Il y a quelque chose de pourri au royaume des lolis tueuses

En commençant l’écriture de ce post je me suis dit « Hé hé et si je faisait une intro de pur branleur? » Je relève donc mon propre défi et je vous l’annonce fièrement : j’ai de bons goûts. Je le sais maintenant. Si je reviens sur mes premiers animes matés dans les règles de l’art, on remonte à Aout avec NHK, puis Soul Eater, Cowbow Bebop terminé en un an, Baccano! et enfin Hinamizawa le village maudit (ou Higurashi no naku koro ni pour les puristes) ce qui fait dans les 150 épisodes matés, sans compter les animes non-terminés. Je vais donc vous parler de l’anime que je vais appeler Hinamizawa, un anime qui fait se dire « ça y est, j’ai maté un truc éclectique de qualité » à la personne qui vient de le terminer.

Flashback : Japan Expo 09. Je suis dans le stand vente de DVD, quelques brouzoufs en poche et la ferme intention de découvrir des trucs. Le coffret d’Hinamizawa était en tête de liste pour un achat utile et recommandé par tout le monde, il faut dire que le blog d’à coté l’approuve avec un certain enthousiasme. Achat un peu à l’aveugle, le vendeur lui même n’ayant aucune idée de l’histoire du dit anime. Soit. Me voilà donc en possession d’une belle intégrale en carton, au packaging un peu aléatoire (et j’accorde énormément d’importance aux boîtes de Daÿvaÿdaÿs. Souvenons nous de l’intégrale Six Feet Under avec sa fausse pelouse) Belle boîte certes, DVD individuellement emballés, écritures pas alignée sur les cotés, box de couleurs différentes, grosse police d’écriture, c’est dommage! Heureusement, un joli livret (avec un dossier sur l’histoire de la torture!) complète un peu un emballage un poil bâclé. Emballage qui n’a qu’une importance infinitésimale mais c’est un point important pour un maniaque de mon genre.

Alors ! Le scénario est pas évident à raconter. C’est une histoire d’ensemble qui s’apprécie dans sa globalité, je vais donc faire quelque chose de très simple et recopier bêtement la situation de base : nous sommes dans le mois de Juin 1983 dans la petite province rurale d’Hinamizawa, pas de surprises. Keichi Maebara, jeune homme de 14 ans, débarque fraîchement dans la classe unique du village. Il joue joyeusement au pouilleux avec sa bande de copines qui se distingue par la multicoloration de leurs cheveux, et…

…quelque chose se met à déconner. La tournure des évènements devient inquiétante, y’a comme un grain de sable dans les rouages du bonheur quotidien, quelque chose ne tourne plus très rond, bref il y a des bijoux de famille dans la soupe. Le train-train quotidien de Keichi prends une tournure anormalement angoissante, et le passé de la petite ville n’est pas très net : les meurtres et les disparitions s’accumulent, au fil des années, toujours à l’occasion des festivités en l’honneur de la divinité locale. Les copines de Keichi agissent bizarrement, hurlent, ont des regards pas nets, tout son entourage semble être frappé de schizophrénie passagère. Des éléments étranges apparaissent dans la narration : une histoire de barrage controversé, une salle de torture, des luttes de pouvoirs au sein des familles de la ville… Keichi agit en temps que repère, c’est un peu l’équivalent du spectateur que nous sommes dans la série : les choses prennent une tournure complètement démentielle, et seuls lui et nous ne pigeons pas les ficelles du truc.
Problème : quand je dis que les choses tournent mal, c’est probablement au delà de ce que vous pouvez penser immédiatement. D’une séquence sur l’autre, le contraste est gigantesque : la série alterne les séquences dites classiques d’un anime neuneu et lambda (partie de cartes, chamailleries amicales, le tout avec les petits réflexes de réalisation habituels choupikawai) et les passages gorissimes. Et c’est quelqu’un qui n’AIME PAS voir les ongles des autres maltraités qui vous le dit. J’ai un passé douloureux avec les ongles, et Hinamizawa m’a offert un passage que je ne fantasmait pas vraiment.

Attention : commencer cet anime, c’est s’engager. Il partage avec Lost une propriété un peu chiante, il va falloir projeter une réelle confiance dans la suite de l’action. J’entends par là qu’il va falloir être patient, accepter de ne pas tout comprendre dès le départ, bref il va falloir être contraint à la maltraitance scénaristique. Les réponses arrivent au compte-goutte, et terminer l’anime n’est pas une promesse de « connaissance de cause absolue » ! Faut donc faire preuve d’une certaine curiosité malsaine pour continuer et voir ce qu’il va se passer, d’autant plus que le premier épisode est … un peu chiant. Tu le termines, tu te dis « oh là merde, je vais mater le reste du truc en dormant, j’ai fait un achat foireux. » MAIS QUE NENNI. La narration de la chose est un poil particulière : l’anime fonctionne selon un système savant d’arcs. J’entends par là que l’anime dans sa globalité démarre un chapitre, tout commence dans la joie et la bonne humeur, tout se termine dans le sang et les larmes. Puis… on reprends tout du départ, tout le monde est vivant, on revient à la situation de départ.

