Mindf*ck

L’INSTANT JEAN ROUCAS : L’île m’a envoyé un signe… et un cygne s’est posé, de ce coté là, il faut
déplumer ce cygne, c’est un acte de foie gras

Je viens, par des moyens peu « hadopi-compliants » de visionner le centième opus d’un show bien connu. Cet épisode a
fait de moi un mec frustré et en colère – comme d’habitude en gros mais pour des vraies raisons. DAMNED. C’est qu’il est controversé ce show.

Et là quand je dis controversé vous pensez immédiatement aux Sex Pistols, à Joseph Fritzel et au sac à main de Tinky-Winky, le télétubbies mauve. C’est un réflexe honorable d’autant
plus que jusque là je n’ai évoqué que des séries assez peu conformistes avec pas mal de sang, du LSD de partout et une ambiance perpétuellement morbide. Ce n’est pas réellement le cas ici,
d’autant plus que la série en question est diffusée sur une chaîne non-payante. Cela ne veut pas dire que les gens qui y disent « fuck » ont la bouche floutée (comme dans les real-tv) et qu’on
y croise des fanatiques religieux à chaque plan. Non, même pas.
Cette série est controversée parce qu’on lui prête une valeur franchement variable selon les personnes. Certains la trouvent géniale, d’autres n’aiment pas, d’autres n’aiment pas sans avoir vu.
La définition de « variable » en gros.

Et j’aimerais hurler au monde mon amour pour LOST. Six Feet Under reste à jamais l’oeuvre du millénaire mais je l’ai matée sur un laps de temps très réduit, après avoir hypothéqué mon PC et
acheté l’intégrale. LOST, à l’image de bon nombre de geeks, je la mate au fur et à mesure sur le rythme américain, et ce depuis le début (ou presque) et c’est une tuerie. Je parle de SFU, les
deux fictions ont un point commun évident : elle sont très cérébrales. Mais pas de la même façon.

Quand je parle de Lost autour de moi je récolte deux attitude très différentes que je personnifierais avec deux de mes amis : appelons-les par leurs initiales, à savoir A.M. et M.A.
(c’est au moins dix fois plus ironique que vous ne le pensez : ces deux lettres m’EN VEULENT.)
M.A. est une grosse fangirl. Elle est « à fond » dans l’intrigue, dans la mythologie, elle tombe amoureuse de chaque personnage et vas-y que moi et elle on commente l’épisode de la veille par bouts
de papier interposés. Ah, le bon temps de la Terminale et de la philo.
A.M., lui, malgré son coté doux rêveur très prononcé, a parfois des éclairs cartésiens.        Pour lui, Lost est une série très rentre-dedans sans
saveur ni talent particulier.

Mettons nous dans la tête d’A.M. pour tenter de comprendre ce raisonnement parjure.
Fin 2004, la diffusion de la première saison créé un buzz énorme aux States, buzz qui restera local jusqu’à ce que, du jour au lendemain l’été suivant, la série soit achetée par TF1. Soudainement
l’ensemble des médias français sont dithyrambiques et le phénomène devient lassant avant même que la série ne soit diffusée.
Penchons nous sur le « pourquoi on peut ne pas aimer? » dans la série en elle même.  Faisons comme si on ne savait rien de la série et qu’on entendait parler de l’intrigue des premiers
épisodes : ce qui reste dans le crâne serait une phrase du genre « Un avion s’écrase sur une île mystérieuse » … naturellement on pense à une série qui s’axe sur le coté « survival » de
la chose, un peu comme si on transposait « Seul au monde » en fiction 50×40 minutes. Et là je dit ERREUR FATALE. Ecran bleu et tout le bouzin.

Autre coté gênant du début de la série : on peut dire que les personnages sont stéréotypés : prenez Jack par exemple. Jack Shepherd. Son prénom ET son nom de famille sont des tartes à la
crême dans la fiction américaine, bref. Chirugien de formation, leader de facto. A coté, Kate la brunette fatale et ténébreuse qui s’avère être une criminelle en cavale. Rajoutez
Charlie le musicien (junkie – nécessairement) et Hurley le sidekick, bon vivant, optimiste. Sur le papier ça craint un peu et ça transpire les poncifs du genre.

