L’enfer c’est les autres

REDEMPTION (subst. Masc.) ~ Au sens non religieux du terme ~ : « Action d’apporter une valeur neuve, le progrès moral, intellectuel, artistique, le bien social; résultat de cette action. »

Chaque année, je me fait une série fil-rouge qui durera toute l’année. Par exemple, il y a deux ans, Malcolm. (Ah ah ah) L’année dernière, Six
Feet Under (qui restera à jamais le meilleur truc qui sera passé sous mes yeux émerveillés : hu hu bouh ouh)
Et c’est année… bon en même j’ai la mauvaise manie de toujours vouloir illustrer, donc je fais des phrases un peu en trop.
Mais Oz fait partie de ces show dont vous avez entendu parler ne serait-ce qu’une fois. Lu dans un papier progressiste. Entendu par un pote. Vu un extrait sur le net. Ou lu un article içi même.
En tout cas c’est fait, les ravages de la causalité c’est épatant.

Avant d’évoquer de ne serait ce que l’intrigue de la série susnommée, j’aimerais dire que c’est une production HBO. La première. Home Box Office, le Canal américain si on simplifie les choses. La
chaîne de SFU, The Wire, Sex and the City et autres joyeusetés. Autant dire un superbe gage de qualité, qui n’en était pas encore un à l’époque. Histoire de prendre un repère, la série à été
lancée pour la rentrée 97, en même temps que… Buffy.

Donc. Oz. Le surnom donné à l’établissement pénitentiel de haute sécurité, niveau 4. Et dans cette prison, il y a Emerald City, un bloc utopique ou les prisonniers ont plus de libertés. Celle de
vaquer, de jouer aux cartes, d’aller sur le PC, à la machine, la liberté de servir le repas ou de le préparer (verre pilonné inclus) etc etc. Dans ce blog, divers clans sympathiques émergent
: les Nazis, les Ritals, les Hispanos, les Homos, les super-Cathos et les…autres. Le très idéaliste Tim MacManus y règne en maître, sous l’oeil autoritaire de Léo Glynn, le big boss de la
prison. L’objectif de la cité d’émeraude est de réapprendre la vie en société aux détenus. Il faut dire que la vie quotidienne à Oz ne correspond pas réellement à la vie en société de tous les
jours!
Passons en revue ces « clans » pour évoquer les différents persos du début de la série.
Les irlandais d’abord, incarné par Ryan O’Reilly, super génie de la manipulation, sachant faire ami ami avec tout le monde, histoire de rester en vie. Il sera bientôt rejoint par son frère Cyril,
devenu handicapé mental.
Les « aryens » doux euphémisme, revendique la « supériorité de la race blanche », vous voyez le topo. Archi sadiques et opposés au trafic de drogue. Ce dernier étant tenu par les Homeboys, les
gangsters afro-américains, qui jouent des coudes. Simon Adebisi (Eko dans lost) et son ineffable chapeau-de-travers-mais-qui-tient en est le principal responsable. Reste les Italiens, mafieux au
possible, dont la tête changera souvent – les Musulmans, dirigés par un magnifique Kareem SaÏd (Eamonn Walker, épatant comme toujours), les bikers, latinos, chrétiens etc etc.
Puis il y a les autres, qui n’ont pas de réelle appartenance. Les personnage sympathique car les plus inoffensifs. Parmi eux, Augustus Hill, cloué sur sa chaise roulante mais surtout grand
narrateur d’un coryphée qui donne son point de vue piquant sur le fil des évènements. Des petites interventions à part, décalées, souvent surréalistes, qui valent son pesant de cacahuètes, les
épisodes tournant autour d’un thème bien précis, au départ bien flou mais qui devient progressivement une métaphore de l’action en cours.

Bien sûr, il y a les prisonniers mais aussi… le personnel. Directeurs, matons, psychologue, cureton et membres d’assauts. Ceux là aussi ont leur mot à dire, souvent pour exprimer leur éternelle
impuissance, souvent pour faire des petites intrigues de fesse, souvent pour être corrompus par les prisonniers. Ca rigole pas.