Effet kisscool numéro 1 : les scènes glauques le sont un tout petit moins. D’une part, on connaît la visée « fatale » des arcs. Les persos vont prendre cher. De l’autre, cet état de fait est un peu atténué par l’habitude qu’on se prends à dire « Han de toutes façons, je les revois en bon état après » ce qui instaure un paradoxe assez étrange, perturbant mais inédit – il faut bien le dire. Effet kisscool numéro 2 : les arcs permettent une grande liberté/cohérence dans le scénario global, car il y en a un. Les arcs ne suivent pas nécessairement les mêmes personnages, les évènements ne sont pas les mêmes, certains en expliquent d’autres, un court arc sera même totalement soumis à votre interprétation. Tout est lié… mais pas nécessairement. Il y a comme une indécision excitante mais aussi un peu pénible, bien sûr cela dépends de votre réaction. Dans l’univers de cet anime, les apparences sont trompeuses, à vous de prendre cela de façon dogmatique ou au premier degré.

Car le principal interêt d’Hinamizawa, c’est sa capacité à instaurer un univers. Déjà, le confinement du lieu de l’action y est pour quelque chose, on est dans un microcosme avec ses personnages, son échiquier, ses variables et ses constantes. A chaque retour rapide, les relations entre les personnages changent. Le flic, figure amical de base, devient une menace etc. De plus le village impose ses gimmick à l’écran : je pense à ce bruit récurrent des cigales, les phrases récurrentes (USODA §§§§§) mais aussi ses lieux incontournables, sa mythologie (la narratrice des previews est … Oyashiro-Sama – vous comprendrez) on s’y installe, on se laisse prendre au jeu, on assiste à toutes ces horreurs et tout recommence. Avec pour seul point de repère les…

…personnages. Comme toujours, c’est mon critère N°1 pour apprécier une série et en l’occurrence, j’ai du mal à ne pas me dire que les personnages de cet anime sont vraiment insipides. Comprenez : Keichi, le héros neutre victime d’un polar foireux, entouré par une bande de gamines qui ne brillent que par leur capacité à terminer leur phrases par « Nano Desu », c’est chiant. On se dit que c’est un peu trop juvénile et naïf, donc vide et inintéressant. Pourtant… les personnages se complexifient en subissant ce qu’ils subissent. Ils en deviennent plus humains. Des humains avec des machettes, mais des humains malgré tout. Mention spéciale aux Sonozakis, où comment pêter les plombs, des plombs atomiques. Alors… grosse incertitude à ce niveau là. En commençant la série, on est confronté à des persos chiants. En la terminant, on pense à des persos complexes mais givrès. Faites votre choix.

Ca torture, ca rigole, ça se pisse dessus nerveusement, c’est la joie !

Deux trois remarques formelles : l’habillage de la série est agréablement cohérent avec son contenu. Je pense à son unique opening : assez lent, tout en contretemps, en paradoxes, en adéquation avec le reste. Je pense aussi au breaks en milieu d’épisodes, toujours au meilleurs moment. Parfois, le montage hurle un peu « Ah ah j’affiche le nom de la série, tremblez !! » C’est assez amusant et flippant sur le coup. Le graphisme et l’animation, eux, ne sont pas irréprochables. Des petits défauts un peu gênants, j’aime pas cette propension qu’ont les personnages à avoir des cheveux « matériellement invisibles », on voit toujours leurs yeux et sourcils derrière, c’est dommage. D’autre part, l’animation, globalement pas dérangeante, accuse d’un certain… torchage incompréhensible. Je pense immédiatement à une séquence mémorable où un personnage hurle en secouant une échelle. Enfin vous vous souviendrez de cette réflexion si vous vous retrouvez devant cette séquence.

Il semblerait que l’anime soit tiré d’un Visual-Novel, en fait je ne sais pas trop, on s’en fout on va dire, c’est pour moi le point de départ de la franchise Hinamizawa. En plus il semblerait que je ne sois qu’à la moitié de l’histoire puisqu’il paraît qu’il existe une seconde saison, qui répondrait aux questions encore laissées en suspends…

Vous pourrez retrouver ce monde de barges pour une trentaine d’euros chez Mangas Distributions. Je vous conseille de mater cela comme je l’ai fait, en le prenant comme une grande saga, un épisode à mater tout les soirs dans le noir. C’est le genre de truc qu’on ne mate pas que d’un oeil, on s’y consacre pleinement, on s’y plonge même. On s’y ennuie un peu, surtout au début des premiers arcs. Mais globalement, c’est une série que je suis très fier de possèder et je remercie grandement la bonne âme qui me l’a faite découvrir.