Regarder Lost dès le début est une chose cohérente mais assez suicidaire : vous faites un véritable pacte avec les scénaristes. Il va falloir accepter de ne rien comprendre, ou si peu et ce pour
très longtemps. Les (semi) réponses viennent au compte gouttes et s’étalent parfois sur plusieurs saisons, d’autant plus qu’une réponse donnée est accompagnée de trois nouvelles
questions improbables, d’où cet esprit très « tolérant » nécessaire. Au bout d’un moment, il va falloir accepter un peu de fantastique et c’est comme ça.  

Maintenant on change de point de vue et on passe sur le regard du fan qui s’est farci les cent épisodes, étalés sur quatre ans, et qui attends avec impatience les vingt derniers avant de faire le
deuil d’une GRANDE série. Notez la typo : GRANDE.
Comprenez-moi bien : Lost est un moteur diesel. Il faut prendre son courage à deux mains et se farcir deux saisons très lentes, très « OMG WTF » (avec quelques moments de bravoure) pour enchaîner
sur la suite où tout s’accélère. A partir de ce moment vous serez récompensés et les retournements de situation, parfois d’une grosse grosse violence/intelligence/inventivité vont être difficiles
à encaisser.
Je schématise :

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S1 – Les 40 premiers
jours sur l’île. Chaque épisode est consacré à un personnage qui crèvera l’écran au fil de plusieurs flash-backs qui non seulement constitueront une histoire parallèle au « présent » mais qui fera
office de situation proche du « présent » donc. Les FB n’étant que secondaires aux intrigues principales mais servant évidemment à developper les persos – complexes jusqu’à l’extrême – avec pas mal
de coïncidences. Beaucoup de cross-overs seront remarqués par les attentifs : tout est lié, ou presque. Pendant ce temps, la vie suit son cours sur l’île, et même si les choses se passent au
ralenti elles s’enchaîne bien. La cinquième dimension s’installe bien.
S2 – Les 38 jours suivants. Même principe dans la continuité, quelques persos en plus, l’intrigue est toujours aussi lente (cette fascination pour ce « bouton » va soit vous intriguer, soit
carrément vous fatiguer) mais c’est un plus maîtrisé pour tout le monde. Une fois de plus, il faut avaler beaucoup d’ésotérisme et accepter, comme les persos principaux, de ne pas comprendre ce
qu’il se passe autour de soi.
S3 – Toujours le principe : un épisode/un perso/un flash back. Cette fois l’intrigue avant vite. Brutalement. Des scénarios et des évènements de fous furieux. Et la fin… oh. My. God.
S4 – H O L Y S H I T
S5 – J’ai envie que les scénaristes me fassent chacun un gosse. Qu’ils se débrouillent. Je veux répandre cette « dinguerie cohérente » qu’ils arrivent à nous pondre.

Vous l’autre peut être compris, l’appréciation (et non pas la qualité, nuance) que l’on porte sur Lost est exponentielle. Passé un cap c’est impossible de décrocher tant l’absolu de l’intrigue
est COMPLEXE. Comprenez que le show instaure une véritable mythologie autour d’elle, c’est l’un des univers de série les plus aboutis/cohérent qui soient. Les fameux « autres » nous paraissent
sectaire au début, mais au fur et à mesure on commence à comprendre le truc et à penser comme eux. Pour faire simple : Lost est un puzzle 9000 pièces. L’univers y est
tellement complexe qu’il a débordé sur la vie réelle, le temps d’un jeu de piste sur internet qui expliquait, entre autres, la significations des fameux chiffres. D’autre part, vous trouverez sur
le site un faux site sur la compagnie aérienne de la série, et plein d’autre pastilles du genre sur la toile pour les fans qui savent chercher.

Comment ne pas s’attacher aux persos? Même les neuneus que je décrivaient plus haut sont adorables car bien écrits, au delà du paraître initial. Notez qu’ils ont tous des noms de
philosophes (John Locke, dont le premier épisode s’appelle Tabula Rasa, ça ne s’invente pas pour un homme aussi empiriste – Hume – Rousseau) ou de physiciens (le fabuleux
Daniel Faraday)
Les persos se distinguent en plusieurs camps qui débarquent au fur et à mesure de la série. D’abord les passagers, puis ceux de la queue de l’avion… puis les autres, puis les gens du cargo,
ceux de la Dharma Initiative… bref il y a toujours une excuse intelligence pour renouveler un peu le casting (en gardant les grosses frappes, qui ne sont pas toujours celles qu’on estime) et
certains sont juste… cultes. Entre John Locke le rambo-JCVD de service qui pourrait dire « Le caca est votre destin, Jack, ne l’oubliez pas » qu’on le prendrait quand même  au sérieux – Ben,
le manipulateur de génie, ambigü jusqu’au oreilles, on ne saura probablement jamais si il prononce UNE seule parole qui s’apparente à la verité. Desmond, l’écossais à l’accent au couper au
couteau qui est le principal acteur d’épisodes cultissimes – entre paradoxe temporels et questions existentielles, tout un programme pour retrouver sa copine (Penelope. CA NE S’INVENTE PAS.) mais
aussi Daniel Faraday le physicien à la limite de l’autisme et du génie – forcément attachant derechef. Et les persos féminins me direz-vous? Elles sont un peu plus secondaires. Au niveau qualité
d’écriture, le cast de Lost est un peu machiste, hé hé.

