire, en effet, Weeds est remplie de bonne volonté et d’atouts majeurs, elle fait RIRE. Et ça, dans une décennie qui popularise le drama sous toutes ses
coutures, c’est difficile à appliquer, de manière audacieuse qui plus est. Trois ressorts : les personnages, okay classique. Tous très variés, mais aussi particulièrement intelligents à leur
manière. J’entends par là qu’ils ont la science infuse du langage et j’en viens au méga atout majeur de la série : les dialogues. Un vrai caviar comique, toujours le bon mot, la bonne vanne,
l’excellente comparaison qui va vous dilater la rate. Weeds, c’est un pelletées de gimmicks absurdes, comme Pittsburgh ou les Segways, voire les gens qui se baladent à poil sur les Segways… des
petits choses du genre, et des petites scènes complètement surréalistes au angles de caméra barrés. Les scénaristes sont complètement schtarbés et si ils lancent une petite idée de scénario dans le
vide dans X épisode, il n’hésitent pas à l’exploiter une saison plus tard.
« Si c’est cette folle de l’Alaska, je suis pas là. »
Zum beispiel : Nancy se rends chez un « fournisseur » spécialisé dans les gâteaux. Dialogue irréaliste de cinq minutes sur l’importance demesurée de faire du sport.
Autre scène démentielle : la leçon intégrale sur la
masturbation
, nombreuses métaphores et comparaisons à l’appui.

Dernier exemple que j’aime bien, scène rigolote où Andy se fait choper par les flics en présence de beuh, consultation chez l’avocate maboule…

– Alors?
– Probablement dix années de réclusion…
– …
– BLAGUE !

Maintenant, je suis définitivement calé sur l’apellation de la partie du corps entre le phallus et les saintes boules. Merci Lupita!

Puis il y a ce petit coté immoral, pas méga conformiste qui plaît bien. N’oubliez pas qu’on est dans les chaînes payantes, sur la globalité du truc y’a pas mal de choses assez osées : pas mal de
sexe d’une part, sous toutes ses coutures (si il y a des fétichistes des pieds dans le coin…) et pas toujours souhaité, que ce soit par « droit de cuissage » avec les obligations de boulot de Nancy
ou les aventures sexuelles du débridé Andy, qui va devoir affronter un gode noir assez effrayant de prestance (j’ai pouffé de rire en tapant cette phrase) après tout, avec la drogue douce aussi
omniprésente, pas trop de quoi faire beaucoup de chichis. Alors bien sûr les conséquences logiques vont de pair : parfois un discours très anti-Bush est tenu. Détester ses enfants ou être lesbienne
à 12 ans semble tout à fait normale. Est ce que c’est gênant? Pas du tout. D’autre part, la série étant très majoritairement composée de LOL, il n’empêche que certains passages sont assez méchants,
certains personnages sont exécutés très froidement et sans prévention aucune (hé, c’est le milieu, après tout) et le ressort de beaucoup de fins d’épisode consiste à « T’est dans la merde ». Le
season finale le fait toujours très bien, surtout le premier.

L’habillage sonore est assez particulier. Vous connaissez peut être la musique du générique, « Little Boxes »… à partir de la deuxième saison, la musique est interprétée par un groupe différent. On
se tape donc du « Ticky-tacky » par Death Cab for Cutie, Randy Newman, les Submarines ou même Linkin Park… les épisodes en eux même sont remplies de petites tourneries méconnus, pas toujours très
appropriées mais souvent efficaces, surtout en fin d’épisode. On retrouve ce schéma que j’adore, « Situation finale et retournement de situation/lancement d’une musique très sympa/début du générique
calé sur la zique » c’est très primaire mais ça marche chez moi. Et n’oubliez pas, si c’est bon pour moi, c’est bon pour vous.

J’avais acheté les deux premières saison pour 20 Euros sur CDiscount, c’était l’affaire du siècle, maintenant que la troisième est sortie en DVD c’est le prix unitaire appliqué, dommage, mais
recommandation quand même. Trois premiers épisodes un poil longuets et introductif mais les sur-hilarants quatrième et cinquième sauront apaiser vos doutes. Vraiment drôle, par son sujet, son
traitement, son soin, mes surtout ses situation et son coté verbeux, ces petites impros lexicales irrésistibles.


Approval tout court, à deux pixels du Golden mais ce dernier doit garder un certain prestige, han han n’est-ce pas. C’est ma meilleure série tragi-comique actuelle.
(1) On me signale dans l’oreillette que je viens de recevoir une plainte de Familles de France 🙁

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5 Responses to Les bons conseils de tonton Andy

  1. Nashi says:

    Banco je prend, et peut-être même que cette fois je prendrai le temps de mater plus de 6 zodes =D

  2. Kitsune-san says:

    Ouais. Bon. Maintenant, je vois définitivement plus les bananes de la même manière. Et je n’ai apparemment plus d’âme, si je t’écoute.
    Cet article m’aura appris bien des choses, dites-donc.
    Mais ça a l’air sympa, j’essayerai de me procurer la première saison, d’une manière ( légale ) ou d’une autre =).

  3. Trolloc says:

    J’ai compris « Milf Weed », ça veut vraiment dire que je n’ai pas d’âme ?

  4. Melow says:

    J’avais dû voir un ou deux épisodes de cette série il y’a 2 ans chez quelqu’un, ça ne m’avais pas vraiment embalée… Mais bon si tu dis que c’est bien, j’irais y rejeter un oeil histoire de me
    donner un nouvel avis sur cette série, car là c’est un peu lointain.

  5. Pimii says:

    « Gilf Nancy » si j’en crois ta description de la madame, ya comme un ch’tit problème d’âge. Sinon faut que je te pique les dvd de la saison que tu as acheté :p