Sinon il y a des personnages récurrent qui n’ont rien à voir avec la prison, en tête de file le giga républicain gouverneur Devlin, porté sur la peine de mort (qui aura, vous vous en doutez, son
importance) contre le concept d’Em City et il le fait bien savoir. Le mal politique, en quelques sortes. Sinon, pour les quelques rares bribes d’humour, il y a Miss Sally, héroïne d’une émission
que les prisonniers suivent attentivement. Émission à portée éducative mais il faut dire que les mensurations de la miss sont hors-normes.

Le premier épisode se fait sous le point de vue de Tobias Beecher, avocat sans bobos qui débarque à Oz pour avoir tué
une petiote en état d’ivresse. Son intégration va être … couillue, puis il va lui aussi s’affirmer, s’ensuit une némésis fil-rouge de la série, une joute sans fin et sans
concession avec le meilleur méchant de la télé, l’ »aryen » Vernon Shillinger. Les deux hommes ne font que se renvoyer la balle, allant jusqu’à porter atteinte à la famille de l’autre, bref un
duel épique qui est l’unique repère fixe de la série.
Je cite Beecher car c’est le premier qui nous est montré, et bien sûr le lien identificateur avec nous, pauvre téléspectateurs à peine capables de voler des malabars à la boulangère. (A ce
propos, si le sol de votre boulangerie est glissant, révisez votre stratégie, hein.) 
Mais ce qui est formidable dans cette série, c’est le renouvellement du casting. Au générique défile en permanence une grosse trentaine d’acteurs, et pour cause, beaucoup de personnages
sortent les pieds devant. Beaucoup. La violence est tellement présente qu’elle en devient banale. Trois ou quatre meurtres sont de rigueur dans chaque épisode (format : 50 minutes, le
format drama HBO en somme) Bien sûr, tout va crescendo, certaines scène sont horribles pour les âmes non averties ou non habituées…mais cette violence reste nécessaire, car elle
comporte une malheureuse part de réalisme.
Le parcours d’un prisonnier est toujours le même. Introduction par le narrateur avec les faits qui l’ont conduit içi, énonciation de la sentence, action du-dit personnage, et sortie plus tot
que prévu. Vous pensiez qu’un tel personnage allait devenir important (il en avait le profil) et non, il finit lamentablement et conclut un épisode.

Ces rebuts de la société ont une bien drôle de façon de régler leurs problèmes. Et c’est en ce sens qu’Oz est tout sauf conventionnelle, en plus d’être avant-guardiste. Pas de héros, pas de
personnage sur qui se reposer. Les pires caïds se font mater, parfois avec exaltation du spectateur qui n’attendait que la revanche des faibles.

A ne pas mettre dans toutes les mains, la série abordant touts les tabous existants à ce jour : langage très cru, drogues, viols, homosexualité, conflits religieux et ethniques…pas
nécessairement pour le plaisir d’être subversif, mais pour nous permettre de penser que les prisons ricaines, c’est parfois un peu ça aussi. Mais les adeptes du premier degré seront quand même
ravis, tant le coté feuilleton lent, sans aucun rythme peut se révéler addictif. Tout n’est que relations, complots, alliances et tout le bataclan avec une réelle mise en place narrative, avec
l’exploi d’être peut-être la série la moins musicale qui soit.

6 Saisons de 8 ou 16 Episodes, le tout s’engloutit très vite, comme une tragédie grecque moderne. Inutile de dire que les ressemblances sont légion. Seul point faible, le grand final, logique
mais un peu décevant…

Et derrière tout ça? Tom Fontana, auteur d’une très grosse partie de la série. Pour la petite anecdote, c’est lui qui se fait tatouer dans le générique. Auteur d’un merveilleux pamphlet, archi
violent, formidablement bien écrit, servi par une ribambelle d’acteurs à la sale trogne qu’on adore détester, acteurs qu’on a souvent déjà vu dans telle ou telle série. Un constat qui nous
rappelle qu’il ne faut pas toujours s’attacher à ce qu’on voit, parce qu’il se peut toujours que votre petit favori se fasse buter dans l’indifférence générale.
 Voilà, je n’ai fait qu’effleurer ce petit bijou, maintenant faites-moi plaisir, essayez donc.
 

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2 Responses to L’enfer c’est les autres

  1. ça me tente pas trop… c’est comme avec prison break ou 24; des le debut, ça ne m’attire pas. d’ailleurs, je vais surement me mettre a twin peaks, moi.

  2. Mais si voyons, c’est formidable.
    Et nettement au dessus de PB, (qui était une très bonne série avec la période « évasion »)