En résumé, un anime horrifique qui demande un poil de patience, une belle récompense suivra nécessairement. Un anime vraiment intelligent, fascinant et novateur, je suis pour. Pas enthousiaste à 100% mais vraiment content de mon achat et fier d’avoir découvert quelque chose de fouillé. Si il existait un « Concombre seal of approval », il serait appliqué avec conviction. Rien que pour cette impression qui persiste pour certaines fins d’épisodes : t’est sur les fesses, l’ending démarre, t’est toujours sur les fesses. Et c’est bon!

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12 Responses to Il y a quelque chose de pourri au royaume des lolis tueuses

  1. Amo says:

    Bravo, tu gagnes UN INTERNET.

    Bon choix de captures comme j’ai dit. On ne voit plus les ongles de la même façon. Et tu résumes bien pourquoi Higurashi c’est kiffant, surtout niveau changement entre chaque arc et tu comprends pourquoi j’en ai chié à résumé au vendeur comment ça marchait :'(.

    Maintenant tu peux t’attaquer à Higurashi Kai ! Magie ! :p

  2. Melow says:

    Il est très bien cet animé, j’ai dû matter les 2 saisons en 4 ou 5 jours tellement c’était prenant 😛
    L’épisode des ongles il a traumatisé tout le monde je crois bien, rien que d’y penser… brrrrr j’en ai des frissons.
    Et tu devrais regarder la suite car les réponses sont dans la 2ème saison 🙂 (et il y a encore 5 oav qui suivent dérières)

  3. Zoneur says:

    Bah moi, ça m’a pas marqué ce passage des ongles ôo Je m’attendais à trembler ma race, et à sentir mes ongles s’arracher et… Bah non quoi. Globalement, je m’attendais à plus horrifique et insupportable vu tout ce qu’on en disait.
    Genre les passages où les persos pètent un câble, visage déformés tout ça, censés de te faire dire « Omg ! Mais, il est fou ! » et bah finalement, la voix colle mal. Avec de tels visages, tu t’attends à une voix au moins haussée… bah parfois non, ça parle normalement 🙁 Des petits défauts par ci, par là, dommage. Au final, le seul passage qui m’aura fait sursauter, c’est dans le premier arc, quand Rena et Shion essayent d’ouvrir la porte D:

    M’enfin, tout ça ne m’a pas empêché d’apprécier l’anime, et de te conseiller vivement la seconde saison, plus « policière » 😉

  4. MegamanX7 says:

    hmm , faut que je le vois, mais c’est pas donné ><
    si c’est mauvai , je te backstab (raa ><)

  5. Petrif' says:

    En voyant Lolitas, Manga, Otakus, ce genre de mots cochons, au début j’ai pris peur, et au final grâce à la capture de la scène de l’ongle, j’ai presque envie d’y jeter un œil fugace… 🙂

  6. Youe says:

    La scène des ongles a l’air prometteuse. Par contre j’ai vu une séance de torture de cet animé sur Youtube et ça m’a pas marqué du tout. Je suppose que le build-up a une part importante dans le bouzin.

  7. Toady says:

    Et moi qui pensais être bizarre en étant choqué à un tel point par la scène des ongles que j’en suis presque tombé dans les pommes et que j’ai eu un mal de tête carabiné qui m’a fait lâché la série peut-être à jamais. Car oui, je me suis arrêté à cet épisode, qui ne semble pourtant pas si horrible aux quelques personnes à qui je l’ai fait partagé, mais qui m’a vraiment mis hors de moi, alors que les coups de hachoir ne faisaient guère mieux que de m’impressionner.

    Je suis toutefois sûr que Higurashi est un bon anime, il faut tout de fois être prêt psychologiquement, il n’est donc pas à laisser entre toutes les mains. Surtout celles dont les ongles ne tiennent pas bien en place…

  8. Petrif' says:

    Hey mais tu rigoles ! Chuis sûr que ça me plaira en plus, je cherche juste un moyen de me les procurer (si t’as des pistes -_-‘).
    Bref par contre j’ai une phobie viscérale pour les ongles, et leurs déviances, donc bon… mais curiosité malsaine oblige maintenant je suis tenté.

  9. sato says:

    Aaah quel excellent article sur l’une de mes séries favorites et puis ça fait plaisir de lire une prose aussi belle (oui, je suis d’humeur a faire des fellations verbales) 🙂

    Et j’aimerai aussi te faire un petit cadeau pour te remercier de l’agréable moment de lecture (ou de débauche, comme tu le dis si bien) que tu nous propose:

    voilà, j’ai vu que quelqu’un s’était déjà chargé de t’en faire un mais bon, ça t’en fera 2 (c’est important d’avoir le choix bordel!)

  10. Petrif' says:

    Je viens de finir la saison 1, faudra que jte parle. ^^’
    (Jpense qu’un mail viendra bientôt)

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