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Ooga-booga! Une souris qui voyage dans le temps! On y pige que dalle!

Le principal atout du truc reste le MINDFUCK. La propension à nous retourner le cerveau en permanence – que ce soit la narration digne d’un Tarentino (2004… 2007… 1977… l’antiquité….) où
le non sens permanent qui baigne, entre les gimmicks amusants (les yeux qui s’ouvrent, la paternité, les fameux chiffres, les vinyles, les *BIIIP*) et ces intrigues qui donnent envie de se lever
de sa chaise et d’hurler « MAIS BORDEL je suis le seul sensé dans ce monde de dingues?? »
Y’a qu’à regarder le résumé des trois premières saisons en 8 minutes 15, Beckett à coté c’est limpide comme du Dan
Brown. Le plus drôle dans l’histoire c’est que tout ou presque trouve une explication rationnelle et construite. Les scénaristes ont une maîtrise épatante de leur show, ils lancent
des pistes à quoi ils répondent plusieurs années plus tard. Tout est lié, tout est cohérent, tout y est vraiment compliqué mais tout y est incroyablement jouissif. 

A voir : la très complète lostpedia
Regardez. Je le veux. Ou découvrez. C’est immense. Rejoignez ce monde de doux dingues.

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7 Responses to Mindf*ck

  1. Melow says:

    ça y est ton post me donne envie de tout regarder depuis le début ^^
    je suis du genre à regarder saison par saison quand ça passe à la télé alors au niveau de l’intrigue je suis un peu larguée (je regarde le début de la saison 5, j’ai un peu du mal à comprendre pourquoi ils en sont là >.<)

  2. Nashi says:

    Le physicien, John Lock, Hurley et Sawer sont sans aucun doute mes personnages favoris =D
    Après ce que tu m’apprend m’épate, moi qui pensait qu’on aurait jamais la moindre réponse à tout ces mystère franchement mystérieux…

  3. Bourmi says:
    Tu n’as pas fait de frise chronologique ! ^^
  4. Ninita says:

    Ouais bah nan. Visuellement c’est quand même très moche (je suis tombée sur un épisode au Japon, j’ai cru que c’était un téléfilm nanar pendant au moins un quart d’heure) et je DESTESTE les séries où « on comprend rien c’est trop cool ! », la plupart du temps il n’y a rien à comprendre, c’est juste du gros foutage de gueule et je retourne à mes bouquins avec l’impression d’avoir perdu mon temps.

    (d’ailleurs il semble que coté séries on ne soit pas du tout sur la même longueur d’onde, j’ai arreté de chercher de l’humour dans 6 feet under il y a quelques années déjà…)

  5. Je t’aime :’).
    C’est l’article que j’aurais voulu faire sur cette série quasi divine qu’est Lost. T’as bien résumé le pourquoi on aime ou pas, avec cette saleté de saison 3 qui n’avance à rien et qui a dégouté les plus faibles (et je comprends).
    Bref, cette saison 5 est magique, mystique, tout se délie petit à petit et on comprend, OUI ON COMPREND ! ‘fin ça explique pas les 4 orteils de la statue mais bon.

    Sinon, je ne sais pas si tu connais mais c’est drôle, le générique de LOST revisité années 80 :
    http://tr.truveo.com/Lost-un-vrai-g%C3%A9n%C3%A9rique-style-ann%C3%A9e-80%E2%80%99s/id/36028838779384752

  6. servel says:

    My Gaude tu m’as (re)donné l’envie de continuer la saison 3 ! (je m’étais arrêté au bout de 3 épisodes). Taille de ouf c’tte série. Trop d’informations dans la gueule à chaque épisode. Mais c’est tellement bon… Quel plaisir de se sentir largué !
    (p.s:sympa ton blog!)